Des «sentinelles» pour contrer les violences sexuelles dans les cégeps

Le syndicat suggère à la ministre David d’adopter une « politique-cadre » qui « obligerait chaque cégep » à se doter d’une telle sentinelle.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le syndicat suggère à la ministre David d’adopter une « politique-cadre » qui « obligerait chaque cégep » à se doter d’une telle sentinelle.

Pour lutter adéquatement contre les violences sexuelles, les cégeps devraient s’inspirer de ce qui se fait en matière de prévention du suicide et instaurer des « sentinelles » sur chaque campus, propose le comité de la condition des femmes de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ) dans un avis présenté vendredi à la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David.

« Les cégeps doivent indiscutablement être des lieux de prévention et de sensibilisation aux violences à caractère sexuel. Ils ne peuvent pas se contenter d’adopter des politiques contre le harcèlement et la violence, même si ces politiques sont essentielles », peut-on lire dans le document élaboré en prévision des consultations ministérielles sur les violences à caractère sexuel sur les campus universitaires et dans les collèges du Québec, qui doivent avoir lieu d’ici le mois de mars.

Ils [les cégeps] ne peuvent pas se contenter d'adopter des politiques contre le harcèlement et la violence

 

En matière de prévention, l’une des idées proposées par le comité de la condition des femmes est de créer, dans chaque cégep, un « comité intercatégoriel de concertation » composé de représentants étudiants et syndicaux, d’une infirmière, d’un psychologue, d’une travailleuse sociale et d’un membre de la direction, soutenu par un intervenant spécialisé provenant d’un organisme d’aide aux victimes. « Un tel comité pourrait devenir un lieu d’échanges, avoir un mandat de sensibilisation et se voir octroyer un rôle de sentinelle, sur le modèle de ce qui a été implanté en matière de prévention du suicide dans plusieurs de nos établissements, souvent soutenus par le centre local de prévention du suicide. »

Le syndicat suggère à la ministre David d’adopter une « politique-cadre » qui « obligerait chaque cégep » à se doter d’une telle sentinelle.

Selon la vice-présidente et responsable du dossier de la condition des femmes à la FEC, Sylvie Lemelin, il s’agit d’un modèle qui a fait ses preuves. « Dans certains cégeps, il y a des professeurs qui ont été identifiés comme étant des sentinelles. C’est écrit sur nos portes que nous sommes préoccupés par le suicide, et l’étudiant sait qu’il peut parler à quelqu’un qui est ouvert, sensibilisé et formé pour ça. Ce modèle mise également sur des partenariats avec le centre de suicide de notre région et en cas de crise, ils vont débarquer pour gérer la crise, intervenir auprès des amis, des parents et de la direction. C’est un modèle intéressant qui pourrait être aussi développé en matière de violences sexuelles où tout est à faire. »

Manque de formation

Dans son mémoire, la Fédération insiste sur les besoins de formation, tant du côté des directions que du personnel qui traite les plaintes et des agents de sécurité, qui peuvent être appelés à agir en première ligne auprès des victimes. « Trop peu de cégeps prennent la peine de former adéquatement les personnes-ressources qui reçoivent les victimes ou les personnes qui peuvent se prononcer sur la recevabilité de leur plainte. [Faute de formation], il faut reconnaître que ces personnes-ressources sont susceptibles de reproduire, même inconsciemment, la culture du viol, ne serait-ce qu’en posant des questions maladroites. »

Les professeurs de cégep demandent des « balises ministérielles » pour avoir des outils et un cadre commun aux 48 cégeps dans l’élaboration de leur campagne de prévention, des politiques et des protocoles en matière de violence sexuelle, de même que pour le traitement des plaintes et pour l’imposition de sanctions.

« Nos directions ne savent pas par quel bout prendre ça, soupire Silvie Lemelin. Trop souvent, ils ignorent la nature du problème, ils gèrent ça à la pièce, à la petite semaine, au fur et à mesure qu’ils reçoivent une plainte ou un signalement. »

Elle donne l’exemple de la « désastreuse intervention tardive et inappropriée du recteur de l’Université Laval » à l’automne dernier. « Le réflexe premier de camoufler ou de minimiser les faits ne sert à personne. Car si les directions souhaitent bien sûr préserver l’image de leur cégep, elles doivent convenir que la réputation d’un cégep se construit par sa capacité perçue à réagir aux événements déplorables avec bienveillance, célérité et en toute transparence. »

La Fédération réclame plus de leadership de la part des directions, mais également un financement spécifique pour lutter contre ce fléau. « Le manque de temps et de ressources est souvent invoqué par les directions pour justifier pourquoi des initiatives très valables et concertées ne se réalisent pas très rapidement ou sont tablettées. »

Elle rappelle enfin l’urgence de documenter le phénomène de façon spécifique pour les cégeps et réitère l’importance de faire une place aux victimes qui souhaitent témoigner pendant les journées de consultations ministérielles.