Ghislain Picard se tourne vers les municipalités

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, souhaite que la Ville de Montréal adhère à la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, comme l’a fait la Ville de Val-d’Or le mois dernier.

Selon Ghislain Picard, qui rencontrait l’équipe du Devoir hier, les municipalités doivent agir en partenaires des Premières Nations au même titre que les gouvernements fédéral et provinciaux. L’APNQL salue par ailleurs les efforts faits par le maire de Montréal, Denis Coderre, pour intégrer un important volet autochtone aux célébrations du 375e anniversaire de Montréal. Au mois de septembre prochain, deux journées de festivités seront consacrées à la célébration du 10e anniversaire de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones. Ces festivités sont coorganisées par l’APNQL, la Ville de Montréal et la commission canadienne de l’UNESCO.

« C’est d’abord symbolique, mais ça nous sort de la tendance qu’on vit depuis plusieurs années qui renvoie les autochtones aux relations avec le gouvernement fédéral. Ensuite, ce sont les tractations avec les juridictions provinciales et territoriales. Mais c’est aussi les villes. Il y a une proximité entre les villes et un certain nombre de communautés. Donc, c’est important que les villes s’affichent également. Il n’est pas impossible qu’on aille plus loin et qu’on demande au maire Coderre et même à l’Union des municipalités du Québec [de reconnaître la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones]. Je pense que c’est important qu’on entretienne une relation sociale, culturelle et économique. Mais la relation politique est au-dessus de tout ça », a-t-il dit.

Le chef Picard, qui rencontrait mardi le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, s’est d’ailleurs dit déçu du fait que le gouvernement du Québec tarde lui aussi à adopter la Déclaration.

Présence autochtone

Le Réseau pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone de Montréal, qui a conçu la programmation autochtone du 375e anniversaire de Montréal, regroupe pour sa part environ 150 organismes et quelque 900 membres. En guise de legs pour le 375e anniversaire de Montréal, on prévoit l’ouverture d’une ambassade culturelle des Premières Nations de quelque 8000 mètres carrés « près de l’eau », selon Marie-Josée Parent, coprésidente du Réseau. L’annonce de ce nouvel espace devrait se faire au cours de l’année 2017.

« Le maire Coderre reconnaîtra qu’il y a encore beaucoup de travail à faire, mais il faut commencer quelque part, et le 375e anniversaire de Montréal est une occasion de penser les choses autrement, de faire en sorte que la participation des Premières Nations ne soit pas considérée comme accessoire », dit M. Picard.

Jusqu’au 15 juillet, la pièce Muliats, présentée en reprise au Théâtre d’Aujourd’hui, met en scène le fossé qui sépare autochtones et non-autochtones. Après avoir éprouvé le syndrome du « oups, on a oublié les communautés autochtones », comme le désigne Ghislain Picard, le Comité des fêtes du 375e a intégré toute une programmation autochtone, en collaboration avec le Réseau. Plusieurs de ces activités ont déjà eu lieu, d’autres sont encore à venir. En août, la pièce interactive Iosheka et Tawiscara : le grand jeu de la création sera présentée sur la place des Festivals dans le cadre du festival Terres en vue. Au mois d’octobre, le Centre des sciences présentera Génie autochtone, des inventions toujours actuelles, où on pourra tester le centre de gravité d’un kayak, participer à une course en canot virtuelle ou assembler un igloo.

« Au-delà des opinions diverses qu’on peut avoir sur le 375e de Montréal ou sur le 150e anniversaire du Canada, il n’en demeure pas moins que c’est un événement très significatif, surtout au regard de notre place actuelle dans un contexte contemporain », dit le chef Picard.

Ce qu’il a dit au sujet...

Du plan d’action québécois de 282 millions de dollars pour les autochtones

« Il y a 60 millions d’argent frais [dans le plan d’action]. Ce que je retiens, c’est que c’est un plan évolutif, donc perfectible. Si l’intention est sincère, et cela semble être le cas, pourquoi ne pas se mettre à table et ajouter au plan ce qu’on considère comme prioritaire ? [Les relations avec] la Direction de la protection de la jeunesse, la sécurité publique. Sur le plan de la sécurité publique, on est encore dans une situation où il y a une collaboration fédérale-provinciale pour assurer la sécurité publique dans nos communautés, mais l’argent n’est pas au rendez-vous, la récurrence non plus. Il faut diriger vers un comité de suivi. Et il faut que ce soit constant au lieu d’y aller à la pièce. Sans cela, on s’en remet à la Sûreté du Québec, et ça n’est pas une bonne solution. »

Des relations fédérales-provinciales

« On ne peut isoler une démarche uniquement avec le Québec. Le fédéral est présent dans tous les domaines. Il y a un chevauchement. L’important, c’est qu’on puisse arrêter la dynamique fédérale-provinciale qui se déroule en notre absence. Il y a un élément plus politique, lié au territoire, mais il y a aussi la réalité des communautés qui sont en relation constante avec des institutions québécoises en sécurité publique, en santé et en éducation. Cela mérite une table de discussion où on pourrait parler pour nous-mêmes. »

D’une éventuelle discussion constitutionnelle

« Si on allait dans cette direction-là, et si on part d’un lieu qui est loin d’être parfait, en ce qui a trait à la relation Québec-Premières Nations, alors à quoi ça sert ? […] Québec a reconnu qu’une incursion dans le monde constitutionnel ne peut pas se faire sans les Premières Nations. »