Mort de Bony Jean-Pierre: «un petit pas vers la justice» à Montréal-Nord

Le SPVM n’a pas commenté la nouvelle mercredi, se limitant à dire que le processus judiciaire est en cours.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le SPVM n’a pas commenté la nouvelle mercredi, se limitant à dire que le processus judiciaire est en cours.

Les groupes de défense des droits civiques se réjouissent de l’accusation criminelle portée contre l’agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui a abattu Bony Jean-Pierre, de Montréal-Nord, au cours d’une opération antidrogue en mars 2016.

Fait rarissime, le policier Christian Gilbert, du Groupe tactique d’intervention (GTI) du SPVM, fait face à une accusation d’homicide involontaire. Ce policier d’expérience est accusé « d’avoir causé la mort d’un homme en commettant des voies de fait graves en utilisant une arme à feu », a annoncé mercredi le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Cette affaire avait provoqué une émeute à Montréal-Nord, le 6 avril 2016. Des manifestants avaient saccagé le poste de police 39, boulevard Henri-Bourassa, vandalisé des voitures et fracassé des vitrines de commerces avoisinants.

Des militants pour les droits civiques affirment avoir été surpris par le dépôt d’une accusation criminelle contre le policier, mercredi. « C’est un petit pas vers la justice, spécialement pour la famille de Bony Jean-Pierre », a réagi Robyn Maynard, du collectif Montréal noir, qui défend les personnes racisées.

« Une accusation contre un policier, c’est notable, mais une condamnation, c’est beaucoup plus rare », a-t-elle noté.

Il est rare qu’un policier soit déclaré coupable d’avoir provoqué la mort ou des blessures graves à un citoyen. Quatre policiers du SPVM ont été condamnés pour avoir causé des lésions corporelles à Richard Barnabé, la nuit du 14 décembre 1993, dans une cellule du poste 44. Ils ont été acquittés de l’accusation plus sévère de voies de fait graves.

Le policier Allan Gosset, lui, a été acquitté du meurtre d’Anthony Griffin, un jeune homme de race noire qu’il avait abattu dans un stationnement en novembre 1987. Le policier Giovanni Stante a aussi été déclaré non coupable d’homicide involontaire après la mort du sans-abri Jean-Pierre Lizotte, arrêté sur le boulevard Saint-Laurent en septembre 1999.

Photo: Tirée du web Christian Gilbert

Le policier Christian Gilbert, accusé mercredi, compte plusieurs interventions risquées à son actif. Il a été honoré par ses pairs en 2013 pour « son courage, sa persévérance exceptionnelle et sa loyauté sans faille envers ses collègues ». Il doit comparaître au palais de justice de Montréal le 6 juillet.

Le policier a participé à une frappe antidrogue qui visait un immeuble à logements de la rue Arthur-Chevrier, le 31 mars 2016. À l’arrivée des policiers, Bony Jean-Pierre aurait tenté de se sauver par la fenêtre. C’est à ce moment que le résidant de Montréal-Nord aurait été atteint d’une balle de plastique à la tête. Le père de famille de 46 ans a succombé à ses blessures quatre jours plus tard.

La frappe antidrogue a mené à l’arrestation de six personnes qui font face à divers chefs d’accusation relatifs à la possession et au trafic de stupéfiants. Parmi les prévenus se trouvait Dany Villanueva, dont le frère Fredy est tombé sous les balles d’un policier en août 2008, dans un parc de Montréal-Nord.

Neuf ans après l’affaire Villanueva, la mort de Bony Jean-Pierre témoigne du racisme qui perdure à Montréal, estime Will Prosper, activiste pour les droits civiques. « Les jeunes se plaignent encore de profilage par la police, comme toujours », dit le militant et documentariste.

L’arrondissement de Montréal-Nord identifie « le racisme, le profilage racial et la discrimination » comme des enjeux réels dans le quartier. Le récent plan d’action jeunesse de Montréal-Nord, dévoilé en mars par la mairesse Christine Black, appelle à des gestes pour améliorer la confiance envers les institutions.

La mairesse a refusé notre demande d’entrevue, mais son personnel rappelle que le plan d’action d’une cinquantaine de pages formule une série de recommandations qui font consensus dans le quartier, par exemple : ajout de services en pédiatrie sociale, soutien à la persévérance scolaire, offre de logements temporaires pour les jeunes décrocheurs, développement d’une coopérative sportive.

« C’est beaucoup de voeux pieux, il n’y a pas d’argent substantiel investi. Ce sont des choses que les organismes auraient faites de toute façon », dit Will Prosper.

Des besoins immenses

Les chefs politiques et les militants pour les droits sociaux s’entendent toutefois sur une chose : le quartier est poqué, plus pauvre et moins éduqué que la moyenne montréalaise. Plus de six résidants du quartier sur dix sont nés à l’étranger ou d’un parent né à l’étranger.

Des chiffres témoignent de l’ampleur du défi pour vaincre la misère à Montréal-Nord : 69 % des élèves du primaire et 67 % des élèves du secondaire fréquentent des écoles du système public dont l’indice de défavorisation est élevé. Sur les 12 écoles primaires publiques de Montréal-Nord (francophones et anglophone), 11 sont classées parmi les plus défavorisées de l’île de Montréal.

Quelque 43,5 % des jeunes nord-Montréalais de 0 à 14 ans vivent dans un ménage à faible revenu. Le taux de décrochage atteint 35 % dans une des écoles secondaires de l’arrondissement ; 21,9 % de la population de 20 à 29 ans n’a pas de diplôme, par rapport à 9,3 % à Montréal.


Policiers au banc des accusés

En plus de l’agent Christian Gilbert, cinq policiers ont fait l’objet d’accusations criminelles à la suite d’enquêtes menées par un autre corps policier, depuis 2012. La plupart des accusations font suite à une collision impliquant une voiture de patrouille.

La policière Isabelle Morin,du SPVQ, est accusée de conduite dangereuse ayant causé la mort du motocycliste Jessy Drolet, en 2015.

Le policier Simon Beaulieu, du SPVQ, est accusé de conduite dangereuse ayant causé la mort du cycliste Guy Blouin, en 2014.

Le policier Éric Deslauriers, de la SQ, est accusé d’homicide involontaire après avoir abattu un jeune de 17 ans près d’une école à Sainte-Adèle, en 2014.

Le policier Patrick Ouellet, de la SQ, est accusé de conduite dangereuse ayant causé la mort du petit Nicholas Thorne-Belance, à Longueuil, en 2014.

Le policier François Laurin, de la SQ, a été reconnu coupable de conduite dangereuse ayant causé la mort d’un homme de 25 ans sur la route 148, près de Papineauville, en juin 2012.

Source : DPCP
1 commentaire
  • Eric Vallée - Inscrit 25 mai 2017 17 h 14

    Pourvu qu'il s'en sorte

    Je n'aime pas la police, mais j'aime encore moins les bandits. Pourvu que le policier soit acquitté.

    Bien tanné de ces braillards et de ces activistes qui voient du racisme partout là où il y a que de la criminalité bien ordinaire.