La culture du silence et du soupçon au SPVM

Le chef du SPVM, Philippe Pichet, a demandé à la SQ d’enquêter sur les faits présentés par «JE».
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef du SPVM, Philippe Pichet, a demandé à la SQ d’enquêter sur les faits présentés par «JE».

On peut être scandalisé, mais on ne doit pas être étonné par les nouvelles allégations de corruption visant le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), selon Me Alain Arsenault, qui représente régulièrement des victimes présumées d’actes de policiers.

« J’espère que personne n’est surpris, là, dit au Devoir l’avocat montréalais. Les situations que décrivent les nouvelles révélations — peu importe l’ampleur de leur bien fondé, que ce soit partiellement vrai ou totalement vrai —, on les a déjà observées par le passé. On a vu ça à la commission Poitras [1996-1997] sur les pratiques en matière d’enquêtes criminelles. On a vu ça quand des hauts gradés de la Sûreté du Québec ont été récemment poursuivis pour fraude. Une game se joue à l’intérieur des corps de police. Elle se joue depuis toujours et ça dure parce que la culture policière en est une de suspicion, de conservatisme, de silence. »

Cette fois, deux anciens policiers ont brisé l’omerta en parlant à JE, du réseau TVA. Dans l’émission diffusée mardi soir, Jimmy Cacchione et Giovanni Di Feo soutiennent que la division des affaires internes du SPVM aurait fabriqué des éléments de preuve à leur sujet pour les faire taire alors qu’ils s’apprêtaient à dévoiler des cas de corruption au sein de leur corps de police. Leur carrière s’est terminée brutalement en juin 2013 à la suite de ces enquêtes internes.

« Il y a une culture policière de suspicion envers tout le monde et envers les policiers eux-mêmes, reprend l’avocat Alain Arsenault. Il y a un silence policier important qui fait que, quand tu es dans la bonne gang, on laisse passer tandis qu’on te dénonce si tu es dans le mauvais camp. C’est cette culture malsaine qui mène à du plantage de preuves ou à des protections internes. C’est cette culture qui permet ce genre de dérapage. Regardez les mésaventures du SPVM depuis trois ans, de la condamnation de l’ex-enquêteur Benoît Roberge à l’espionnage des journalistes. Ce genre de situations ne sort pas de n’importe où par hasard. »

Le chef du SPVM, Philippe Pichet, a demandé à la SQ d’enquêter sur les faits présentés par JE. Le PQ et la CAQ ont plutôt réclamé que le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) soit saisi de l’affaire.

Me Arsenault, lui, appelle une transformation de cette culture policière portée vers les intrigues et le soupçon, par exemple dans la formation des policiers. Surtout, il souhaite un véritable contrôle du pouvoir policier par la société civile.

« Il faut en arriver à un véritable contrôle civil de la police, dit-il. Quand je regarde la Commission sur la sécurité publique de la Ville de Montréal, je contemple une vaste blague. Il y a là des élus qui devraient contrôler la police. Mais ils voient un train passer et ils nous disent que c’était une petite souris. C’est ridicule. »

Le parti d’opposition Projet Montréal a réclamé une réunion d’urgence de cette instance chargée d’étudier toute question relative au SPVM. « Il nous faut un véritable contrôle civil de la police, poursuit l’avocat spécialisé. Il faut donner le contrôle à des personnes au-dessus de tout soupçon, d’une haute intégrité, connaissant bien le point de vue de la déontologie. Il nous faut une espèce de commission ou de direction — peu importe son nom — pour surveiller les opérations policières. Voilà ce que ça prend, mais ce n’est pas demain la veille que nous l’aurons. »

3 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 23 février 2017 09 h 31

    Une culture partagée? Des enjeux communs

    Selon votre article, il y aurait une culture du silence et du soupçon dans le plus grand corps policier municipal québécois et cette culture serait ancienne. La culture étant quelque chose qui se partage et se propage lorsqu'on travaille ensemble et reçoit la même formation de base, il est probable qu'elle existe aussi à la SQ. Dans un tel contexte et avec de tels enjeux politiques, le Bureau des enquêtes indépendantes m'apparaît le seul outil d'enquête possible. De plus, des inspecteurs de la SQ ont travaillé dans le dossier sous enquête. Dans un tel contexte, le gouvernement doit absolument donner un coup de barre et le BEI est son seul outil d'enquête.

  • Daniel Bérubé - Abonné 23 février 2017 11 h 05

    Si le gouvernement

    désire la... disons "collaboration" des corps de police quand ils ont à faire des enquêtes sur le système politique, le gouvernement se doite de "collaborer" quand il s'agit d'enquête sur les corps policier...

  • Donald Bordeleau - Abonné 23 février 2017 19 h 37

    Police contre police.

    Monsieur Philippe Pichet n'a pas respecter la ligne d'autorité. Normalement c'est au maire Coderre de faire le premier contact avec le ministre Coiteux qui suite à l'analyse des allégations prend la décision pour la suite des choses.

    Dans le cas présent, se sont des subalternes qui prennent les décisions en état de panique.

    Le ministre Coiteux doit bientôt prendre la décision de remettre finalement le dossier au BEI, cela est confirmé par plusieurs experts.