Les victimes de violence sexuelle seront entendues, assure Hélène David

«L’organisation d’un forum comme ça, c’est beaucoup de travail», s’est défendue la ministre.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «L’organisation d’un forum comme ça, c’est beaucoup de travail», s’est défendue la ministre.

La ministre de l’Éducation supérieure, Hélène David, se défend d’avoir oublié les victimes dans le processus menant aux consultations, parlant d’un « malentendu sémantique ». Elle tente de se faire rassurante auprès des deux associations étudiantes — l’ASSE et l’AVEQ —, qui ont dénoncé jeudi le manque d’inclusion pour les survivantes. « C’est sûr que nous voudrons entendre aussi, évidemment, ceux qui ont vécu de mauvaises expériences et ce qu’ils peuvent nous proposer pour vraiment essayer de prévenir les choses », affirme la ministre David, en entrevue au Devoir vendredi.

Elle affirme que Québec contre les violences sexuelles (Québec CVS), un organisme fondé cet automne par trois survivantes, recevra une invitation en bonne et due forme. Dans un article publié vendredi, ses représentantes se disaient déçues de ne pas avoir été conviées aux journées de consultations qui se tiendront dans cinq villes du Québec d’ici la fin du mois de mars. « Elles n’ont pas à s’inquiéter, c’est tellement évident que Québec contre les violences sexuelles va faire partie des invitations,répond la ministre. Mais il n’y a aucune invitation qui est partie encore. L’organisation d’un forum comme ça, c’est beaucoup de travail. »

Pourtant, plusieurs organisations, dont les directions d’établissements postsecondaires, les syndicats et les associations étudiantes, ont bel et bien reçu une invitation en novembre dernier, confirme la ministre. « Ce n’était pas l’invitation pour les journées de réflexion, mais une invitation à faire des consultations dans leurs communautés spécifiques pour se préparer aux journées […]. C’était ça, la lettre, c’était : s’il vous plaît, participez à cette préconsultation. Alors, que Québec CVS n’ait pas reçu ça, c’est parce que c’était de la consultation dans les établissements collégiaux et universitaires directement. »

Malentendu sémantique

Dans son document de consultation sur les journées de réflexion, disponible sur le site du ministère, on fait également état du désir de la ministre d’entendre « les établissements [qui vont avoir consulté au préalable les membres de leur communauté…], les associations étudiantes et les syndicats nationaux qui le désirent ». Questionnée de façon plus spécifique sur le fait que les victimes ne sont pas mentionnées, la ministre se défend d’avoir voulu les exclure. « Le malentendu sémantique pourrait être dans le fait que, quand on met “communauté”, c’est évident que dans la communauté collégiale et universitaire, les principaux récipiendaires, ce sont les étudiants, ou même les employés de soutien, qui sont aussi dans la communauté. […] En disant communauté, on incluait tout le monde. »

Pourquoi alors préciser certains groupes et pas celui des victimes ? « Tant du côté des associations, des syndicats et des directions d’établissement, ou dans les services d’accompagnement, il y a des victimes, ils sont en contact direct avec des étudiants qui ont pu être victimes. Pour nous, c’était des portes d’entrée pour donner la voix à tout le monde […]. Mais soyons clairs, elles auront tout à fait leur place. »

Flexibilité

La ministre de l’Éducation supérieure affirme que le témoignage de victimes permettra notamment d’identifier les failles du système. « En entendant l’expérience de ceux qui vont nous dire “moi, ça m’est arrivé, il s’est passé telle chose et je n’ai pas été écouté à tel et à tel endroit”, ça va nous montrer les zones où il faut absolument être efficace et performant, dans la prévention, mais dans l’accompagnement aussi. »

Elle répond également aux préoccupations de l’ASSE et de l’AVEQ, qui réclamaient de la flexibilité pour permettre aux victimes qui le souhaitent de témoigner en privé. « Ça va faire partie des réflexions, répond-elle au Devoir. Prenez le site Web du ministère, par exemple, il peut y avoir des gens qui ont vécu des agressions, des violences qui peuvent soumettre directement leurs témoignages et suggestions avec une absolue assurance de confidentialité […]. Les gens nous diront comment ils sont plus à l’aise. Dans certains cas, ils pourront témoigner par écrit et me laisser des lettres, s’ils veulent, que je garderai pour moi. Je serai d’une très, très grande sensibilité à toutes les formes nécessaires. »

À l’Association pour la voix étudiante au Québec (AVEQ), la porte-parole Kristen Perry se réjouit de voir la ministre exprimer clairement son intention d’entendre les victimes. « C’est bien que les survivantes soient finalement incluses, et nous avons hâte de travailler avec elles, mais ça aurait été beaucoup plus simple de les nommer explicitement dans les documents officiels dès le départ, pour que ce soit clair. Car, à mon avis, les premières personnes qui doivent être entendues, ici, ce sont les survivantes. »

1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 14 janvier 2017 11 h 18

    À l'intention de ces femmes représentantes ....

    ...d'associations d'étudiantes, un voeu: puissiez-vous être immunisées contre tout légitime mais non justifié goût de régler certains comptes lors de ces audiences. Celles et ceux de la population, sensibles à la situation, se doivent d'apprendre, d'entendre et d'écouter voire même de toucher aux souffrances endurées par ces victimes.
    La récupération d'une dignité bafouée, égratignée, lacérée est, dans certains cas, exercice très long, exigeant, pénible. Cette même récupération de dignité qui rend libre.
    La plus libératrice des audiences à vous !
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.