Un million de cyclistes courtisés par les candidats aux élections municipales

La communauté cycliste de Montréal forme désormais un groupe que les candidats doivent écouter.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La communauté cycliste de Montréal forme désormais un groupe que les candidats doivent écouter.

Un million de cyclistes, 116 000 déplacements par jour sur deux roues : la croissance fulgurante de la pratique du vélo à Montréal est devenue un thème incontournable de la course à la mairie.

La communauté cycliste, menée par Vélo Québec, se mobilise pour inciter le maire Denis Coderre et les autres candidats au scrutin du 5 novembre à s’engager à investir dans la sécurité des déplacements à vélo. Le maire Coderre et son adversaire de Projet Montréal, Valérie Plante, répondent à l’appel : ils proposent une série de mesures pour étendre le réseau cyclable et favoriser la cohabitation entre cyclistes, automobilistes et piétons.

D’un strict point de vue électoraliste, la communauté cycliste de Montréal forme désormais un groupe que les candidats doivent écouter. Plus de la moitié de la population de l’île de Montréal (51 %) fait du vélo, selon les plus récentes données de l’enquête Origine-Destination. Le nombre de déplacements quotidiens à vélo (116 000) a augmenté de 57 % entre les années 2008 et 2013. Les voies cyclables sont congestionnées durant les heures de pointe.

« On souhaite que le vélo soit un enjeu dans les campagnes électorales municipales non seulement à Montréal, mais aussi dans les régions », dit Jean-François Pronovost, vice-président, développement et affaires publiques chez Vélo Québec.

51 %
C’est la proportion de la population de l’île de Montréal qui fait du vélo, selon les plus récentes données de l’enquête Origine-Destination.

L’organisme vient de lancer la plateforme jevotevelo.com pour recenser les demandes citoyennes et les engagements électoraux des candidats dans les 50 plus importantes municipalités québécoises, en vue du scrutin de novembre. Les élus de tous les paliers de gouvernement ont encore le réflexe de construire d’abord des infrastructures pour les voitures, note Vélo Québec. La demande pour des aménagements de transports collectifs, cyclistes ou piétonniers, se fait pourtant plus pressante.

Vélo Québec note des signes encourageants dans la stratégie Vision Zéro proposée par l’administration Coderre : limites de vitesse abaissées à 30 km/h dans les petites rues et à 40 km/h sur certaines artères ; mesures d’apaisement de la circulation ; ajout de liens cyclables manquants, notamment sous les viaducs.

La Ville doit cependant aller plus loin en réservant des voies pour les vélos dans tous les réaménagements d’infrastructures, estime Jean-François Pronovost.

Des progrès

« On en a fait beaucoup pour le vélo à plusieurs égards, et on veut en faire plus », dit Marc-André Gadoury, responsable du dossier vélo dans l’équipe Coderre et candidat à la mairie dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

« On reconnaît les goulots d’étranglement [dans les pistes cyclables] et on veut agir vite. On veut que nos citoyens se déplacent plus à vélo », ajoute-t-il.

L’équipe Coderre doit annoncer ce vendredi son plan de développement du vélo pour les prochaines années. Le maire s’engagera à augmenter la part modale du vélo — le pourcentage des déplacements qui se font sur deux roues —, qui est de 2,5 % à l’heure actuelle. Le plan comportera aussi une amélioration des déplacements à vélo au centre-ville, selon Marc-André Gadoury. La communauté cycliste réclame depuis longtemps un lien vers le nord, à partir du centre-ville, près du boulevard Saint-Laurent.

Sous le maire Coderre, la Ville a aménagé des liens manquants importants dans le réseau cyclable, note M. Gadoury : le prolongement de la piste Maisonneuve à l’est de la rue Berri, pour rejoindre le pont Jacques-Cartier, et la piste sous le viaduc à l’angle de la rue de Bellechasse et du boulevard Saint-Laurent, dans Rosemont–La Petite Patrie.

Ce segment de piste est le plus populaire à Montréal : un million de passages de vélo y ont été enregistrés depuis le début de l’année, selon Jean-François Rheault, de la firme Éco-Compteur. Près de 10 000 vélos passent sous ce viaduc chaque jour à cette période de l’année.

Au-delà du slogan

« La Ville doit en faire beaucoup plus pour sécuriser les déplacements à vélo. La stratégie Vision Zéro, c’est un slogan pour Denis Coderre », nuance Valérie Plante, candidate à la mairie pour Projet Montréal.

Plus de trois ans après la mort de Mathilde Blais, heurtée par un camion sous le viaduc Saint-Denis, la Ville n’a rien fait pour aider les cyclistes à franchir ce secteur dangereux, note-t-elle. Piétons et vélos jouent du coude sur un trottoir parsemé de trous. Même chose pour la « piste cyclable » aménagée récemment sur un trottoir étroit, en pleine côte, rue Atwater, souligne Valérie Plante.

« La Ville met de la peinture au sol plutôt que d’aménager de vraies voies cyclables séparées de la chaussée. Le réseau est vieillissant. Il faut refaire de l’asphalte. Ce n’est pas pour rien que Montréal perd des points dans les palmarès des villes de vélo », dit-elle.

Il reste aussi à mieux encadrer la présence des camions en ville. Les poids lourds (camions ou autobus) ont été impliqués dans le tiers des accidents ayant causé la mort de cyclistes au Québec de 2008 à 2013, selon la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

4 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 15 septembre 2017 10 h 03

    Un exemple mal choisi M. Coderre

    « ...la piste sous le viaduc à l’angle de la rue de Bellechasse et du boulevard Saint-Laurent » – M. Coderre a bien mal choisi son exemple car le passage sous le viaduc est un exemple à ne pas suivre. Cet aménagement a coûté très cher et dès le départ, les cyclistes qui l'ont emprunté ont signalé les problèmes, certains de ces problèmes n'ayant pas encore été considérés après 3 ans.

    Parmi ces problèmes

    – On a fait le point bas de la chaussée en pleine piste cyclable. L'été, quand il pleut, on traverse un lac. L'hiver, le lac gèle et c'est une traite patinoire qui attend les cyclistes, d'autant plus traite que la pente prononcée favorise la vitesse et que la patinoire est à l'endroit le plus sombre du passage. La piste aurait dû être relevée mais on a fait le contraire. Incompétence de la ville...

    – On franchit le passage direction nord-ouest. L'alternative ? Rejoindre la piste des Carrières ou rejoindre Saint-Dominique. Dans le second cas, l'intersection Bellechasse Saint-Dominique est particulièrement périlleuse. La sortie d'un stationnement contribue au danger. On se demande pourquoi un petit commerce a droit à trois sorties sur rue alors qu'une seule suffirait. Quant au premier choix, le péril est juste repoussé : la traversée de Beaubien à la sortie de la piste des Carrières (insécurisée une fois encore par une sortie de stationnement qui n'a pas sa raison d'être – il y en a une très vaste, protégée par des feux de circulation).

    On franchit le passage direction sud-est et on veut rejoindre ce quartier où circulent des centaines de jeunes travailleurs ayant choisi le vélo pour se rendre au travail ? Plusieurs choisissent de remonter la voie cyclable de Saint-Laurent à contresens, ce qui est dangereux.

    Et que dire de ce mini rond-point... Tape-à-l'œil inutile...

    Bref, des petits tronçons cyclables se terminant soit en cul-de-sac, soit en pièges périlleux : c'est ça l'héritage de l'administration Coderre.

  • Jean Richard - Abonné 15 septembre 2017 10 h 57

    Des chiffres trompeurs

    « Le maire s’engagera à augmenter la part modale du vélo — le pourcentage des déplacements qui se font sur deux roues —, qui est de 2,5 % à l’heure actuelle. »

    Ce chiffre, 2,5 %, est un peu trompeur car il représente la moyenne de tout le territoire de la ville. Or, c'est une erreur de confondre les régions périphériques, une copie conforme des banlieues où règne l'automobile, et les quartiers centraux où la densité de la population fait de l'automobile un mode de transport indésirable, où la demande en aménagement cyclables sécuritaire est très forte et où il faut concentrer les efforts.

    En 2015, la part modale du vélo était bien de 2,5 % pour l'ensemble de l'Île, mais sur le Plateau Mont-Royal, elle atteignait 10,8 % et juste à côté, elle était de 6,4 % dans Rosemont-Petite-Patrie.

    La question à se poser : considérant que 6,4 % des déplacements dans RPP se font à vélo, est-ce que la ville consacre 6,4 % de ses dépenses de voirie aux infrastructures cyclables ? La réponse est sûrement non, à moins que la peinture coûte très très cher (mais il y en a davantage sur les voies automobiles). Les cyclistes sont des contribuables et l'argent dépensé dans les infrastructures routières vient des recettes des taxes et impôts fonciers.

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 septembre 2017 11 h 45

      Bien sûr que cette peinture coûte cher. C'est ce que j'appelle de la peinture magique, puisqu'elle est censée protéger les cyclistes contre l'intrusion des véhicules moteur dans la piste... Seule une peinture magique peut faire cela.

  • Jean-Laurent Auger - Abonné 15 septembre 2017 11 h 48

    Et l'entretien???

    Est-ce que le budget consacré à l'expansion des pistes ne devrait-il pas inclure un pourcentage dédié à l'entretien des pistes existantes?
    Il existe des segments qui sont carrément dangereux.
    L'entretien, c'est la RESPONSABILITÉ et le DEVOIR de nos élus.