Un attentat terroriste dans une mosquée de Québec fait six morts

Les policiers avaient reçu un premier appel vers 19 h 55, dimanche soir, faisant état de coups de feu entendus au Centre culturel islamique de Québec, qui est également connu sous le nom de grande mosquée de Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les policiers avaient reçu un premier appel vers 19 h 55, dimanche soir, faisant état de coups de feu entendus au Centre culturel islamique de Québec, qui est également connu sous le nom de grande mosquée de Québec.

« Vous êtes chez vous. »

C’est avec ce message aux musulmans du Québec que le premier ministre Philippe Couillard a lancé le point de presse qu’il a donné un peu avant deux heures du matin en compagnie du maire de Québec, Régis Labeaume, et du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, au sujet de l’attaque terroriste qui a visé une mosquée de Sainte-Foy dimanche soir.

Quelques heures plus tôt, un peu avant 20 h, l’horreur frappait dans le Centre culturel islamique de la ville de Québec. Des forcenés y ont ouvert le feu en pleine prière du soir, faisant six morts et 19 blessés. À 7 h 45 lundi matin, cinq d'entre eux se trouvaient toujours dans un état grave, dont trois qui étaient toujours entre la vie et la mort, selon le Centre hospitalier universitaire de Québec.

« Nous sommes avec vous. Vous êtes chez vous. Vous êtes bienvenus, chez vous. Nous sommes tous des Québécois », a lancé Philippe Couillard aux Québécois de confession musulmane.

Deux hommes ont été interpellés et sont en détention, a également annoncé la Sûreté du Québec (SQ), vers 1 h du matin. « Un suspect a été arrêté ici, à proximité des lieux [de l’attaque]. Un autre suspect a été arrêté sur territoire de la SQ, à proximité de l’île d’Orléans », a annoncé la porte-parole Christine Coulombe. « Rien ne porte à croire qu’il y a d’autres suspects reliés à l’événement », a-t-elle ajouté.

Ce que l'on sait

  • Le gouvernement du Québec considère la tuerie comme un acte terroriste.
  • Entre 60 et 100 personnes présentes dans la mosquée au moment du drame.
  • Les policiers ont été appelés vers 19 h 55.
  • Au moins six personnes ont perdu la vie.
  • Dix-neuf personnes ont été blessées. À 7 h 45 lundi matin, cinq d'entre elles se trouvaient toujours dans un état grave, dont trois qui étaient toujours entre la vie et la mort
  • Deux hommes ont été appréhendés. Un des deux a été arrêté à plusieurs kilomètres des lieux de la tuerie, à proximité du pont de l'île d'Orléans.
  • L'enquête est menée de concert par le SPVQ, la GRC et la SQ.

Prière du soir

Les événements tragiques ont eu lieu pendant la prière du soir, un événement auquel se rendent surtout des hommes, tous les jours à 19 h 30. Un peu avant 20 h, les policiers du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) ont été appelés à se rendre à la mosquée de Sainte-Foy en raison d’appels concernant des coups de feu.

Sur place, six personnes âgées de 35 à 70 ans ont été abattues. Huit autres ont été blessées, tandis que 39 autres s’en sont sorties indemnes, a confirmé la SQ. C’est ce dernier service de police qui a pris le relais de l’enquête.

Le Centre culturel islamique de Québec

 

Le Service de police de la Ville de Montréal et la Gendarmerie royale du Canada travaillent aussi avec le SPVQ et la SQ afin d’éclaircir les circonstances de cet attentat, rapidement qualifié de terroriste par le gouvernement.

« À la suite de cet acte terroriste, j’ai demandé à l’Assemblée nationale de mettre en berne notre drapeau du Québec », a ainsi annoncé sur Twitter le premier ministre Philippe Couillard.

   

« On a l’impression de rêver, Québec est en deuil, cette magnifique ville… Cette magnifique Capitale-Nationale vient de vivre un deuil sans nom », a déclaré le maire de Québec, Régis Labeaume, la voix brisée par l’émotion. « Aucun humain ne devrait payer de sa vie par le fait de sa race, de sa couleur, de son orientation sexuelle ou de sa croyance religieuse. »

Comme Philippe Couillard, il a lancé un message de solidarité, d’amour et d’ouverture. « Je veux exprimer ma révolte devant ce geste crapuleux. Je veux dire aux membres de la communauté musulmane, […] qu’ils peuvent compter sur notre soutien. Et surtout, je veux dire que nous les aimons. »

Coups de feu

Le président de la mosquée, Mohamed Yangui, a indiqué que la prière du soir attire 60 à 100 personnes tous les soirs. « On m’a dit qu’il y avait eu une fusillade et puis que la personne a réussi à recharger son arme trois fois […] », a-t-il déclaré, en citant les informations que lui ont rapportées ses amis. « On m’a dit qu’il était au rez-de-chaussée et qu’il a réussi à monter au premier étage. » Tôt lundi matin, les autorités n’avaient toujours pas confirmé ce scénario.

Mohamed Yangui s’est aussi désolé d’être témoin d’un événement motivé par la haine. « C’est un geste barbare. […] Ce sont des gestes isolés, ça ne reflète pas la société québécoise », a-t-il affirmé.

Le Centre culturel islamique de Québec a été la cible d’un geste haineux au mois de juin dernier, quand une tête de porc y avait été déposée en pleine nuit. La tête de l’animal, dont la viande est interdite de consommation par le Coran, avait été placée dans un emballage cadeau transparent accompagné d’une note sur laquelle il était inscrit « Bonne [sic] appétit ».

La mosquée faisait l’objet de surveillance régulière de la part des policiers du SPVQ. Elle s’était aussi équipée de caméras de surveillance.

Diverses vigies de solidarité, notamment à Montréal, à Québec et à Saguenay, sont organisées pour ce lundi soir. À Montréal, le service de police a prévu une rencontre avec les leaders de groupes musulmans en matinée, lundi. Le maire de Québec et le premier ministre Couillard doivent aussi rencontrer des personnalités musulmanes, notamment pour discuter des moyens à prendre pour aider les familles touchées. La sécurité aux abords des lieux de culte a également été augmentée partout au Québec, a annoncé Philippe Couillard.

37 commentaires
  • Jacques Raymond - Abonné 29 janvier 2017 23 h 24

    Le pouvoir des mots

    La tragédie de Québec illustre sombrement le pouvoir des mots et ceux qui entretiennent un discours favorisant la division, la peur et la haine de l'autre, ceux-ci donc ont aujourd'hui du sang sur les lèvres.

    Jacques Raymond
    Laval

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 janvier 2017 02 h 34

      D'accord avec vous M. Raymond.

      Voilà où conduit le "wedge politic" et le discours identitaire.

      Et comme on le voit, le terrorisme et la radicalisation ne sont pas l'apanage d'une communauté et ne se trouvent pas toujours du côté où on pense. Et comme vous dites l'intolérance, ça commence avec les mots.

      Christian Montmarquette

    • Jocelyne Lapierre - Abonnée 30 janvier 2017 03 h 13

      M. Raymond, les tueurs répondront de leurs actes. En attendant, il serait sage d'attendre plus de détails et de ne pas tirer de conclusion aussi émotives que troublantes.

    • Hermel Cyr - Abonné 30 janvier 2017 07 h 48

      Tout à fait d'accord.
      Et il faut aussi déplorer et condamner le discours de ceux qui réduisent les questions civiles, sécuritaires et culturelles à des questions d'identité religieuse.

    • Jocelyne Lapierre - Abonnée 30 janvier 2017 08 h 45

      Attention aux conclusions trop hâtives, monsieur Raymond. Il semble bien qu'il s'agisse d'un attentat terroriste, par contre, mais l'identité des tueurs risque de démontrer, qu'il vaut mieux attendre avant de pousser des cris d'orfraie.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 30 janvier 2017 11 h 32

      @Hermel Cyr 30 janvier 2017 07 h 48
      @Jacques Raymond 29 janvier 2017 23 h 24).

      D'accord avec vous deux.

      A) Pour M. Cyr : Je dirais également l'identité tout court. Ma grande crainte est de voir revenir en force les mots-chocs qui, pour reprendre votre expression : "réduisent les questions" jugées non recevables, tout ce qui enferme la pensée et la libre expression civile dans l'acceptable / inacceptable définis a priori L'accusation d'islamophobie va bon train présentement, bien qu'il y ait bien davantage dans cet attentat que les autorités traitent comme du terrorisme - un attentat fait, selon un témoin (et donc musulman selon toute vraisemblance), au cri de "Allahou akbar!" Dit autrement, nous, Québec et Canada, mais je dirais surtout le Québec, sommes désormais directement "dans la mire de Daech" (cf. Enquête, RDI, 17 janvier 2017).

      B) Pour M. Raymond : j'aime votre manière de dire. J'ajouterais à la haine de l'autre, celle entretenue contre soi. Nous mettons beaucoup l'emphase de la dénonciation sur la haine de l'autre et c'est vrai évidemment. Le risque demeure toutefois d'interdire de dénoncer aussi le bashing qui entretient la haine de soi, le doute de soi et force même les consciences par voie de culpabilisation globale. Je ne me souviens pas de la source, je crois que c'est Al Gore, qui défendait la force de conviction. Moins nous avons de convictions et moins nous avons le droit de les approfondir et de les défendre (formuler et partager), plus nous devenons intolérants. Je crois que le Québec, tous les Québécois et les Québécoises, de toutes origines, croyances et convictions, etc., avons à retrouver un sens de soi inséparable et conditionnant notre sens et notre respect de l'autre. C'est de la psychologie élémentaire que cette construction intersubjective de nos 'identités', de ce que nous sommes et devenons comme Je-Nous, inséparablement.

      Merci à vous et aux autres abonné(e)s pour l'occasion donnée de réfléchir et partager.

    • Serge Morin - Inscrit 30 janvier 2017 13 h 14

      Comme toujours,CM saute aux conclusions honteuses.
      Cela s'est passé à quelques kilomètres de chez moi et et plusieurs de mes amis sont musulmans.
      Ma peine est immense.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 janvier 2017 17 h 12

      @ Christian Montmarquette

      Où est le "wedge politic" et le discours identitaire ? Un discours identaire de la part du suspect tout en anglais SVP sur sa page Facebook ? Vous "surfez" comme d'habitude sur le malheur des autres pour vous faire du capital politique. Honte à vous.

      C'est un crime haineux l'attaque contre la grande mosquée de Québec. Ce n'est pas un acte terroriste. La tuerie de l'École polytechnique était aussi un crime haineux de la part de Gamil Gharbi (Marc Lépine) où il visait les femmes spécifiquement.

      Personne n'a entendu parler d'un terroriste qui appelle la police après avoir commis son crime pour qu'ils viennent l'arrêter. Aucune organisation, aucune idéologie, aucune religion. On ne parle pas ici des attaques terroristes en règles de Charlie Hebdo, du Bataclan, de l'aéroport de Bruxelles et ainsi de suite. Évidemment, les informations policières sont toujours émises avec un manque de professionnalisme (deux suspects arrêtés) laissant penser à une organisation en bonne et due forme.

    • Jocelyne Lapierre - Abonnée 1 février 2017 10 h 50

      Ce qui est troublant, M. Martel, est que vous citiez un de mes commentaires publié en septembre 2016 et que vous le commentiez ici, hors contexte. Je vois là une manière délibérée de vous en prendre à moi, et je suis très déçue de Le Devoir, d'avoir retiré votre commentaire précédent pour le remplacer par un autre qui s'en prend aussi à moi.

  • Jacques Raymond - Abonné 29 janvier 2017 23 h 57

    Week-end de division

    Vendredi 27 janvier, Journée de Commémoration de l'Holocauste, Donald Trump signe le décret présidentiel qui bloque l'entrée en sol américain de citoyens en provenance de sept pays dont la population est majoritairement de confession musulmane.
    Puis l'Amérique nous montre ce qu'elle a de mieux avec ces manifestations monstres qui dénoncent ce décret. Et le gouvernement Trudeau signale à ces musulmans menacés qu'ils sont bienvenus au Canada.
    Malheureusement, le sens de ces gestes de bonne volonté est, ce soir, puissamment éclipsé par un acte de terreur ignoble et lâche qui s'imprègnera bien d'avantage dans les esprits et les perceptions.

    Jacques Raymond
    Laval

    • Hermel Cyr - Abonné 30 janvier 2017 11 h 34

      Ce en quoi je marque mon désaccord avec vous, M. Raymond, et je le dis en tout respect, c’est quand vous répétez ce que les médias nous disent depuis le début de la journée : « [Trump] a bloqué l'entrée en sol américain de citoyens en provenance de sept pays dont la population est majoritairement de confession musulmane. » et, qu’immédiatement après, vous soulignez la réaction de Justin Trudeau touchant l’accueil nonobstant la foi en réponse au décret de Trump.

      Soyons clair. Je suis absolument contre le décret de Trump. Interdire l’entrée de ressortissants de certains pays (nommément : Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) est une attitude rétrograde et je suppose que ceci contrevient, sinon au droit international, du moins à la Déclaration des droits de l’Homme de l’ONU quant à la libre circulation des personnes.

      Mais quels sont les faits? Trump n’a jamais interdit l’entrée aux USA aux Musulmans, mais de tous les citoyens des pays nommés. C’est l’expression « pays à majorité musulmane » qui laisse croire en une interdiction d’entrée des Musulmans. Premièrement, dans ces pays, il y des habitants qui ne sont pas Musulmans et sont aussi visés par le décret. Deuxièmement, bien d’autres pays à majorité musulmane ne sont pas touchés par le détestable décret de Trump. L’Indonésie est le pays où l’on compte le plus grand nombre de Musulmans au monde et ne fait pas partie des pays visés par le décret.

      Il faut tout aussi bien blâmer en la matière le tweet de Justin Trudeau, qui en réponse à un décret visant des « citoyens » en a fait une question « religieuse », de liberté de croyance : « le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi.»

      C’est une forme de désinformation que de se baser sur une information vraie pour lui faire dire autre chose que ce qu’elle dit. C’est tordre la réalité et brouiller des problèmes qui sont déjà assez complexes.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 30 janvier 2017 16 h 36

      @Hermel Cyr 30 janv. 2017 11h34

      Vous m'impressionnez. Je suis d'accord avec votre dénonciation de la cassette libérale canadienne focalisant sur les droits religieux en laissant entendre que ce serait là la source de l'attentat d'hier soir alors que rien n'est encore prouvé en ce sens.

      L'onctuosité moralisatrice de M. Couillard laissait aussi entendre que la source du problème serait l'intolérance religieuse (islamophobie) à l'interne Bien entendu, je suis d’accord que nos chefs de gouvernement soulignent notre accueil et notre solidarité dans leur message de sympathie, mais la manière dont cela se fait me laisse un goût de cendres.

      Tout en gardant à l’esprit que les contextes des déclarations respectives ne sont pas les mêmes, je vois un net contraste entre les voix officielles et la manière de Jean-François Lisée de répondre aux questions des journalistes. Les pointes sur l'identité, le nationalisme et la laïcité n’ont pas manqué, comme s’ils étaient non seulement inséparables de l'intolérance à la québécoise, mais même la cause plus ou moins directe de la violence barbare d'hier soir. Lisée restant collé aux questions - et surtout restant très zen - a appelé, comme le pape François d’ailleurs, à la non-violence en condamnant toutes les formes de violence, religieuse ou non - incluant celles contre le droit de parole d'un peuple. Il n'a pas manqué de réitérer l'accueil inconditionnel du peuple québécois envers les différences, incluant les religieuses. La différence était dans la profondeur de vue et l'absence totale de tout moralisme facile.

      Donc, toute une réflexion à faire et à poursuivre pour éviter ce qui serait vraiment un crime sur un autre, à savoir l'instrumentalisation politique de cette atrocité, que ce soit pour vendre la vision libérale de la diversité (comme s’il n’y avait qu’une seule définition et comme si la religion devait encore être notre ciment ultime) ou pire pour culpabiliser les citoyen(ne)s non-musulman(e)s de ce pays.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 janvier 2017 00 h 41

    Le terrorisme antimusulman n’a pas sa place au Québec


    Ce n’est pas une coïncidence si cet attentat terroriste a eu lieu dans la ville de Québec.

    Après des années de propagande haineuse contre ceux qui pratiquent au Québec un Islam pacifique, après des années à refuser de voir que beaucoup de Musulmans qui ont fui le pays où ils sont nés fuyaient en réalité la montée de l’intégrisme religieux, après cet aveuglément, les apôtres de l’intolérance ont enfin atteint leur but : un premier vrai attentat terroriste contre des Musulmans en prière.

    Quelle écœuranterie !

    Depuis des années, les radiopoubelles et une élite politique de Droite — permettez-moi de taire leur appartenance politique — y déblatèrent contre « l’invasion » des Musulmans au Québec. Une invasion qui sonnerait (d’après eux) le glas des valeurs québécoises représentées par la ceinture fléchée et le crucifix de l’Assemblée nationale.

    Où se trouvent les bigots qui imposent leur prière chrétienne à l’ouverture des réunions de leur Conseil municipal ? Où se trouvent les gueulards qui ne ratent jamais une occasion de casser du sucre sur le dos des Musulmans ?

    Il est temps que la population de la ville de Québec demande des comptes aux promoteurs de l’intolérance religieuse à la ville capitale.

    Cet attentat terroriste est une honte pour tous les Québécois. Mais je n’accepte pas de porter le fardeau de cette honte alors qu’il est clair que l’idéologie nauséabonde qui prévaut à Québec ne pouvait pas faire autrement que de favoriser la commission de cet acte barbare.

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 30 janvier 2017 03 h 45

    Le monde est malade!

    J'ai bien hâte de voir ce que Trump tweetera....


    " # Je suis Allah"?

  • Michel Lebel - Abonné 30 janvier 2017 04 h 01

    Solidarité

    En grande solidarité avec la communauté musulmane de Québec. Je suis atterré.


    Michel Lebel