L’itinérance des femmes et des jeunes expliquée aux politiciens

Un des rapports expose la place croissante des femmes autochtones dans la population itinérante.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un des rapports expose la place croissante des femmes autochtones dans la population itinérante.

Les portraits des populations itinérantes de Montréal se raffinent et pourraient permettre de mieux adapter l’aide qui leur est apportée. Deux rapports déposés en même temps mardi matin tracent ces panoramas plus précis, l’un pour les femmes itinérantes, l’autre pour les jeunes dans la rue.

Les deux avis ont été produits au cours des derniers mois par le Conseil des Montréalaises (CM) et le Conseil Jeunesse de Montréal (CJM), deux organismes consultatifs de la ville. La Ville a accueilli favorablement plusieurs de leurs recommandations.

Les deux analyses d’une quarantaine de pages ont plusieurs points en commun.

Invisibilité. Les deux documents mettent l’accent sur cette idée qu’une partie essentielle de la réalité de l’itinérance demeure négligée, méconnue, oubliée. Le rapport du CM s’intitule L’itinérance des femmes à Montréal. Voir l’invisible et celui du CJM, Jeunes et itinérance. Dévoiler une réalité peu visible. « Nous sommes passés à une itinérance cachée, dit François Marquette, président du CJM. Elle se traduit par exemple par du couchsurfing que les jeunes font en allant d’un canapé d’ami à un autre avant de se retrouver à la rue. Ce type d’itinérance est difficilement recensé. »

Dénombrement. Les deux enquêtes affirment que les méthodes quantitatives traditionnelles ne saisissent pas complètement le problème. Le décompte ponctuel établi par Je Compte MTL 2015 a recensé 3016 personnes dans la rue le 24 mars. Dès leur diffusion, des organismes qui leur viennent en aide soulignaient que cette méthodologie ne recense que la partie apparente d’un iceberg social.

Définition. Des données citées par le CJM montrent que, au Canada, un jeune (de 14 à 24 ans) sans-abri sur trois (29,5 %) s’identifie à la communauté LGBTQ. « La conception et la représentation de l’itinérance sont généralement calquées sur un modèle masculin, celui d’un vieil homme blanc alcoolique dans la rue, résume Élise Salomon, organisatrice communautaire du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). La réalité décrite dans les deux études est beaucoup plus complexe. » Celle du CM met en évidence la place croissante des femmes autochtones et des immigrantes dans la population itinérante, mais aussi le fait que les femmes vivent leur errance urbaine de manière particulière, notamment parce que, pour elles, la rue demeure un endroit dangereux et menaçant auquel elles n’ont recours in fine qu’après avoir épuisé toutes leurs autres ressources. « Nous avons voulu mettre en évidence les réalités spécifiques des itinérantes aînées, autochtones ou immigrantes, dit Cathy Wong, présidente du CM et chroniqueuse du Devoir. Les ressources existantes, y compris au sein de la police, sont moins outillées pour faire face à ces défis. »

Solutions. Les deux rapports proposent une vingtaine de recommandations au total. Certaines se regroupent, notamment par rapport à la nécessité d’augmenter l’offre de logements adaptés. D’autres visent des problèmes spécifiques concernant certaines populations, parfois de manière très pragmatique. Le CM demande par exemple que l’on mette à la disposition des femmes des douches non mixtes et sécuritaires et des toilettes publiques dans les parcs.