Où iront les Haïtiens privés de permis temporaire par Trump?

Au printemps dernier, la rumeur voulant que le président Trump annule ce programme avait provoqué une augmentation importante du nombre de demandeurs d’asile, surtout Haïtiens d’origine, au Québec.
Photo: Timothy A.Clary Agence France-Presse Au printemps dernier, la rumeur voulant que le président Trump annule ce programme avait provoqué une augmentation importante du nombre de demandeurs d’asile, surtout Haïtiens d’origine, au Québec.

La décision du gouvernement Trump de mettre fin au permis de séjour temporaire des Haïtiens a eu un impact immédiat sur la diaspora installée aux États-Unis. Mais il est encore trop tôt pour prédire s’il y aura un flot de migrants comme ce fut le cas cet été au Québec, croient des élus et des membres de la communauté.

« On ne peut pas spéculer là-dessus, on ne le sait pas », a dit au Devoir le député de Bourassa Emmanuel Dubourg depuis New York, où il était en visite mardi. « Quand les gens sont dans une telle situation de désespoir, je ne sais pas s’ils vont se dire “premiers arrivés, premiers servis” et se dépêcher de traverser la frontière. »

Il confirme que les Haïtiens sont « inquiets ». « Dès que vous arrivez à l’aéroport, dans les restaurants, vous voyez tout de suite à la télévision les reportages sur le sujet. Les gens en parlent et sont inquiets. »

Lundi, le gouvernement Trump a en effet mis fin à un programme temporaire de résidence qui permettait à quelque 60 000 Haïtiens de demeurer aux États-Unis après le séisme dévastateur qui a ravagé Haïti en 2010.

60 000
Haïtiens avaient la permission, grâce à un programme temporaire, de demeurer aux États-Unis après le séisme dévastateur qui a ravagé Haïti en 2010.

Les personnes bénéficiant de ce statut temporaire auront 18 mois, soit jusqu’au 22 juillet 2019, pour s’en aller, selon ce qu’a annoncé le département américain de la Sécurité intérieure.

Environ le même nombre de Honduriens n’auront plus ce statut temporaire à l’été 2018, et ce sera la même chose pour environ 5000 Nicaraguayens. Une décision concernant 200 000 Salvadoriens est attendue en janvier 2018.
 

Arrivées « progressives »

L’impact de cette décision pourrait avoir pour effet d’accroître les demandes d’asile au Canada, mais Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d’Haïti, a bon espoir que la communauté haïtienne aux États-Unis — répartie entre New York et Miami — « trouvera des solutions ».

« Il n’y a pas d’urgence, ils ont 18 mois pour réfléchir et voir quelle est la meilleure chose à faire », a-t-elle indiqué. Les arrivées seront « progressives », et elle ne croit pas à un « goulot d’étranglement. »

Elle ne croit pas que le scénario de l’été se répétera, surtout pas avec la saison froide qui s’amorce. « Les personnes qui voulaient venir rapidement l’ont fait et les autres vont laisser passer l’hiver. »

Au printemps dernier, la rumeur voulant que le président Trump annule ce programme avait provoqué une augmentation importante du nombre de demandeurs d’asile, surtout Haïtiens d’origine, au Québec.

Au plus fort de la vague, jusqu’à 5500 personnes par mois (août) traversaient la frontière de manière irrégulière près de Lacolle, pour un total de 15 000 personnes interceptées de janvier à octobre, selon les plus récents chiffres de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Les deux derniers mois ont connu une baisse — 1720 en septembre et 1755 en octobre —, mais malgré tout, c’est beaucoup plus que les quelque 500 demandeurs d’asile qui entraient irrégulièrement au Québec dans les premiers mois de l’année.


Ottawa se dit prêt

Après l’expérience de cet été, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, assure que tout est mis en place pour faire face à un afflux de migrants, mais refuse aussi de spéculer sur le nombre de personnes à accueillir.

« On ne veut pas bâtir toutes sortes d’installations et les mettre en place sans savoir si le chiffre va augmenter parce qu’après tout […] on est en train d’essayer de sensibiliser les diasporas aux États-Unis. Ce qui est important, c’est d’avoir la capacité de réagir rapidement », a-t-il dit.

Formé ad hoc cet été pour gérer l’afflux massif de migrants irréguliers, le Groupe de travail intergouvernemental se réunira jeudi.

5 commentaires
  • Lise Bélanger - Abonnée 22 novembre 2017 06 h 33

    Les haïtiens qui sont présentement aus Etats-Unis de façon temporaire le doive à une politique américaine de transition suite aux catastrophes naturelles en Haïti.

    Il s'agit d'une décision américaine de recevoir temporairement ces gens qui ne sont pas des réfugiés. Les États-Unis ont le droit de leur refuser une pleine citoyenneté suite à cette mesure temporaire.

    Il serait normal que ces haïtiens retournent dans leur pays, aider leur pays à se développer., y participer.

    Ces gens sont devenus anglophones, leurs enfants ne parlent qu'anglais, mais comme les frontières du Québec, pour toutes sortes de raisons, sont plus perméables, facilement traversables, ce n'est pas le Canada mais bien le Québec qui va recevoir ces réfugiés et sans aide ou si peu d'Ottawa qui encourage cette immigration qui n'en est pas une.

    Ces anglophones, comme la majorité de nos allophones, ne désirerons développer aucune affinité avec nous, québécois francophones et surtout, à l'instar de nos allophones, ne seront pas intéressés devenir québécois mais canadiens.Disons-le: c'est écrit dans le ciel.

    C'est complètement invivable d'être dans un Québec qui n'est pas libre de se faire respecter. Cette situation malsaine de toujours se sentir de trop dans notre propre pays. Pourquoi l'autre a-t-il droit de nier mon existence et que moi je doive m'agenouiller pour me faite écraser? Parce que nous sommes en terre étragère canadienne, en location chez le propriétaire canadien.

    On nous force à accepter des faux immigrants parce que ces immigrants temporaires, les États-Unis n'en veulent plus. Les États-Unis ont permis à ces gens de se sortir de leur misère suite aux catastrophes naturelles haîtiennes, et cela est louable.

    Mais le Québec n'a pas à subir l'arrivée de ces immigrants à cause d'une politique américaine. Si ces gens veulent immigrer au Canada, certainement pas au Québec, ils doivent retourner chez eux et en faire la demande.

    Encore angliciser le Québec? Non merci!

    • Pierre Robineault - Abonné 22 novembre 2017 10 h 25

      Que voilà un vrai cri du coeur ... alors que je n'en pense pas moins!

    • Michel Bouchard - Abonné 22 novembre 2017 13 h 08

      Pensez-y ! 60 000 Haïtiens tranversant la frontière québecoise. Si de ce nombre 50 % sont acceptés comme réfugiés, cela donne 30 000 nouveaux arrivants parlant l'anglais uniquement.

  • Pierre Martin - Inscrit 22 novembre 2017 14 h 29

    Trudeau et Couillard

    Que veulent les Libéraux fédéraux et provinciaux? Augmenter leur électorat pardi! Ils savent pertinemment que les communautés culturelles votent traditionnement pour les Libéraux. Malgré le chômage engendré et les coûts élevés reliés à l'immigration, les adeptes du multiculturalisme canadien s'acharnent à nous raconter leurs inepties mensongères.

    Couillard peste en ce moment car c'est impossible pour lui de reprendre le pouvoir à Québec sans obtenir l'appui du vote francophone. Encore quelques années et les Libéraux pourront enfin s'appuyer sur plusieurs fiefs allophones, en plus des comtés anglophones et ils pourront enfin faire disparaître la Loi 101, etc...

  • Cyril Dionne - Abonné 22 novembre 2017 18 h 54

    S’ils sont des irréguliers, alors pourquoi se font-ils arrêter?

    C’est ahurissant. La gauche salon, en passant par l’extrême gauche, les appellent des irréguliers. S’ils étaient des irréguliers, alors pourquoi se font-ils arrêter?Ils ont donc commis une infraction aux lois canadiennes. Ils sont tout simplement des tricheurs et des hors la loi.

    On ne peut pas opérer de façon indirecte et illégale pour arriver à un résultat légal même en appliquant la philosophie multiculturaliste. Lorsqu’on voit des jeunes enfants aux bras d’un des parents, on sait tous qu’ils sont nés aux États-Unis et donc ceux-ci devraient faire une demande en bonne et due forme au pays de Donald Trump pour régulariser leur situation temporaire. Ils ont encore 18 mois pour le faire. On ne peut pas accueillir toute la misère du monde (plus de deux milliards sur la planète). Et il y a des gens bien plus amochés que nos illégaux venants des États-Unis, un pays libre et démocratique. L’immigration coûte au bas mot, 5 milliards par année aux contribuables québécois.

    Parlez-en à la nouvelle mairesse de Montréal, Mme Plante. Elle sait combien a coûté cette immigration illégale de l’été passé aux contribuables de cette ville alors qu’elle patauge avec un problème énorme avec les itinérants qui sont nos frères, nos sœurs, nos enfants et parents. Ville sanctuaire mon œil; Coderre est parti pour de bon.