De jeunes «stars» du rock pas comme les autres

Ilana, monitrice aux cheveux bleus, et Florence, 11 ans, se préparent pour le spectacle.
Photo: Clothilde Goujard Le Devoir Ilana, monitrice aux cheveux bleus, et Florence, 11 ans, se préparent pour le spectacle.

Il y a trois ans, Storm se sentait différente et perdue. À neuf ans, la jeune fille n’était pas sûre de savoir qui elle était. Et puis, elle a découvert le Camp rock pour filles de Montréal, un camp de jour pour les filles et les jeunes de genre non binaire entre 10 et 17 ans, où les cours de musique alternent avec les ateliers sur l’orientation et l’éducation sexuelle, le genre et le racisme.

« Maintenant que c’est ma troisième année, j’en connais beaucoup plus [sur moi-même]. Je connais mon orientation sexuelle et je sais que les filles sont vraiment fortes », raconte Storm (son deuxième prénom), 12 ans, qui joue de la batterie et se décrit comme bisexuelle.

À travers ses interactions et de nouvelles amitiés avec des filles qui partagent ce même sentiment d’être « différentes » et « weird », Storm s’est affirmée. Avec son amie du même âge, Emma, elles ont réalisé qu’elles avaient toutes deux vécu de l’intimidation après avoir fait leur coming out dans leurs écoles et classes respectives.

« Il y a beaucoup de jeunes homophobes dans ma classe, donc j’ai dû apprendre à gérer ça et j’essaie d’ignorer [ce qu’ils disent]. Tu ne peux pas contrôler [ton orientation sexuelle] », dit Storm.

Ilana, la monitrice qui s’occupe de leur groupe, suit Storm depuis ses débuts au camp. « Je l’ai vue se transformer et grandir énormément avec le camp », dit-elle, en la décrivant autrefois comme plus renfermée et incertaine.

Ce n’est pas juste une leçon de musique, mais aussi une leçon de vie pour leur faire comprendre que leurs voix sont importantes

Elle a vu plusieurs jeunes filles arriver au camp en essayant de répondre aux standards de la société, en matière de beauté, de sexualité, de comportements et même de façon de chanter. « Je suis instructrice pour les cours de chant et on voit des “campeuses” qui essaient de chanter comme elles pensent qu’elles devraient, avec une voix de star de la pop. On leur dit : “Non, essaie juste de hurler dans le micro et passe du temps à seulement crier.” Ce n’est pas juste une leçon de musique, mais aussi une leçon de vie pour leur faire comprendre que leurs voix sont importantes. »

Accepter sa différence

Pendant une semaine, une trentaine d’adolescentes apprennent à s’accepter et à devenir des artistes et des jeunes bien dans leur peau.

« On utilise l’attitude rock star [pour accepter] qu’on n’est pas normales, qu’on ne veut pas se conformer à ce que les autres pensent qu’on devrait être. On veut que les jeunes soient capables de dire : “C’est correct d’être différente, c’est dans la différence qu’on s’embellit et qu’on va s’accepter” », dit Taharima Habib, une des bénévoles principales du camp.

Les jeunes forment un groupe, suivent des cours de musique et écrivent une chanson originale. Mais, l’idée derrière cette initiative est d’aller plus loin que l’art et de donner aux jeunes des outils pour leur confiance en elles et pour s’accepter comme elles sont, malgré leurs différences. Des ateliers et rencontres laissent place aux discussions dans un espace sécuritaire et à l’écoute des épreuves de ces jeunes de la communauté LGBTQ+, racisées ou de genre non binaire.

Voyez Emma, Sav, Tee, Storm et Nika interpréter leur composition originale lors du spectacle de fin de camp.

 

« Quand ces jeunes-là viennent ici, elles se sentent tellement empowered parce que tout le monde qui est en position de leadership est exactement comme elles 15, 20 ou 30 ans plus tard », dit Habib, qui a participé avec les campeuses racisées à une discussion spécifiquement pour elles.

C’est au cours de cette discussion que Revati, 12 ans, a commencé à réaliser que « toutes ces petites choses [qu’elle] a ignorées, mais qui lui ont fait du mal », comme les gens qui l’appellent « hé toi » parce que son prénom qui vient du sanskrit leur paraît trop compliqué viennent de l’ignorance.

Au bout d’une semaine de camp, les jeunes sont fières de leurs musiques et de leurs différences. Pour clore le tout, les jeunes montent sur scène pour un concert et se lancent malgré le trac.

Jannjill, la bassiste rockeuse du band Galaxy, finit à terre, tandis que les Wild Witches font danser le public avec leurs paroles engagées sur le féminisme.

« Quand tu viens ici, tu peux chanter tout ce que tu as sur le coeur et partir du camp à la fin de la journée plus forte, avec plein d’amies et avec encore plus de confiance en toi », décrit Uma, 10 ans, pour qui c’était la première année.