Régis Labeaume intime aux extrémistes d’éviter Québec

M. Labeaume a répété, lors d’un point de presse lundi, qu’aucun des deux groupes qui ont manifesté dimanche n’est le bienvenu dans la capitale nationale.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir M. Labeaume a répété, lors d’un point de presse lundi, qu’aucun des deux groupes qui ont manifesté dimanche n’est le bienvenu dans la capitale nationale.

Québec pourrait devenir le point de repère pour les affrontements entre La Meute et les groupes antiracistes, qui promettent de revenir malgré l’invitation du maire Régis Labeaume à « aller se faire voir ailleurs ».

« Est arrivé dimanche, ce qui est prévisible lorsqu’on a affaire aux extrêmes… L’extrême droite provoque en décidant de manifester et l’extrême gauche réplique avec de la violence », a résumé le maire de Québec.

M. Labeaume a répété, lors d’un point de presse lundi, qu’aucun des deux groupes n’est le bienvenu dans la capitale nationale.

« Allez parader ailleurs, a-t-il lancé. Allez à Trois-Rivières ou à Lévis, mais nous, on ne veut pas [vous] voir, ni l’un ni l’autre. »

D’une part, le maire de Québec a condamné les casseurs et la « gang » du militant gauchiste Jaggi Singh, qu’il dit détester ; d’autre part, il a dit ne pas faire confiance à La Meute en raison de ses allures de milice privée et des ambiguïtés dans son discours.

« On avait dimanche la crème des casseurs au Québec, ils étaient environ 80 […] Il faut absolument condamner le comportement tellement crétin de la bande de Jaggi Singh pour qui la violence est un moyen légitime, ce qui à mon sens est complètement crétin », a-t-il dit.

Le maire, très remonté en ce jour qui marquait son retour de vacances, n’a pas épargné les disciples de La Meute non plus.

« Si on les écoute, ils vont nous faire croire qu’ils font du scoutisme […] toutefois, un de leurs lieutenants était avec les extrémistes blancs à Charlottesville [aux États-Unis, à une manifestation des suprémacistes blancs]. On ne peut pas avoir plus ambigu que ça. Je me méfie énormément parce que, quand ces gens-là vont prendre un peu d’enflure et vont décider de sauver la race, ça peut se compliquer », a-t-il souligné.

Dimanche, le groupe ultranationaliste La Meute, dont plusieurs positions sont hostiles à l’immigration, a organisé un rassemblement près du parlement à Québec.

Des contre-manifestants se sont divisés en deux groupes tout l’après-midi pour empêcher les membres de La Meute de défiler dans les rues de la ville.

Après quatre heures de confinement dans un stationnement intérieur et une fois les militants antiracistes partis, La Meute a entrepris une marche silencieuse en opposition à l’arrivée de demandeurs d’asile haïtiens en provenance des États-Unis, qu’ils qualifient d’« immigration illégale ».

Selon Maxime Fiset, consultant au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, La Meute était consciente de pouvoir « marquer des points » en jouant la carte de l’apaisement.

Selon lui, lorsque la casse a commencé, c’était évident que La Meute allait s’en servir comme discours victimaire.

« Pour eux, c’est une victoire de relations publiques. Les gens détestent les casseurs. La Meute a été très cohérente avec son discours. Elle veut montrer que c’est l’extrême gauche qui est dangereuse et dimanche, lorsque les antiracistes ont fait du grabuge, ils sont devenus l’exemple dont se servira La Meute et qui finalement éloigne le fait qu’ils sont le groupe qui cause la plus grande polarisation au Québec », explique M. Fiset.

La Meute assure ne pas avoir prévu de rester enfermée quatre heures dans un stationnement, mais avoue que la tournure des événements lui est favorable.

« Ils se sont nui à eux-mêmes. C’est certain que ça fait notre affaire. Ils sont passés pour des malades mentaux à tout casser ; nous, on a eu la belle job », a souligné Sylvain Brouillette, porte-parole du groupe.

Bien qu’il assure ne pas prôner la violence, le militant Jaggi Singh n’a pas voulu dénoncer le grabuge de certains manifestants antifascistes.

« Dans une lutte globale contre le fascisme, parfois, il faut utiliser des moyens violents », a-t-il indiqué, disant vouloir être « honnête ». L’activiste était jusqu’à lundi le seul manifestant à avoir été arrêté.

  

Lundi, les policiers poursuivaient leur enquête. La veille, ils avaient souligné avoir en leur possession des images, des vidéos et du renseignement quant aux individus qui ont participé activement aux manifestations déclarées illégales. Des arrestations sont à prévoir, a averti la police.

Les avertissements du maire Labeaume n’auront pas eu l’effet escompté auprès des deux groupes visés, qui ont l’intention de continuer à se servir des rues de Québec pour manifester.

« [Le maire] Labeaume reproduit la rhétorique de l’extrême droite raciste en ordonnant aux gens de “retourner d’où ils viennent”. Il s’agit d’un des principaux “arguments” utilisés par l’extrême droite et les groupes anti-immigration, incluant les racistes de La Meute, de la Storm Alliance et des Soldats d’Odin, qui ont tous une base importante dans la ville du maire Labeaume », a écrit sur sa page Facebook Jaggi Singh.

La Meute estime que le maire de Québec oublie les lois canadiennes qui leur garantissent le droit de manifester.

« Nous, on va aller manifester devant le parlement aussi souvent que c’est nécessaire. On n’en a rien à foutre de son avertissement […] En plus, beaucoup de membres de La Meute sont des gens de Québec, ce sont ses électeurs », a indiqué M. Brouillette.

Le maire Labeaume a accusé les deux groupes de manifestants d’avoir terni l’image de la ville.

De son côté, le premier ministre Philippe Couillard a condamné les violences perpétrées la veille. « Il n’y a pas de tolérance pour ça, quel que soit le côté d’où ça vient », a-t-il dit lors d’un point de presse au Lac-Saint-Jean.

9 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 22 août 2017 05 h 27

    Un maire qui parle sans réfléchir.

    Ainsi donc, Régis Labeaume, supposément maire de Québec, y est allé d'une sortie tonitruante où il met sans discernement dans le même sac ceux qui manifestent pacifiquement, comme c'est leur droit dans une société démocratique, et ceux qui viennent pour la bagarre et la casse. Comme amalgame primaire, c'est désolant de la part d'un dirigeant politique qui semble préférer l'esprit de clocher plutôt que les propos rassembleurs.

    Le maire de Québec invite ces "extrémistes", toutes catégories confondues, à aller manifester la prochaine fois à Trois-Rivières et à Lévis plutôt que dans "sa" ville. Faut le faire! Pas sûr que les gens de Trois-Rivières et de Lévis vont vraiment apprécier!

    M. Labeaume semble oublier que la ville de Québec, en plus d'être "sa" ville, a le statut de capitale et qu'à ce titre, elle peut s'attendre à la tenue de certaines activités en rapport avec sa fonction de siège du gouvernement. Elle est la ville de tous les Québécois en plus d'être "sa" ville.

    Je souhaite sincèrement qu'à l'avenir le maire de la capitale évite de s'exprimer comme un roitelet de petite bourgade et réfléchisse davantage avant de parler. C'est, de la part d'un élu, une question de bienséance autant que de dignité.

    Il faut croire qu'on a les dirigeants qu'on mérite...

    • Serge Lamarche - Abonné 22 août 2017 14 h 06

      ...et on a les manifestants qu'on mérite?

  • Jean Lapointe - Abonné 22 août 2017 06 h 57

    Le maire Labeaume ne fait qu'envénimer les choses.

    «M. Labeaume a répété, lors d’un point de presse lundi, qu’aucun des deux groupes n’est le bienvenu dans la capitale nationale.»(Améli Pineda)

    En adoptant une telle attitude le maire Labeaume ne peut faire qu'envénimer les choses.

    Comment se fait-il qu'il ne se rende pas compte qu'en se faisant menaçant comme il le fait, il incite les gens qui veulent manifester, ce qui est leur droit dans un pays qui se dit démocratique, à se fâcher davantage? C'est pourtant élémentaire.

    Les manifestants envoyent des messages aux élus et à la population. C'est aux élus et à la population de se demander s' il n'y aurait pas des mesures à prendre pour tenter d'apaiser leur colère. Ils n'ont sûrement pas toujours tort.

    Le maire Labeaume ferait mieux de se trouver quelqu'un qui puisse le conseiller en ces matières au lieu d'adopter un comportement aussi infantile avant que la situation dégénère encore plus.

    En adoptant une telle attitude il n'aide sûrement pas la police.

    Il n'est manifestemnt pas à la hauteur de la tâche qui lui revient le maire Labeaume.

    • Serge Lamarche - Abonné 22 août 2017 14 h 08

      Comme opinion personnelle, qualifier de crétins les deux groupes semble tout à fait approprié.

  • Michel Lebel - Abonné 22 août 2017 07 h 17

    Dérapages...


    Je dirai simplement: que nos politiciens fassent plus attention à leurs paroles. Diable, que de dérapages et confusion verbale, ces jours-ci. Je ne doute point que les citoyens de Lévis et Trois-Rivières ont apprécié les envolées du roitelet de Québec...

    M.L.

  • Chantale Desjardins - Inscrite 22 août 2017 07 h 28

    Le mot P A I X existe-t-il?

    Jamais on entend le mot PAIX dans la bouche de nos politiciens. Le maire Labeaume dans son point de presse a dépassé les bornes. Les deux maires, Coderre et Labeame, le PMCouillard, ont invité le peuple à la guerre. J'attire votre attention sur le message positif de Jean-François Lisée qui nous laisse de l'espoir s'il est élu. On ne peut féliciter nos dirigeants politiques pour leur manière d'administrer la province, le pays et nos villes de Québec/Montréal. Il faut entendre le message portant sur la

    P A I X

  • Raynald Rouette - Abonné 22 août 2017 09 h 07

    Un émule de Maurice-Le Noblet-Duplessis, «La loi c'est moi».


    L'ancien premier ministre du Québec habitait Trois-Rivières.

    Avec le maire Coderre, deux égos démesurés?

    Il devrait être conscient que: La ville de Québec est à l'ensemble des québécois, ce que Montréal est au Canada...