La futilité de sanctions restées confidentielles

Rosalie était très impliquée dans son association étudiante. Mais rapidement, elle est devenue la cible d’un collègue qui tentait désespérément de se rapprocher d’elle.

« Ç’a commencé par de petits gestes, de petites paroles. Si, par exemple, je disais que j’avais mal à la tête, il disait devant tout le monde qu’il pourrait me donner plus que des Tylenol.

« C’était toujours des commentaires comme ça, ou bien il me disait qu’il voulait me parler dans une autre pièce, ou parfois il m’emmenait de force dans une autre pièce et il essayait de m’embrasser. »

À l’époque, Rosalie est fragile. Elle a vécu un viol peu de temps avant et elle a du mal à exprimer un refus clair. Comme son collègue est une personnalité très appréciée dans sa communauté, elle craint que ces refus ne créent un malaise. « Quand les gestes se passaient, je figeais complètement. Et j’ai fini par lui en parler. Ça m’a pris tout mon courage, mais ça n’a rien changé, d’autres gestes ont continué par la suite. »

Un soir, avec un petit groupe d’amis, elle se rend dans un bar. « J’ai vraiment consommé beaucoup d’alcool et je me suis réveillée le lendemain matin dans une chambre d’hôtel avec lui. Je n’avais pas de pantalon et j’étais vraiment confuse. Il m’a dit : “ Je t’ai payé une chambre d’hôtel, il fallait bien que tu t’attendes à quelque chose ”. »

Rosalie a porté plainte au cégep. Elle a bien ressenti un « petit jugement » de la part de certaines personnes qui l’ont accompagnée dans le traitement de son dossier, mais elle estime avoir été écoutée et bien encadrée.

L’administration a reconnu qu’il y avait eu du harcèlement. Rosalie a été informée que son agresseur n’avait plus le droit d’être au cégep, sauf pour assister à ses cours. Elle était soulagée.

Quand l’agresseur rôde toujours

Malgré tout, plusieurs de ses amis ont aperçu l’étudiant en train de « rôder » autour du local de l’association étudiante. Inquiets, Rosalie et ses amis sont allés voir la Sécurité avec la lettre de la direction pour leur indiquer que cette personne n’avait pas le droit d’être là.

Mais à la Sécurité, personne n’avait été informé de telles conditions. C’est là que Rosalie a découvert que les sanctions ne pouvaient être divulguées, même aux agents de sécurité.

« Quand j’ai su que la Sécurité ne pouvait rien faire vu que c’était confidentiel, ouf, ç’a été vraiment difficile. Ç’a été une période où je ne me sentais vraiment pas en sécurité. J’étais dans une peur constante. Ç’a été reconnu sur papier, mais dans les faits, il n’y avait pas grand-chose qui avait changé. Il pouvait faire ce qu’il voulait, personne ne surveillait ça. »

Rosalie aurait souhaité que l’agresseur soit expulsé. « Honnêtement, j’aurais aimé ça, mais pour la réputation de l’école, et tout, je peux comprendre [qu’on ne le fasse pas]. Je pense qu’on devrait penser premièrement à la sécurité des victimes. »

Pour tenter de « donner une voix aux survivantes », Rosalie travaille à un recueil de témoignages. « Il faut en parler, on est trop souvent dans l’ombre. »

2 commentaires

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  • Stéphanie Deguise - Inscrite 26 mars 2017 14 h 52

    "La Sécurité ne pouvait rien faire vu que c’était confidentiel."

    À quoi cela sert alors? C'est vraiment se moquer des victimes!

  • Maryse Veilleux - Abonnée 26 mars 2017 21 h 16

    Au nom de la confidentialité

    ...Sous prétexte de la confidentialité on se sert de ce prétexte pour cacher des faits et ne rien faire pour les victimes. La confidentialité concerne les personnes, pas les faits qui doivent être dévoilés au grand jour.