Légalisation: «Pot, pot, pot», la poule aux oeufs d’or

La vente de cannabis par le monopole d’État remettrait des redevances de 457 millions au gouvernement du Québec dès la première année de la légalisation, estime l’IRIS.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La vente de cannabis par le monopole d’État remettrait des redevances de 457 millions au gouvernement du Québec dès la première année de la légalisation, estime l’IRIS.

La légalisation du cannabis récréatif créera un marché de 1,33 milliard de dollars au Québec, estime une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). L’organisme recommande de confier la vente de marijuana à la Société des alcools du Québec (SAQ) pour garnir les coffres de l’État, contrôler les méfaits pour la santé publique et barrer la voie au crime organisé.

Le Québec aurait tout à gagner en confiant la commercialisation de la marijuana récréative à la SAQ plutôt qu’au secteur privé, conclut la recherche obtenue par Le Devoir, qui sera rendue publique ce mercredi.

La vente de cannabis par le monopole d’État remettrait des redevances de 457 millions au gouvernement du Québec dès la première année de la légalisation, estime l’IRIS. L’organisme se base sur la marge de profit de 34,4 % de la SAQ, qui a remis à l’État une somme de 1,034 milliard sur des revenus de 3,006 milliards en 2015.

Pour estimer la valeur du marché légal du cannabis récréatif au Québec, l’IRIS s’inspire du Colorado, où la marijuana est légale depuis 2014. Les ventes légales de cannabis se sont élevées à 700 millions $US au Colorado au cours de la première année de légalisation, selon une étude citée par l’IRIS. Le marché devait augmenter à 996 millions $US en 2015.

En ajustant les chiffres du Colorado en fonction de la population québécoise — et de la consommation de pot plus élevée par personne au Canada qu’aux États-Unis —, l’IRIS estime le marché du Québec à 1,33 milliard la première année. Dans les 10 ans suivant la légalisation, la valeur du cannabis récréatif légal vendu au Québec pourrait grimper à 3,2 milliards de dollars, conclut l’IRIS.

Il s’agit d’une véritable « poule aux oeufs d’or » suscitant la convoitise du crime organisé, qui contrôle déjà le marché noir du cannabis au Québec et ailleurs, note Philippe Hurteau, coauteur de l’étude de l’IRIS avec Bertrand Schepper. Le puissant monopole de la SAQ a fait ses preuves en vendant de l’alcool de façon responsable, affirment les auteurs. Le gouvernement a intérêt à se fier à l’expertise du réseau public pour commercialiser le cannabis, selon leur étude.

Philippe Hurteau comprend la mise en garde du rapport fédéral rendu public mardi par Anne McLellan, ex-ministre de la Justice dans le gouvernement Chrétien : il est conscient des risques associés à la vente d’alcool et de cannabis dans les mêmes magasins, que ce soit la SAQ au Québec ou la LCBO en Ontario. Les risques sont cependant moins grands en confiant cette mission à un monopole d’État qu’au secteur privé, selon lui.

Faudrait-il vendre le cannabis dans des succursales distinctes des magasins existants de la SAQ ? Ou offrir des sections séparées dans les magasins actuels ? Cela reste à déterminer par Québec, estime Philippe Hurteau.


1,3 milliard
C’est la valeur du marché estimée par l’IRIS, qui suggère de confier la commercialisation de la marijuana récréative à la Société des alcools du Québec.
2 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 14 décembre 2016 02 h 52

    L'IRIS a raison

    Approche pragmatique, à défaut d'éradiquer le tabac, l'alcool, les loteries , la mari qui font des dépendances des revenus de l'État...

    C'est loin d'être éthique, mais ce serait un moindre mal.

    Le contrôle par la SAQ serait plus « sûr ».

    Et puis le cycle serait complet : on rendrait les gens malades en payant d'un côté pour les soigner mal avec l'argent de leurs paiements de l'autre.

  • Jean-François Trottier - Abonné 14 décembre 2016 07 h 56

    Quelques points

    D'abord, il est clair que Québec doit créer une Régie spécifique pour le pot. Confondre alcool et cannabis, au bout de quelques années, créera un fouillis qui ne sera bénéfique qu'aux tripatouilleurs de fonds.

    Ensuite, il est nécessaire que le cannabis soit soustrait immédiatement aux attributions de permis du genre de ceux accord par Loto-Québec : cette méthode a fait ses preuves pour... fournir abondamment les poches des profiteurs et les caisses de partis, occultes ou pas.

    Ce qui est vrai pour les distributeurs l'est encore plus pour les fournisseurs. Une série de normes strictes doit intervenir pour empêcher le tripatouillage de contrats.

    Tout comme je suis sidéré de voir une société gouvernementale, la SAQ, faire de la publicité incitative pour ses produits, la nouvelle société devra être interdite de publicité. S'il s'agit de Santé, que le ministère idoine y voit. Sinon, pas de publicité, un point c'est tout. Et aucune publicité privée de la part des fournisseurs.

    Ladite société devrait créer ses propres produits, comme une "marque maison" tel qu'il en existe dans les épiceries. Il n'existe aucune raison au monde pour laisser le moindre profit au domaine privé seul. C'est la meilleure méthode pour maintenir un marché, ses prix et ses normes.

    Enfin, et c'est le plus important, aucun OGM ne sera accepté par cette société! Jamais!
    Sinon je serai le premier à faire des recherche pour rendre le pot si addictif que j'en serais millionnaire en quelques mois!

    Étant donné notr gouvernement actuel, je m'attends au pire sur chacun des points que je soulève. Des fous qui croient que le marché se régule lui-même, au secours! Mais, bon, faut au moins le dire.