«Amour» est-il masculin ou féminin?

Chers lecteurs,

Vous avez été nombreux mercredi à réagir à l’accord du mot interdit dans le titre de l’article « Amours interdits entre professeurs et étudiants » paru mercredi. Nous avons donc cru bon de vous expliquer comment et pourquoi nous avons fait ce choix. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une lubie soudaine ou d’un changement dû à la réforme de l’orthographe.

Voyons un peu.

Selon Le bon usage (Grevisse) : « Amour, dans l’acception générale (affection profonde, personne aimée, attachement qu’on éprouve pour une chose), est masculin en tout temps. Amour, lorsqu’il signifie “passion d’un sexe pour l’autre”, “passions charnelles”, est masculin au singulier (ce n’est guère qu’en poésie qu’on le fait parfois féminin). Au pluriel, selon une règle traditionnelle, il est ordinairement féminin ; en réalité, l’usage n’est pas fixé et le pluriel d’amour est des deux genres. »

L’Académie française note ceci : « Gramm. Lar. 1964, § 249 écrit : “Amour, après avoir longtemps hésité entre les deux genres, est considéré par les grammaires classiques comme masculin au singulier et féminin au pluriel. Le genre masculin semble aujourd’hui se généraliser pour les deux nombres” (cf. aussi Littré, rem. et Grev. 1964, § 253). »

D’ailleurs, de nombreux auteurs classiques, cités par Le bon usage et L’Académie française, ont utilisé amour au masculin pluriel, de Voltaire à Marivaux, en passant par Hugo, Dumas et Maupassant.

Certains ouvrages vont fixer les règles d’accord avec le mot amour « passion charnelle et sentiment amoureux » selon le niveau de langage ou le type d’écrit dont il s’agit. Ainsi, l’OQLF, dans sa Banque de dépannage linguistique, tranche : « Au pluriel, amour, en règle générale, est aussi masculin. Le féminin reste toutefois vivant dans la langue soutenue et littéraire au sens de “passion” ou de “sentiment amoureux”. Même dans la langue soutenue, quand le singulier et le pluriel du nom amour sont associés dans une même phrase, on met au masculin amour et les autres mots dont il commande l’accord. »

Dans le cas qui nous occupe, il s’agit d’un titre coiffant un texte journalistique, par essence rédigé en langage courant. En tenant compte de toutes les informations dont nous disposons, notre choix du masculin pluriel est tout à fait justifié.

Aurions-nous pu choisir d’utiliser amour avec un adjectif au féminin pluriel s’il s’était agi du titre d’une chronique faisant un clin d’œil au cinéma ou à la poésie ? C’est tout à fait possible.

Continuez d’ouvrir l’œil et de nous lire avec autant de passion et d’attention,

L’équipe de révision du Devoir

3 commentaires
  • Gisèle Picard - Abonnée 6 avril 2017 07 h 33

    harmonie

    Le genre grammatical est quelquefois déterminé par l'esthétique ou l'harmonie de la langue parlée. C'est aussi ça la belle langue française.
    Par exemple l'expression "ceux et celles" est plus agréable à l'oreille que "celles et ceux". Je pense qu'il en va de même pour les "amours interdites" et pour un "amour heureux".

  • Jocelyne Soucy - Inscrit 7 avril 2017 09 h 54

    Un tout petit doute

    J'avais bien noté l'emploi singulier de ce mot. Mais ma confiance presque innébranlable dans la qualité du français du Devoir a juste titillé ma curiosité et ainsi m'a incitée à consulter la Banque linguistique de l'OQLF; pourtant, ce n'est pas ce qu'on nous avait appris. Mais tout évolue, même l'amour!

  • Guy O'Bomsawin - Abonné 7 avril 2017 23 h 45

    Bris de trio ?

    Sans grandes amours, que faire des grandes délices et des grandes orgues ?