La police autochtone sous-financée et surchargée

À Pikogan, le service de police compte 5 employés pour une communauté de 600 membres.
Photo: Wikipédia P199 À Pikogan, le service de police compte 5 employés pour une communauté de 600 membres.

Les corps policiers locaux dans les réserves autochtones sont sous-financés, ce qui met en péril la sécurité des membres de la communauté et des policiers eux-mêmes, dénoncent des grands chefs dans le cadre de la commission d’enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics.

« Les polices locales sont sous-financées. Les policiers sont surchargés et stressés parce que les Conseils tribaux n’ont pas le financement pour les payer adéquatement. Certaines communautés n’ont même pas de police du tout. Ça fait partie des défis auxquels nous faisons face », a plaidé la grande chef de la nation algonquine Anishinabeg, Verna Polson, qui témoignait devant le président Jacques Viens mardi.

Dans les communautés qui n’ont pas de poste de police local, c’est la Sûreté du Québec qui intervient, a précisé la grande chef.

« La SQ travaille avec les communautés, mais quand il y a une crise, ça lui prend trop de temps pour venir en aide, c’est trop long avant qu’elle puisse arriver dans les communautés et gérer la crise. Il faut absolument que quelque chose soit fait pour améliorer cette situation. Il faut que ce soit mis sous la loupe de la Commission. Il nous faut plus de financement. Nous devons prendre soin de nos gens, il faut que nos gens se sentent en sécurité. »

À Pikogan, au nord d’Amos, en Abitibi-Témiscamingue, le service de police compte 5 employés pour une communauté de 600 membres.

« En raison d’un problème de sous-financement, les services sont déficitaires depuis plusieurs années et les conditions de travail ne sont pas sécuritaires pour les employés », a déploré le chef David Kistabish, qui évoque également un haut taux de roulement dans son service.

Ce dernier évoque des « relations harmonieuses avec le poste de la SQ »qui est appelé en renfort lorsque les policiers de Pikogan, souvent contraints de travailler seuls, ont besoin d’aide pour une intervention.

Le problème est d’autant plus complexe que le financement des corps policiers relève à la fois du fédéral et du provincial, note le chef Kistabish. « Les critères pour recevoir du financement sont difficiles à remplir, on a une entente tripartite qui vient à échéance en 2018 et rien ne nous laisse croire que l’entente sera renouvelée. À Québec, on nous dit qu’on va s’engager si Ottawa embarquer, et vice-versa. Ils se lancent la balle tout le temps. »

Éducation

La commission Viens, qui a été instaurée en marge des allégations d’abus policiers sur des femmes autochtones à Val-d’Or, n’a pas dans son mandat de se pencher de façon spécifique sur la question de l’éducation. Et pourtant, « c’est par là que tout commence », plaide la grande chef Verna Polson.

« Nos jeunes n’ont pas accès à une bonne éducation, et de là vient la pauvreté des gens dans nos communautés. Il doit y avoir un financement pour une éducation de qualité, nos jeunes doivent pouvoir aller étudier et revenir dans leur communauté pour l’aider. »

À plus de 700 km de là, à Wendake, la Fédération des cégeps tenait une grande rencontre sur la réussite des étudiants autochtones au collégial afin de mettre en commun les meilleures pratiques pour aider les autochtones dans leur cheminement postsecondaire.

« On a manqué le bateau ces dernières années en ce qui concerne la présence des autochtones dans nos institutions et plusieurs préjugés demeurent », déplore Réjean Paquet, directeur des services aux étudiants au Cégep de Trois-Rivières et président du Comité sur la réussite des étudiants autochtones à la Fédération des cégeps.

« Les jeunes font face à plusieurs défis : déracinement, perte de points de repère, difficultés à se trouver un appartement, en plus de l’intégration proprement dite au cégep, explique M. Paquet.

« Il y a le danger qu’ils se découragent, qu’ils se sentent seuls et abandonnés. Pour cette raison, les collèges sont de plus en plus sensibilisés et tentent de mettre en place des mesures pour mieux les soutenir. Les cégeps ont un rôle important à jouer dans la réconciliation. »

Plus souvent victimes de crimes violents

Le nombre de victimes de crimes violents est 2,7 fois plus important chez les femmes autochtones que chez les femmes allochtones, révèlent les derniers chiffres de Statistique Canada. « Le nombre d’homicides sur des victimes autochtones de sexe féminin a augmenté au cours des dernières décennies, alors que le nombre d’homicides sur des victimes non autochtones de sexe féminin a diminué. Par conséquent, la proportion d’autochtones parmi les victimes d’homicides de sexe féminin a augmenté », peut-on lire dans un nouveau chapitre de la publication Femmes au Canada : rapport statistique fondé sur le sexe. Ainsi, entre 1980 et 2015, la représentation de filles et femmes autochtones victimes d’homicides est passée de 9 % à 24 %. Ces dernières sont également surreprésentées au sein du système judiciaire, représentant plus d’un tiers des admissions de femmes à la détention en milieu fédéral, provincial et territorial.