Quand la jeunesse veut changer le monde

De jeunes Français ont manifesté leur manque de confiance envers la classe politique lors d’une marche organisée le 1er mai dernier à Paris.
Photo: Christophe Archambault Agence France-Presse De jeunes Français ont manifesté leur manque de confiance envers la classe politique lors d’une marche organisée le 1er mai dernier à Paris.

Alors, la jeunesse, ça va ? Pendant plusieurs mois, une vaste enquête en ligne menée par l’Union européenne de radio-télévision a sondé 540 000 adultes de moins de 35 ans en provenance de 13 pays du Vieux-Continent. Les résultats du projet, baptisé Génération quoi, ont été diffusés il y a quelques jours.

Le portrait des Y, positif à bien des égards (sur l’amour, l’amitié, les rapports aux parents, l’Europe même), laisse tout de même une impression générale enténébrée.

En Belgique francophone, par exemple, l’échantillon de 30 000 répondants fait ressortir que la jeunesse de ce pays est « pessimiste » (59 % pensent que l’avenir de leurs enfants sera pire), « désenchantée » (82 % jugent que l’école ne prépare pas bien au marché du travail) et « révoltée ». Ce sont les termes exacts du sociologue qui a synthétisé les résultats. Pour exposer la révolte, l’analyse rappelle que 90 % des répondants n’ont pas confiance en la politique et que 98 % pensent que les élus sont généralement corrompus. On répète : 98 % !

Tous pourris, quoi. Ce pessimisme lié à un ras-le-bol du statu quo, plus ou moins partagé à l’échelle continentale, fait que beaucoup, beaucoup de jeunes Européens se disent prêts à prendre la rue pour imposer le changement.

La question posée allait comme suit : « Participeriez-vous activement à une insurrection à grande échelle contre la génération au pouvoir si elle se produisait dans les prochains jours ou les prochains mois ? »

98 %
Proportion des 30 000 répondants en Belgique francophone qui pensent que les élus sont généralement corrompus.

Les jeunes Grecs ont répondu oui à 67 %. Suivent les Italiens (65 %), les Espagnols (63 %) et les Français (61 %). Les Irlandais attirés par l’insurrection sont encore majoritaires (54 %). L’option attire plus de deux jeunes Suisses sur cinq (44 %) et plus d’un Allemand de 18 à 34 ans sur trois (37 %). Les moins agités se retrouvent aux Pays-Bas, avec un taux de 33 %. Sur papier, le Vieux-Continent semble, sinon au bord du soulèvement, du moins en plein fantasme de chienlit.

Enragez-vous, qu’ils disaient. Le continent de toutes les rébellions semble encore mûr pour de nouvelles révolutions.

De l’engagement

Est-ce seulement la bonne manière de voir les choses ?

Emmanuel Macron, qui sera vraisemblablement désigné dimanche président de la République, a intitulé Révolution (chez XO) son essai paru en novembre pour poser « les fondements d’une nouvelle société ». M. Macron a 39 ans, c’est un jeune vieux et il ne veut surtout pas tout casser.

Valérie Anne Mahéo demande à manier les notions avec précaution. La révolte, explique la chercheuse postdoctorale de l’UdeM en sciences politiques, c’est normalement une manière de renverser l’ordre établi, le régime ancien, pour ensuite tout reconstruire. L’insurrection ou les manifestations de rues, c’est autre chose, une forme de participation politique.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’envie de la jeunesse de changer l’ordre des choses s’est notamment manifestée au Québec par la grève étudiante au printemps 2012.

« Parler de désir ou de sentiment de révolte pour décrire les résultats du sondage européen, je trouve ça un petit peu fort, dit-elle. Mais la volonté de se mobiliser et de s’impliquer pour témoigner son insatisfaction par rapport à l’état des choses ou à la gestion gouvernementale fait tout à fait sens. On a souvent vu dans différents sondages dans le passé et encore récemment que les jeunes sont souvent plus portés que certains citoyens plus vieux à s’impliquer dans des formes de protestation. »

N’est-ce pas même dans l’ordre des choses ? La politologue souligne que la jeunesse, encore et toujours, mise souvent sur des enjeux de société nouveaux et déstabilisants (la gratuité scolaire, l’altermondialisme ou l’écologie, par exemple) pouvant amplifier le choc intergénérationnel.

Les situations nationales particulières doivent aussi être prises en compte. La France a une longue tradition de manifestation populaire. La Grèce est aux barricades depuis bientôt dix ans et sa jeunesse aussi.

« Les jeunes ont leurs enjeux qui peuvent devenir les enjeux de tout le monde, ajoute Mme Mahéo. Les revendications sur l’éducation ont entraîné les jeunes dans la rue pendant le Printemps érable, mais la manifestation s’est élargie jusqu’à finalement porter sur le droit même de manifester. Une plus large population a suivi dans la rue. »

De la complémentarité

Spécialiste de la participation politique, Mme Mahéo a réalisé une étude sur la désertion par la jeunesse du PQ qui a fait grand bruit à l’Étude canadienne de la jeunesse sur l’implication politique des jeunes. Elle replace « la rue », pour les jeunes ou d’autres, dans l’ensemble du coffre à outils des droits et actions démocratiques. Cette panoplie comprend la pétition, le don pour une cause, le boycottage de certains produits. Aussi le vote (y compris en blanc) ou le non-vote, ainsi que la participation active dans la politique institutionnelle.

Son étude de la jeunesse canadienne de 2014 menée en Ontario et au Québec a révélé que 70 % des Y faisaient des dons pour des causes jugées importantes, que 60 % signaient des pétitions et que 50 % avaient boycotté des produits. Les taux de participation aux élections des 18 à 24 ans ont gonflé de 18,3 % entre les élections fédérales de 2011 et de 2015, pour atteindre 57 %, près du résultat moyen à 66 %.

« Généralement, un mode de participation institutionnel ne remplace pas un autre mode non institutionnel, précise la chercheuse. En général, les gens qui participent s’impliquent de différentes manières. Il y a une espèce de complémentarité des formes non exclusive. »

Paul St-Pierre Plamondon vient de rendre public un rapport sur le PQ et la jeunesse où le parti est décrit comme « figé, conservateur et vieillissant ». Il a proposé différents moyens pour réengager la jeunesse dans sa formation.

La chose est possible, à l’évidence. La circonscription de Gouin, en élection partielle ce mois-ci, marque le passage à la politique partisane et institutionnelle de Gabriel Nadeau-Dubois, ex-porte-parole de l’« insurrection » des carrés rouges, maintenant candidat de QS. Il fera face à Jonathan Marleau, président de l’aile jeunesse du PLQ, qui assumait aussi son désir de soulèvement de masse en participant aux manifestations étudiantes et populaires il y a cinq ans…

1 commentaire
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 7 mai 2017 09 h 49

    Vive la jeunesse politisée et informée..

    Manifestant dans la rue leur ras-le bol de ce 1% qui dirige nos politiciens mollasons
    et trop souvent corrompus
    A 20 ans j'appuyais intérieurement les gestes et bruits parfois insensés du FLQ qui
    ont réveillé le ciyoyen qui maintenant s'est rendormi,anesthésié par les tromperies
    depuis 15 ans et les analphabetes qui ne peuvent ni ne veulent s'informer adéquatement sur l'histoire passée,présente et future.