Vers le dépôt d’une loi spéciale dans la construction

L’Alliance syndicale invite ses membres ainsi que la population à manifester devant l’Assemblée nationale lundi pour demander que la loi spéciale soit juste pour les travailleurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Alliance syndicale invite ses membres ainsi que la population à manifester devant l’Assemblée nationale lundi pour demander que la loi spéciale soit juste pour les travailleurs.

Aucune des parties n’en voulait, mais l’impasse dans les négociations forcera le gouvernement à déposer lundi un projet de loi spéciale afin de mettre fin au conflit de travail qui paralyse le secteur de la construction depuis mercredi.

L’Alliance syndicale a refusé dimanche les offres définitives reçues à deux des trois tables de négociation, car elle les juge insuffisantes. « C’est du niaisage », a déclaré le porte-parole de l’Alliance, Michel Trépanier, en point de presse.

« On a été de bonne foi depuis le début. Nos demandes étaient raisonnables. On invite le gouvernement à être sage dans sa proposition de loi spéciale », a-t-il ajouté.

La ministre du Travail, Dominique Vien, s’est dite préoccupée par la rupture des négociations. « Notre gouvernement a le devoir d’agir, et nous le ferons dès demain matin », a-t-elle déclaré dans un communiqué, au sujet du dépôt de la loi spéciale. Tous les députés sont convoqués à 9 h 45 lundi à l’Assemblée nationale dans ce but.

En après-midi, l’Association de la construction du Québec (ACQ), qui regroupe les secteurs institutionnel, commercial et industriel, avait lancé un ultimatum à l’Alliance pour accepter ou refuser son offre finale.

Plus tôt, l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), qui chapeaute le secteur résidentiel de la construction, avait quitté la table des négociations, disant ne pas pouvoir améliorer davantage son offre déposée vendredi soir.

La troisième table de négociations, comprenant les secteurs du génie civil et de la voirie, était toujours en discussion dimanche, mais l’Alliance syndicale a également mis fin à ces discussions, ce qu’a déploré l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ).

Déception

Toutes les associations patronales se sont dites déçues de la décision de l’Alliance. Selon le porte-parole de l’ACQ, Éric Côté, l’offre de son association valorisait la conciliation travail-famille, un des enjeux au coeur du litige avec les travailleurs. « On a même permis d’avoir la semaine de quatre jours, on ne comprend pas pourquoi l’Alliance a refusé ça », a déclaré M. Côté, qui a qualifié son offre de « gagnante-gagnante ». L’Association proposait aussi des hausses salariales de 1,85 % à la première année et de 2 % les années subséquentes.

« On avait fait une bonne offre avec 1,9 % d’augmentation dans les prochaines années, ce qui est supérieur à l’inflation et à ce que le gouvernement offre à ses employés », a pour sa part affirmé le porte-parole de l’APCHQ, François-William Simard.

Aucune des parties patronales ne souhaitait en arriver à cet ultime recours. « On était les dernières personnes à vouloir que le gouvernement s’ingère dans nos négos », a rétorqué M. Trépanier, qui se défend d’avoir « choisi la loi spéciale », comme le lui reprochent les associations.

L’APCHQ s’attend à ce que les augmentations de salaire qui seront établies dans la loi spéciale « respectent la capacité de payer des employeurs ». L’ACRGTQ souhaite de son côté que la loi tienne compte des avancées qui ont été faites à sa table de négociation.

L’Alliance syndicale invite ses membres ainsi que la population à manifester devant l’Assemblée nationale lundi pour demander que la loi spéciale soit juste pour les travailleurs. « Demain, nous verrons qui le gouvernement choisira entre les 175 000 travailleurs et travailleuses et leurs familles ou les patrons et leurs chums », a déclaré M. Trépanier.

Le syndicat compte par ailleurs déposer une plainte lundi contre l’ACQ et son négociateur, Dominic Proulx, pour « négociation de mauvaise foi ».

2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 29 mai 2017 10 h 12

    On la voyait venir, cette loi.

    Avec un gouvernement pro-employeurs qui pomet une loi spéciale à la moindre grève, pourquoi les employeurs tenteraient-ils de s'entendre avec leurs employés?

    On l'oublie parfois, mais c'est durant la période où il y avait le plus de grèves que le nivveau de vie des travailleurs a augmenté le plus vite.

  • Brian Monast - Abonné 29 mai 2017 11 h 59

    Je ne comprends pas

    Je ne comprends pas. Je croyais que les travailleurs en construction étaient libres de travailler ou pas, de négocier ou pas.

    Au lieu de faire la grève dans l’espoir d’obtenir plus de bénéfices (que ces demandes soient raisonnables ou pas, peu importe), il faudrait peut-être carrément se batailler pour le droit d'aller en grève.

    C’est quoi ce pays où on écrase des droits fondamentaux, sans que personne, ou presque, ne sourcille, pour éviter que le déroulement du train-train quotidien ne soit perturbé ?

    C’est hallucinant.