2,5 millions d’aide sociale aux demandeurs d’asile

Arrivée de demandeurs d'asile au poste frontalier de Lacolle
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Arrivée de demandeurs d'asile au poste frontalier de Lacolle

L’octroi de chèques d’aide sociale aux demandeurs d’asile est une procédure habituelle, a martelé le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS), mais cette décision n’en suscite pas moins de nombreuses réactions. Tandis que l’opposition s’inquiète de l’impact sur les finances des Québécois, d’autres déplorent la façon dont cela est orchestré.

Entre 4000 et 5000 chèques d’aide financière de dernier recours seront distribués aux migrants, notamment haïtiens, récemment arrivés en grand nombre près de Lacolle. Cette vaste opération coordonnée par des fonctionnaires se déroulera sur trois jours (30 et 31 août et 1er septembre) au Palais des congrès.

Certains de ces demandeurs d’asile n’ayant pas encore d’adresse, il fallait un endroit pour pouvoir leur remettre leur chèque, car le ministère n’a pas de locaux ou d’espace pour les accueillir. Ce n’est pas une procédure nouvelle, a-t-on indiqué au cabinet du ministre François Blais. « La seule chose qui est nouvelle par rapport à ce qu’on fait normalement, c’est le gros volume qui fait qu’on distribue au Palais des congrès », a indiqué Simon Laboissonnière, attaché de presse du ministre. « Sinon, c’est la même chose depuis 1996 », a-t-il ajouté, faisant référence à un décret adopté.

Au Québec, toute personne se trouvant sur le territoire a le droit de postuler pour l’aide de dernier recours, qu’elle soit un migrant en attente d’une décision de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) ou en attente d’une réponse sur la recevabilité de sa demande d’asile, ce qui est le cas de nombreux Haïtiens. Les délais de recevabilité sont actuellement d’environ six mois. « Ce que ça leur prend [aux migrants] pour faire une demande d’aide sociale, c’est simplement une lettre qui spécifie qu’ils vont rencontrer un agent d’immigration. Techniquement, leur situation peut ne pas être réglée », a dit M. Laboissonnière.

L’octroi du chèque et le montant sont déterminés selon une base déclaratoire, et les critères sont les mêmes que pour tous les Québécois. Les demandeurs d’asile qui arrivent ces jours-ci sont dirigés par les travailleurs sociaux du Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA) vers les bureaux du ministère, où ils font leur demande d’aide financière de dernier recours. Ils doivent ensuite se présenter en personne dans les huit jours ouvrables pour connaître la décision et le montant du chèque.

Les chefs des deux principaux partis d’opposition à Québec se sont questionnés, jeudi, quant à la capacité financière des Québécois à fournir cette aide sociale aux nouveaux arrivants. Environ 2,5 millions leur seront versés en prestations, et ce, uniquement pour le mois de septembre.

« Le gouvernement nous dit qu’il est incapable de donner un deuxième bain dans les CHSLD et ça coûte 30 millions. Alors, combien ça va coûter, 8, 10, 15 000 demandeurs d’asile qui restent au Québec pendant trois ans ? C’est sûr que c’est plus que 30 millions », a déclaré le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale, jeudi. « Est-ce qu’on a collectivement les moyens ? Oui, on a budget de 100 milliards, mais pour l’instant, le gouvernement nous dit qu’on n’a pas les moyens de donner un deuxième bain », a-t-il poursuivi.

La p.-d.g. adjointe du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Francine Dupuis, n’a pas pris part à cette décision, mais elle comprend l’idée derrière cette vaste opération de distribution. Elle s’inquiète cependant de son caractère ostentatoire et de l’impact. « Certains vont s’emparer de ça, surtout des gens en désaccord avec le fait de donner une aide ponctuelle, et ça peut amener des commentaires négatifs », a-t-elle dit.

Est-ce que ce sera à refaire le mois prochain ? Impossible de le dire, a-t-on indiqué au cabinet du ministre Blais. Si la situation des migrants change, parce qu’ils auront trouvé un emploi par exemple, il y aura moins de chèques à remettre.

20 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 25 août 2017 03 h 51

    sont devenus de lucratifs commerces

    c'est sous, vont-ils profiter véritablement a ceux qui en ont de besoin, ou vont ils disparaitrent dans toutes sortes d'approches, j'imagine tous ces exploitants spécialisés dans la misère, qui vont s'en donner a coeur-joie, que fait le gouvernement comme prévention,ne fait il que rependre ses sous, surtout quand nous savons qu'avec le bien- être ce sont des organisations bien huilées, combien de bric à brac, s'en nourrissent genre vente de carages et procures paroissiales , combien sont devenus de lucratifs commerces.

  • Yves Côté - Abonné 25 août 2017 05 h 30

    Alors, je me demande sérieusement...

    "l’opposition s’inquiète de l’impact sur les finances des Québécois..."
    Et cela, alors que jamais de leur histoire, les Québécois n'ont vécus de manière aussi confortable et avec autant de moyens et de luxe.
    Alors, je me demande sérieusement si l'opposition en question reviendra sur Terre un jour, ou si les choses élémentaires de la solidarité humaine et du besoin pour nous de donner envie aux nouveaux arrivants de devenir nôtres (et de prendre le français comme langue d'expression...) sont désespérées ?
    Où donc est passé le simple bon sens pour ainsi se cacher de nous ?
    Il me semble que pour s'inquiéter de la chose, les députés en question devraient commencer à le faire pour un certain nombre de pseudo-économies qui ne cesse de frapper les moins favorisés d'entre nous et les plus attachés au patrimoine et à la culture.
    Non ?

    Décidément, nous avons ici sous les yeux la preuve que le PM Couillard et ses sbires libéraux de la démocratie élective, ont une capacité d'anticipation politique qui dépasse de loin les capacités de l'opposition à voir clair dans ce qui se passe au Québec en réalité.
    Vite-vite, courrons tous avec enthousiasme mes amis vers le mur qui, la chose est prévisible et sans doute même déjà prévue je crois, ensuite sera publiquement accusé de nous avoir gravement frappé et handicapé à vie !

    J'en connais qui doivent avoir le tourni, tellement on les pousse à se retourner dans tous les sens dans leurs pauvres tombes...

    Et Tourlou quand même !

  • Serge Pelletier - Abonné 25 août 2017 06 h 02

    Oups!

    Les argents versés aux demandeurs d’asile (environ 2,5 millions d’aide sociale) ne sont pas perdus comme pour plusieurs subventions aux entreprises ou de projets similaires à l'histoire du "pétrole chimérique" de l'Île d'Anticostie... Pratiquement 100% de cette somme monétaire (le BS) sera immédiatement injectée dans l'économie locale (et de proximitée): nourriture et logement.

    Ce qui est "dérangeant" de cette histoire de chèques se porte non pas sur "le chèque" en lui-même et son montant, mais sur l'image que cela donne au niveau international: "Entrez illégalement au Québec, on vous donnent des dollars, on vous "soigne", et on s'occupe de l'éducation de vos enfants". Il faut avoir vécu, ou visité, certains pays où aucun service est offert gratuitement à la population, pour comprendre qu'il s'agit là d'un "Klondike", même momentané... Avec en prime, plus de 50% des chances d'être accepté comme réfugié avec des délais de tous genres qui s'étirent dans le temps. Le tout en faisant vivre grassement une panoplie de "juristes", d'agents "sociaux", de comités de ci et de ça, etc. Ces cliques "engrangent" des montants monétaires de beaucoup supérieurs aux "chèques de BS"... Mais personne n'en parle, aucun politicien en fait références... Que non, des blas blas sur les bains en CHLD, ça sa frappe l'imaginaire populaire, pas les sommes astronomiques qui sont versées aux petitss amis du système.

  • Michel Bouchard - Abonné 25 août 2017 07 h 32

    Oui, mais combien....

    de ces gens vont se trouver un emploi ? Se trouver un emploi dans un nouiveau pays n'est pas toujours facile. Les employeurs exigent la maîtrise de l'anglais et du français sinon que de l'anglais à Montréal.

  • Micheline Dionne - Inscrite 25 août 2017 07 h 48

    Un droit au travail

    Je me demande ce qui empêcherait les deux gouvernements de légiférer pour accorder en vitesse le droit au travail aux arrivants désespérés. Je crois que c'est ce que fait l'Allemagne; je crois qu'on y accorde des salaires inférieurs aux minima... mais ... n'est-ce pas là une sorte de moindre mal, en attendant de régulariser les dossiers? Et puis, j'essaie, mais je n'y arrive pas, de me demander comment peut se sentir un homme, une femme, un enfant, sur les routes, sans rien, ayant faim ou soif ou les deux, inquiets, et cherchant à s'accrocher ... à espérer que quelque part, d'autres êtres humains accepteront de partager. Nous dépensons des milliards en cures d'amaigrissement: nous avons trop à manger pendant que d'autres êtres humains sont affamés. Je sais il faut rester réalistes, raisonnables, éviter les troubles sociaux, essayer de plaire à tout le monde et à l'électorat... Ce matin, je me dis que le monde est mal fait. Bonne journée quand même!