320 millions pour doubler le réseau cyclable du Grand Montréal

Les cyclistes auraient accès à 1166 kilomètres de pistes cyclables.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les cyclistes auraient accès à 1166 kilomètres de pistes cyclables.

Les maires des 82 villes de la grande région de Montréal rêvent de voir davantage de vélos sur les routes pour réduire les bouchons de circulation. Un plan ambitieux de 320 millions de dollars, visant à doubler le réseau cyclable, est sur la planche à dessin de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Selon ce que Le Devoir a appris, ce projet de 1166 kilomètres veut placer Montréal en tête des régions cyclables en Amérique du Nord et dans le peloton des dix meilleures villes de vélo dans le monde d’ici 2031. L’ébauche de ce Plan directeur du Réseau vélo métropolitain a été mise en ligne au cours des derniers jours.

Le premier tronçon de 144 kilomètres, reliant les parcs d’Oka et du Mont-Saint-Hilaire, doit être inauguré le 2 septembre, dans le cadre des festivités du 375e anniversaire de Montréal. La cérémonie de coupe du ruban aura lieu même si la section qui traverse la municipalité de Saint-Basile-le-Grand ne sera prête que l’année prochaine, a confirmé la CMM. D’autres bouts de piste, notamment à Saint-Bruno et le long du fleuve entre Boucherville et Longueuil, donneront lieu à des travaux intensifs durant tout l’été.

Quelque 97 % du tracé sera achevé lors de l’inauguration du sentier pédestre et cyclable entre Oka et Mont-Saint-Hilaire, dans deux mois, indique Julie Venne, conseillère en recherche et responsable du projet à la CMM.

Cette piste de 60 millions est le premier de 56 tronçons qui sont planifiés pour les 14 prochaines années. Les 82 municipalités de la CMM « ont envie d’embarquer » dans la croissance des déplacements à vélo, dit Mme Venne.

Une vague à deux roues

Les 82 maires de la CMM joignent un mouvement qui est en marche depuis plus d’une décennie : le nombre de déplacements à vélo a augmenté de 69 % dans la grande région de Montréal entre les années 2003 et 2013, et a doublé dans l’île de Montréal durant la même période, selon les chiffres de la CMM.

Le plan vise à donner de l’espace aux cyclistes, qui se bousculent sur le réseau cyclable existant, et à stimuler les déplacements à vélo hors des quartiers centraux de Montréal. Comme dit le film américain : « If you build it, they will come. »

La CMM compte plus que doubler le réseau de voies cyclables dans les 82 municipalités. Sur les 1166 kilomètres prévus : 

  • 337,2 km (28,9 %) sont des voies cyclables locales existantes ;
  • 204,5 km (17,5 %) sont des voies locales existantes nécessitant une mise à niveau afin de les rendre conformes ;
  • et 624,7 km (53,6 %) sont de nouveaux tronçons à réaliser afin d’agrandir le réseau, notamment pour permettre le franchissement d’obstacles.
 

Un potentiel inexploité

Le plan prévoit de doubler le nombre de déplacements quotidiens à vélo, actuellement estimés à 144 100, à 300 000. Le potentiel de croissance du vélo est phénoménal : la Chaire de recherche Mobilité de l’École polytechnique a conclu, d’après les données de l’Enquête origine-destination de 2008, que 22 % des déplacements réalisés en véhicules motorisés seraient transférables au vélo, note le plan de la CMM.

Les deux tiers des logements de l’agglomération montréalaise sont situés à 300 mètres et moins d’une voie cyclable. Et les trois quarts des déplacements à vélo en 2013 ne dépassaient pas cinq kilomètres.

Pour encourager les déplacements sur deux roues — et désengorger les routes —, la CMM souhaite tripler le nombre de places de stationnement à vélo (de 6 000 à 18 000) dans les stationnements incitatifs, les gares de trains de banlieue, les terminus d’autobus, ainsi qu’aux abords des stations de métro. Objectif : augmenter à 15 % la clientèle qui utilise le vélo et effectue un transfert vers le train, le métro ou l’autobus.

« On n’a jamais prétendu que le vélo seul allait régler tous les problèmes. Le vélo doit agir en complément avec les transports en commun », dit Jean-François Pronovost, vice-président de Vélo Québec.

L’organisme a agi comme partenaire de la CMM pour mettre en place le plan de développement du vélo. À première vue, le projet mis en ligne au cours des derniers jours correspond aux recherches et aux consultations menées depuis plus de cinq ans en vue d’accoucher de ce « plan vélo », indique M. Pronovost.

La CMM vient d’entamer une consultation en ligne et dans les 82 municipalités de la grande région de Montréal pour peaufiner le plan. Les maires, y compris celui de Montréal — qui préside la CMM —, ont envoyé un signal clair en faveur du développement du réseau cyclable, indiquent plusieurs sources au Devoir.

La balle est désormais dans le camp de Québec, estime Jean-François Pronovost : « Le gouvernement a lancé une consultation en vue de doter le Québec d’une politique de mobilité durable. Si on prend ça au sérieux, la mobilité durable, il faut investir sérieusement. »

Des vélos sur le fleuve

Le plan de la CMM prévoit de relier les 14 navettes fluviales au réseau cyclable de la grande région de Montréal pour encourager les déplacements à vélo.

Le projet souligne que la pertinence d’instaurer un lien sur le fleuve entre Pointe-aux-Trembles et le Vieux-Port de Montréal « ne fait plus de doute ». Le document rappelle qu’une étude de la firme Lemay stratégies datée de mars 2017, et menée pour l’arrondissement, est arrivée à cette conclusion.

Les résidants de l’est de Montréal se plaignent depuis des années de la difficulté à se rendre au centre-ville, entre autres à cause de la congestion routière ; 58 % des gens de Pointe-aux-Trembles et 42 % des résidants de Repentigny seraient désireux d’utiliser une navette fluviale, selon un sondage réalisé en octobre 2016 par la firme Léger pour le compte de l’arrondissement et la Ville de Repentigny.

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 6 juillet 2017 08 h 12

    100% pour

    Mais ne nous illusionons pas, ce n'est pas ce qui va soulager la circulation! Il y a l'hiver, il y a les grosses pluies, il y a tous ceux qui ne peuvent pas ou ou ne voudront pas aller en vélo. Ce qu'il faut c'est arrêter immédiatement l'étalement urbain et la construction d'autoroutes, et installer du transport public rapide et fréquent.

    • Jean Richard - Abonné 6 juillet 2017 11 h 50

      Plusieurs années me séparent de mon enfance et pourtant j'aimerais pouvoir pédaler pour me déplacer, même en hiver (et actuellement, la pluie ne m'arrête pas : des vêtements imperméables, ça existe). Mais je ne fais pas de vélo en hiver pour deux simples raisons : j'ai choisi Bixi (et Bixi, sous les pressions de la ville, est toujours pressée de ranger ses vélos), et l'autre raison, plus importante, les déjà trop rares infrastructures cyclables ne sont pas adéquatement entretenues.

      Le nombre de cyclistes qui rangent leur vélo l'hiver diminue d'années en années, mais la Ville préfère l'ignorer. Un changement de culture pourrait donner des résultats à en étonner plus d'un. Si on peut descendre à des vitesses vertigineuses les pentes de ski des Laurentides, on peut aussi faire du vélo. Les risques d'engelures sont beaucoup moins importantes – et contrairement à la croyance de ceux qui ne l'ont jamais fait, faire du vélo en janvier peut vous mettre en nage si vous avez mis une épaisseur de trop.

      Autre volet souvent négligé quand il est question de vélo : les personnes âgées. S'il y a des gens qu'il faut garder en selle, ce sont les gens âgés. C'est une question de santé et de mobilité. La plupart des gens âgés qui n'ont jamais cessé de pédaler peuvent espérer pouvoir le faire jusqu'à un âge très avancé (dans les 80). Et pour ceux qui se sentent encore à l'aise sur un vélo, la mobilité est augmentée de 300 à 400 %. Autrement dit, faire une heure de vélo implique une dépense d'énergie comparable à celle requise pour faire une heure de marche, mais la vitesse est quatre fois plus élevée.

      Pour augmenter la mobilité sur de plus longs trajets, il y a l'assistance électrique. Le Québec engloutit des centaines de M$ en infrastructures, en subventions et en exemptions fiscales pour doper la vente de voitures individuelles, mais rien, strictement rien pour le vélo à assistance électrique, beaucoup plus apte à améliorer la mobilité urbaine que la voiture individuelle.

  • Jacques Morissette - Abonné 6 juillet 2017 09 h 07

    Apprendre à vivre.

    Pas conduire un vélo comme une voiture comme dans certains cas, mais plutôt pour apprendre à vivre. Le rythme de la vie, pas le trépident, est tellement important.