Des entreprises empêchées de livrer des pièces pour le nouveau pont Champlain

Il s’agit d’un nouveau coup dur pour ce projet qui donne lieu à toutes sortes de pépins.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il s’agit d’un nouveau coup dur pour ce projet qui donne lieu à toutes sortes de pépins.

Le « blocage » dans l’attribution de permis pour livrer des centaines de pièces du nouveau pont Champlain ralentit de façon importante la progression du chantier. Trois entreprises engagées dans ce projet de 4,2 milliards de dollars viennent d’intenter un recours judiciaire pour forcer Québec à autoriser la livraison d’une série de pièces cruciales pour la construction de la mégastructure.

Les firmes Canam-Ponts, Transport Bellemare et Transport Watson s’adressent à la Cour supérieure pour forcer le ministère des Transports (MTQ), le ministre Laurent Lessard et la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) à donner le feu vert à la livraison de ces pièces hors normes.

La SAAQ et le MTQ bloquent depuis le mois de mars l’attribution de permis spéciaux pour la livraison de ces pièces de dimension ou d’un poids exceptionnels, allègue un document de cour que Le Devoir a obtenu. Ces pièces — de gigantesques poutres-caissons fabriquées à Québec, à Terrebonne ou à Trois-Rivières — doivent être livrées par route jusqu’au chantier du nouveau pont, à Brossard.

« Le retard des défendeurs à faire en sorte que soient émis les permis requis est dépourvu de tout fondement rationnel. […] Cela relève d’un abus », indique la demande introductive d’instance en injonction (provisoire et permanente), datée du 5 juillet 2017.

Une série d’imprévus

Le blocage des permis a des conséquences importantes : le consortium Signature sur le Saint-Laurent (SSL), mené par le géant SNC-Lavalin, a « suspendu ses opérations d’assemblage au chantier » à cause du retard dans la livraison de centaines de poutres-caissons, indique le document de 27 pages. Cet imprévu « menace le déroulement critique du chantier, puisque toutes les opérations subséquentes seront par le fait même reportées ».

Il s’agit d’un nouveau coup dur pour ce projet qui donne lieu à toutes sortes de pépins. Le groupe SSL a lui-même déposé une poursuite de 124 millions contre Ottawa, en mars, parce que le pont Champlain actuel est si fragile qu’il ne peut supporter le passage de centaines de pièces du futur pont. Cette embûche majeure force les responsables du chantier à livrer des pièces par train et par bateau, ce qui a retardé la construction de six mois.

Le blocage dans la livraison de pièces par le réseau routier représente un « défi » supplémentaire qui met en péril la date de livraison prévue du 1er décembre 2018, indiquent nos sources. L’entreprise Grues Guay s’est aussi adressée à la Cour supérieure, la semaine dernière, pour forcer Québec à débloquer l’attribution de permis pour la livraison de matériel hors normes sur les routes québécoises.

Changements au MTQ

Au cabinet du ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports, Laurent Lessard, on indique être « au courant de la situation ». Le ministère a ajouté du personnel à son unité chargée d’évaluer les demandes de permis spéciaux, indique Mathieu Gaudreault, attaché de presse du ministre.

La grève des ingénieurs du gouvernement a eu un impact sur la livraison des permis, selon lui. Deux ingénieurs du MTQ avaient aussi changé les règles d’attribution des permis sans en aviser leur supérieur, comme l’a rapporté Radio-Canada le mois dernier, confirme M. Gaudreault. Le ministère indique être revenu aux anciennes règles au début du mois de juin. De toute évidence, l’attribution de permis pour le transport de poutres et de caissons se trouve encore au ralenti, si on se fie aux allégations de Canam et des deux transporteurs faites en Cour supérieure.

Ces fournisseurs estiment que le ministre des Transports aurait pu autoriser la livraison du matériel hors normes, à cause de l’urgence de la situation, en vertu de l’article 633 du Code de la sécurité routière. Le ministre Laurent Lessard a refusé de délivrer les permis, car cette responsabilité relève des ingénieurs du département et non du personnel politique, explique son attaché de presse.

Le groupe Canam-Ponts et les sociétés de transport Bellemare et Watson affirment que quelque chose ne tourne pas rond au sein du MTQ : la livraison de pièces comparables sur un chantier de Dorval a été autorisée. Les trois entreprises estiment que le blocage des permis leur cause une série de problèmes : « Les préjudices économiques et pénalités applicables au cas de retard dans la livraison du nouveau pont Champlain sont susceptibles d’être si élevés qu’ils sont de nature à menacer la pérennité et l’équilibre financier des demanderesses et des sous-traitants impliqués dans la fabrication des caissons-poutres, si les retards se continuaient et s’aggravaient encore. »

« Au surplus, la notoriété du projet en question est telle que le préjudice associé à la contre-performance apparente de l’une ou l’autre des demanderesses […] est de nature à entacher irrémédiablement leurs réputations enviables sans que les manquements qui leur seraient attribués ne relèvent en fait de leur responsabilité », poursuit la demande d’injonction.

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 7 juillet 2017 07 h 27

    que dire de plus, sinon que les politiciens sont les pires joueurs

    Sommes nous capables de gérer des travaux de cette envergure, car il ne s'agit pas de caprices, mais de prévenir la nature de nos équipements, combien d'administrateurs jouent aux surhommes, mais ignorent les implications de leur projet, ne dit-on pas qu'il n'y a souvent que le temps pour bonnifier certains savoirs, mon opinion est qu'a ce niveau les politiciens sont les pires joueurs car ils se nourrissent souvent d'utopies

  • Richard Ferland - Abonné 7 juillet 2017 11 h 31

    À quoi on joue...

    Tous savent à quel point sont les problèmes de circulation dans la région de montréal sauf si on prend ces décisions loin de la région et que l'on ne vit pas ces impacts. Quelqu'un(s) à quelque part manque(nt) à ses responsabilités. Quand on voit dans d'autres pays à quelle vitesse les projets se réalisent on voit bien que nous ne sommes plus des chefs de file en la matière.

  • André Mongrain - Abonné 7 juillet 2017 13 h 04

    Petite question comme ça !!!

    Trois-Rivières et Québec sont "plutôt" proche du fleuve il me semble, alors pourquoi
    ne pourrais t-on pas mettre ces pièces sur des barges et les remorqué jusqu'au
    pont Champlain, qui lui aussi est "plutpot" près du fleuve !!
    Car si ça peux passer sur des routes la logique dit que ça dois passer sur le fleuve.

  • Stephen Aird - Abonné 7 juillet 2017 22 h 43

    De kossé?

    Combien pèse ces pièces d'acier hors norme? Quelle dimension? Curieux tout cet esbroufe pour si peu d'info.