Albertine Lapensée, déesse éphémère du hockey

Elle fut à la fois une comète et une énigme, un prodige et une cible pour quantité de soupçons. On la surnommait « Miracle Maid », on parlait d’elle comme d’une « merveille », d’une « virtuose », on la disait « la plus populaire au monde », « l’étoile des étoiles ».

Elle semblait pouvoir marquer des buts à volonté, comme elle l’avait fait en en inscrivant 15 dans une victoire de 21-0, ce qui impressionne même si on ne sait pas contre qui. Quand le club de sa ville natale, les Victorias de Cornwall, la comptait dans sa formation, il était réputé « invincible ».

La Première Guerre mondiale fait rage, et bien des hommes ayant été appelés sous les drapeaux, le hockey féminin naissant connaît une période faste un peu partout au Canada en dépit du fait que la pratique du sport par des femmes soit réprouvée dans certains cercles. Et à ce jeu, personne n’égale Albertine Lapensée. Née en 1898, elle est encore toute jeune lorsque le monde la découvre. Là où elle passe, à Montréal, à Québec, à Ottawa, dans des villes américaines, elle fait immanquablement courir les foules.

En fait, elle est tellement supérieure à toutes les autres que plusieurs suspectent qu’elle est un homme déguisé en femme (ses défenseurs disaient plutôt qu’elle avait appris à jouer avec des garçons, ce qui lui donnait un style « masculin »). On n’aura jamais de preuve à cet égard, mais allez donc tuer une rumeur, même sans fondement.

Albertine épate donc la galerie le temps de deux saisons puis, en 1918, disparaît sans laisser de traces. Aucune. Les historiens ont eu beau chercher. De quoi, bien entendu, emballer de nouveau la machine à cancans. Si certains supposent qu’elle est morte dans l’épidémie de grippe espagnole de l’époque ou qu’elle s’est mariée aux États-Unis, d’autres disent carrément qu’elle est allée y subir un changement de sexe. Une pareille opération dans les années 1910, vraiment ?

On ne sait pas ce qu’il est advenu du reste de sa vie, ni avec certitude quand et où elle est décédée. A-t-elle continué de jouer au hockey sous un pseudonyme ? Si oui, cela se serait su tellement son talent était caractéristique. Sinon, pourquoi diable a-t-elle abandonné ? Mystère, encore et toujours. On croit seulement savoir qu’elle était toujours vivante en 1940, selon un profil de sa famille.

Ce dont on peut être certain, en revanche, c’est qu’elle a brillé, quoique brièvement, de tous ses feux, dans une discipline féminine qui mettrait encore de nombreuses décennies à acquérir enfin ses lettres de noblesse.

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