Les douaniers refusent l’accès aux États-Unis à une Québécoise de confession musulmane

Fadwa Alaoui a été interrogée durant 30 minutes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Fadwa Alaoui a été interrogée durant 30 minutes.

Une citoyenne canadienne de confession musulmane est convaincue qu’on l’a empêchée d’entrer aux États-Unis en raison de sa religion, une allégation que le service des douanes américaines nie catégoriquement.

Fadwa Alaoui, qui habite Brossard, a vu sa journée de magasinage à Burlington se transformer en interrogatoire quand elle est arrivée à la douane de Philipsburg, samedi matin.

De sa voiture, dans laquelle se trouvaient aussi sa cousine et ses deux jeunes enfants, elle a tendu son passeport à l’agent du poste frontalier. « Il nous a demandé notre endroit de naissance », a-t-elle raconté au Devoir. La mère de famille, qui vit au Québec depuis 20 ans et voyage régulièrement aux États-Unis, est née à Fès, au Maroc. Elle a donc nommé cette ville, qui apparaît sur son passeport canadien.

Le douanier a ensuite invité les occupants de la voiture à entrer dans les bureaux des douanes. « Ils nous ont demandé nos téléphones », a-t-elle commencé. Après une heure d’attente, sa cousine a été appelée ; elle a subi un interrogatoire de 45 minutes, selon Fadwa Alaoui. Cette dernière a ensuite été questionnée pendant 30 minutes, et presque uniquement sur sa religion. « Il m’a demandé : “Où allez-vous faire la prière ? Faites-vous partie d’un groupe islamique ? Depuis quand fréquentez-vous la mosquée ? Qui est l’imam ?” », a-t-elle énuméré.

Dans son téléphone, le douanier a remarqué que Fadwa Alaoui avait fait un don aux victimes de l’attentat à la mosquée de Québec. Il lui a demandé si elle les connaissait. « À la fin, il m’a demandé ce que je pensais de Donald Trump », a-t-elle aussi rapporté.

Refusés

Après quatre heures d’attente, Fadwa Alaoui, ses enfants et sa cousine ont été avisés qu’ils ne pourraient pas entrer aux États-Unis. Les douaniers leur ont fait signer des documents, dont Le Devoir a pris connaissance. Ceux-ci statuent qu’en vertu de la Loi américaine sur l’immigration et la nationalité, les immigrants qui ne sont pas en possession d’un visa valide ou de tout autre document nécessaire pour être admis aux États-Unis sont interdits d’entrée. Fadwa Alaoui croit à une justification bidon : son passeport est valide jusqu’en 2018, et elle ne souhaite pas immigrer aux États-Unis.

Au Service américain des douanes, le porte-parole Dave Long a assuré que les personnes qui souhaitent entrer aux États-Unis ne sont en aucun cas « discriminées en fonction de leur religion, leur race, leur appartenance ethnique ou leur orientation sexuelle ». Sa collègue Janice Mosher, du département des affaires publiques, a affirmé que les douaniers étaient autorisés à fouiller les téléphones cellulaires des voyageurs, mais reconnu qu’il était « inhabituel » de leur poser des questions sur leurs allégeances politiques.

Fadwa Alaoui propose une autre explication. « Avant, je sortais et je rentrais comme je voulais », a-t-elle déclaré, en parlant de l’époque précédant l’arrivée du président Donald Trump. En fait, la résidante de Brossard a été interrogée une seule autre fois à la douane, au lendemain des attentats du 11-Septembre 2001. Après plusieurs questions, les agents de douane l’avaient néanmoins laissée entrer aux États-Unis, cette fois-là.

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