L’obésité guette les tout-petits

C’est la première fois que l’on s’intéresse à l’obésité chez les enfants de cet âge.
Photo: Vesna Andjic Getty Images C’est la première fois que l’on s’intéresse à l’obésité chez les enfants de cet âge.

Le tiers des enfants de 3 à 5 ans fait de l’embonpoint ou est à risque d’en faire, une nouvelle donnée qui préoccupe grandement l’Observatoire des tout-petits, qui a compilé ces chiffres, de même que les autorités de santé publique.

« La question de l’obésité et de l’activité physique chez les tout-petits constitue une préoccupation importante », écrit l’Observatoire des tout-petits dans son portrait 2017 publié mardi. Le document précise qu’en 2012-2015, un enfant de 36 à 60 mois sur trois était « à risque d’embonpoint, faisait de l’embonpoint ou était obèse ». Cela représente environ 58 000 enfants au Québec.

C’est la première fois que l’on s’intéresse à l’obésité chez les enfants de cet âge. L’Observatoire des tout-petits, un nouvel organisme financé par la Fondation Lucie et André Chagnon, est allé puiser dans les données de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé de Statistique Canada pour extraire les données spécifiques aux 3 à 5 ans.

« Quand on regarde la statistique pour les enfants plus vieux, on est dans le même ordre de grandeur, alors ce n’est pas vraiment surprenant de retrouver ces chiffres-là chez les tout-petits. Par contre, ça démontre que les problématiques sont déjà bien installées dès la petite enfance », explique Catherine Déa, médecin-conseil en développement des enfants et des jeunes à la direction régionale de la santé publique de Montréal.

« C’est un chiffre qui nous préoccupe, parce qu’on sait que les enfants qui souffrent d’embonpoint ou d’obésité pendant la petite enfance sont souvent ceux qui vont souffrir d’embonpoint au primaire et aussi à l’âge adulte, ajoute Mme Déa. Par contre, la bonne nouvelle, c’est qu’il s’agit d’une période où les stratégies mises en place pour favoriser de saines habitudes de vie sont plus efficaces. »

Causes

Le portrait de l’Observatoire s’intéresse à une multitude d’indicateurs, et pas seulement à l’obésité. On ne s’est donc pas penché spécifiquement sur les causes de l’obésité infantile, explique la directrice Fanny Dagenais. « L’idée, c’est d’identifier les lumières rouges pour revenir en profondeur sur certains éléments préoccupants dans un futur dossier thématique. Mais on sait tout de même qu’il y a une composante génétique à l’embonpoint; les tout-petits dont les parents font de l’embonpoint ont plus de risques d’en faire également. Il y a aussi une composante importante sur le plan des saines habitudes de vie de la famille, même si le portrait ne permet pas de déterminer les causes précises à ce stade-ci. »

Les chercheurs n’ont pas été en mesure d’obtenir des données sur l’alimentation des tout-petits, mais ils se sont penchés sur l’activité physique et le temps passé devant un écran, deux facteurs liés à l’obésité des tout-petits.

« Selon les directives canadiennes en matière d’activité physique, les enfants de 3 à 4 ans devraient faire au moins 180 minutes d’activité physique, peu importe l’intensité, réparties au cours de la journée », rappelle-t-on dans le portrait de l’Observatoire des tout-petits. Or, le tiers des enfants de 3 à 5 ans ne respectent pas ces recommandations.

Écrans

Les données sont encore plus inquiétantes lorsque l’on s’attarde au temps passé devant un écran. Pour les enfants de moins de 5 ans, il ne faudrait pas dépasser une heure par jour, tous écrans confondus (télévision, tablette, téléphone), notent les experts. Or, « en 2012-2015, environ les trois quarts des enfants de 3 à 5 ans ne respectaient pas cette directive », constate l’Observatoire des tout-petits.

« De plus en plus, les écrans font partie de notre vie, c’est un phénomène en augmentation et c’est l’une des hypothèses pour expliquer le fait qu’un tout-petit sur trois fait de l’embonpoint », précise la médecin-conseil de la santé publique, Catherine Déa.

Les auteurs de la toute nouvelle « Directive canadienne en matière de mouvement sur 24 heures » s’intéressent eux aussi à la petite enfance. La recommandation en matière de temps passé devant un écran reste la même, soit moins d’une heure par jour, mais s’inscrit désormais dans une « approche intégrée » qui tient également compte, comme pour les plus grands, de l’activité physique, des comportements sédentaires et du sommeil, explique Pierre Morin, directeur des opérations au Québec pour PartipACTION qui a participé à la rédaction de la nouvelle directive.

« Une heure par jour d’écran, déjà ça m’apparaît beaucoup, c’est pour ça qu’on a beaucoup hésité à savoir si on l’interdisait ou pas pour les petits de cet âge. Mais on est quand même conscients que, des fois, c’est une solution facilitante pour les parents de mettre la Pat’Patrouille pour faire le repas en paix. On est en 2017 et les écrans, c’est une réalité qui s’impose. Mais il faut mettre une limite. »

1 commentaire
  • Jean-Luc Malo - Abonné 21 novembre 2017 05 h 37

    Obésité, diabète: les lobbyistes du sucre et de la pharmacie

    "Les chercheurs n’ont pas été en mesure d’obtenir des données sur l’alimentation des tout-petits". Voilà une faille majeure de cette étude. Trop facile d'accuser les écrans uniquement. Pour celles et ceux qui s'intéressent à la question de l'alimentation, de l'obésité et du diabète, je recommande une enquête publiée dans le journal Le Monde du mercredi 15 novembre. On y montre comment les "laboratoires se sucrent sur le diabète" et comment "la publicité, lobbying...les industriels de l'agroalimentaire sapent les mesures de prévention".
    Ces enfants obèses risquent malheureusement d'être atteints dans quelques années du diabète de type II. Et nos fonds de pension investissent dans les compagnies agroalimentaires et pharmaceutiques qui entretiennent (de connivence?) cette entreprise meurtrière. On engraisse les gens puis on les traite...et c'est payant. Les compagnies de sucre rendent et gardent les gens obèses, ce dont profitent les laboratoires pharmaceutiques qui réalisent des proftis énormes en vendant des antidiabétiques.
    "La santé KO debout face aux lobbys. Publicité, campagne d'influence...Les laboratoires et l'industrie agroalimentaire frappent très fort" pour citer cette enquête du Monde que je recommande.
    Jean-Luc Malo
    abonné