Le gouvernement doit cesser de se moquer de la diversité

Moins d’une semaine après le fiasco de la vidéo du 375e de Montréal, une campagne de sensibilisation au « vivre-ensemble » intitulée *Ensemble, nous sommes le Québec a été présentée en début de semaine par le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et l’Inclusion et montre que certains enseignements essentiels n’ont pas été tirés. En effet, cette campagne présente des carences déconcertantes en matière de juste représentativité des membres de notre société et fait l’impasse sur des enjeux de premier plan en matière de lutte contre les préjugés et le racisme. Ainsi, à défaut d’objectifs clairement énoncés, cette campagne projette une image sans ambiguïté de ce que devrait être un-e immigrant-e modèle.

Le modèle d’assimilation du/de la bon-ne racisé-e/immigrant-e

Ces deux spots publicitaires véhiculent une image du bon immigrant qui ne doit plus seulement apprendre le français mais également connaître « toutes les répliques de RBO ». Le bon racisé n’est pas juste un bon joueur de soccer mais il doit aussi jouer au hockey. Cette vision clichée et assimilationniste occulte ce qui constitue véritablement la citoyenneté : les efforts déployés au quotidien, les enjeux liés à l’emploi, à l’éducation et à la culture, l’engagement communautaire et civique des personnes immigrantes et racisées. Force est de constater que l’essentiel de ce qui fait de ces personnes des citoyennes et des citoyens à part entière est totalement ignoré dans ces spots.

La négation du racisme est un déni de la réalité de plusieurs québécois-es

La seule référence à la discrimination vient de Patrice Bernier. Il se rattrape aussitôt dans la vidéo pour affirmer que ses filles, elles, « n’auront pas ce problème », puisqu’on serait à présent « habitués » à la diversité. Est-il bien vrai qu’on est « habitués » à la diversité, à l’ère où l’on craint encore une enseignante portant le hidjab, car l’on présume de son influence négative sur nos enfants ? Surtout, l’habitude n’est en aucun cas gage d’égalité.

Absence et invisibilisation des musulman-e-s

Le fait que les Québécois-es de confession musulmane ne soient pas inclus dans cette campagne, est complètement incompréhensible et dénote un fossé entre les politiques et les réalités de notre société. Particulièrement à l’heure où ces Québécois-es sont la cible de stigmatisations dans les médias et dans les sphères politiques. Alors que des mosquées se font vandaliser, que l’on agresse publiquement des femmes portant un foulard, que les personnes avec un nom à consonance arabe ou sub-saharienne sont parmi les plus discriminées à l’embauche, la négligence de valoriser leur présence et leur apport citoyen ne fait que les invisibiliser et renforcer les préjugés puisqu’ils ne font pas partie de ce « nous » québécois.

Quel processus a mené à la production de cette campagne ?

Nous avons eu la curiosité de vérifier la composition de l’équipe qui a conçu et produit ces deux spots. La diversité de l’équipe des sous-traitants n’a apparemment pas été un critère de sélection. L’une des bonnes pratiques pour contrer le racisme systémique aurait été d’accorder de l’importance à la diversité des professionnel-le-s travaillant pour des compagnies mandatées par le gouvernement. Une autre bonne pratique aurait été de soumettre le travail à l’avis des personnes concernées. Dans ce cas précis, il semble que les personnes racisé-es aient été victimes d’un impair grossier. Imaginons un instant une campagne contre la violence faite aux femmes, conçue exclusivement par une équipe constituée d’hommes : le message manquerait cruellement de sincérité et de cohérence.

Le temps n’est plus à l’interculturalisme de façade

Une campagne publicitaire qui renforce les stéréotypes en rapportant des banalités et en se contentant d’une diversité de façade ne peut contribuer à une lutte sérieuse contre le racisme, encore moins à promouvoir le « vivre ensemble ». En effet, le racisme systémique est un phénomène qui touche plus d’un million de Québécois-es. Il brise et il isole et il est plus que temps que le gouvernement se ressaisisse. Au-delà des slogans, il est plus qu’urgent qu’il démarre un travail de fond pour contrer toute forme de racisme et de discrimination et qu’il fasse preuve d’un engagement durable en mettant les moyens nécessaires et en se concertant avec les personnes concernées. Nous sommes fatigué.e.s d’être instrumentalisés pour des gains électoraux !

Une vraie campagne de sensibilisation devrait marquer les esprits, pointer les failles, interpeller et transformer les mentalités et les pratiques. Continuer à parler de diversité en évoquant le folklore et la gastronomie est un signe d’inconscience politique. Sans un discours politique clair qui évoque la responsabilité sociale de tou-te-s face au racisme, nous ne parviendrons jamais à une société juste et exempte de racisme et de discrimination. L’apport des personnes racisées est incontestable et l’actualité politique internationale ne peut qu’inciter le Québec à être original et à donner l’exemple d’une société juste. De plus, les actions gouvernementales, payées par le contribuable, devraient au moins viser l’efficacité.

Parallèlement à cette campagne, le gouvernement devrait mettre en place sans plus attendre une commission publique sur le racisme systémique avant le mois d’avril 2017. Cette commission, si elle n’est pas une procédure de façade, devrait permettre de comprendre et documenter le phénomène, d’évaluer l’urgence et d’agir en mettant en place un plan d’action multisectoriel qui toucherait la santé, le milieu du travail, la justice, l’éducation, la culture, la sécurité, etc.

Les Québécois-es méritent plus qu’une diversité de façade. Ils et elles méritent une société où les personnes autochtones, les personnes racisées et toutes celles issues des minorités ont un rôle de premier plan. Car le vivre ensemble qui nous est si cher n’a de sens que dans une réelle égalité. L’heure n’est plus aux mièvres discours sur le vivre-ensemble. Le temps est venu d’assumer ce que notre peuple est.


Signataires : 
 

Yves Alavo

Mohamed Amine

Dalila Awada

Khadija Baker

Rudy Barichello — Cinéaste et auteur

Fouzia Bazid

Ferhat Behidj

Christian Bélanger

Chedly Belkhodja — professeur à Université Concordia

Marisa Berry Méndez

Samuel Blouin

Isabelle Boisclair

Charles Bottex

Haroun Bouazzi — AMAL-Qc

Rachid Boudjarane — Regroupement des Algériens du Canada

Daisy Boustany

Samia Bouzourene — La VOIEdesFemmes

Sophie Bronner

Julie Chateauvert

May Chiu — militante contre le racisme et avocate

Ryoa Chung — département de philosophie — Université de Montréal

André Cloutier

Alexa Conradi

Marc Desjardins

Abdelaziz Djaout

Tharae Douiri

Marie-Hélène Dubé, avocate

Sasha Dyck

Imene El-Mohri

Khaled Faraj — Fédération des Canadiens Musulmans

Batoul Farhat

Marie-Josée Forget

François Fournier

Solo Fugère

Valentina Gaddi

Thomas Gallezot

Ihsaan Gardee — Conseil National Des Musulmans Canadiens

Anne-Marie Gill — recherchiste et analyste en culture — retraitée.

Perig Gouanvic

Fanny Guérin

Wassyla Hadjabi

Mohammed Hammouya

Naïma Hamrouni

Houda Hatem

Alexander Heggie

Asmaa Ibnouzahir — Collective des féministes musulmanes du Québec

Selma Idjeraoui

Marjorie Jean-Pierre

Stella Jetté

Naoual Laaroussi

Marie Lafrance

Jean -Baptiste Lamarche

Ricardo Lamour

Justine Laurier

Patrick Lemay

Emmanuelle Lippé — Documentariste

Marlihan Lopez — Fondation Paroles de femmes

Samer Majzoub — Forum musulman canadien (FMC-CMF)

Bochra Manaï

Ianik Marcil — économiste

Mathieu Marion — professeur — Université du Québec à Montréal

Siegfried L. Mathelet

Maha Mawassi

Zeina Mawassi

Kerlande Mibel

Mohamed Mimoun

Ludvic Moquin-Beaudry — professeur de philosophie — cégep de Saint -Jérôme

Johanne Morrisseau

Christian Nadeau

Minh Nguyen

Emilie Nicolas

Andréanne Pâquet

Maryse Potvin, Professeure, UQAM

Wolfgang Prigge

Will Prosper — Documentariste et militant des droits civiques

Jérôme Pruneau — Diversité artistique Montréal (DAM)

Nadia Reguigui — AMAL-Qc

Victor Alexandre Reyes Bruneau

Charline Robert-Lamy — candidate à la maîtrise en études féministe — UQAM

Houda Rochdi

Linda Roy

Ted Rutland — Professeur — Université Concordia

Hanadi Saad — Justice Femme

Michel Seymour — département de philosophie — U de M

Ramzi Sfeir — Club Jean Jaurès

Mohamed Shaheen

Ann Smart

Takwa Souissi — journaliste

Mathieu St-Onge

Jennie-Laure Sully

Saaz Taher

Hicham Tiflati

Eve Torres — LaVOIEdesFemmes

Dalia Tourki

Amel Zaazaa — Collectif Hoodstock

26 commentaires
  • Robert Lenneville - Abonné 3 décembre 2016 12 h 05

    Les autres existent aussi...

    Je ne relèverai que deux aspects de cette longue lettre:
    1- "on craint encore une enseignante portant le hidjab". On peut, comme moi, s'opposer au port de signes religieux par les enseignants sans être islamophobe. Je rappellerai que l'islam n'est pas la seule religion. Je trouve inacceptable qu'un enseignant ait le droit d'afficher sa religion devant ses élèves. Les religions catholique, juive ou musulmane véhiculent des valeurs qui peuvent "déranger" les élèves. On a qu'à penser à l'homosexualité. Il ne faut pas tolérer qu'un enseignant affiche son appartenance à un groupe qui condamne cette orientation sexuelle. Tous les jeunes du Québec méritent qu'on pense à eux avant leur enseignant.
    2- "les québécois/ses de confession musulmane ne sont pas inclus". On doit sous-entendre ici des musulmans affichant leur religion. Si je comprends bien, mes voisins musulmans qui ne portent aucun signe divulguant la religion qu'ils pratiquent seraient exclus de la publicité gouvernementale...

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 3 décembre 2016 12 h 44

      L'argument de l'influence est falacieux : le fait de cacher est tout autant révélateur, soit qu'on est frileux de certaines choses dont il faut surtout pas nommer l'existence, comme si cela les ferait disparaître. L'ignorance est tout autant facteur d'influence et combien néfaste !
      Bref, cela n'aidera pas à justement mettre des mots sur ce qui nous empêche de mieux-vivre ensemble.
      L'espèce de neutralité d'apparence qui se dépouille de tout contenu finit par rendre l'éducation impossible : on ne pourrait plus faire de discussion philosophiques, morales ou politiques alors que toute façon, ces personnes seront appelés comme citoyen à le faire. La seule chose d'important, c'est que les discussions soient orientée vers le développement d'une pensée critique, autonome et créative.
      De plus, l'homogénéité apparente d'un groupe donnée est d'ailleurs facilement réfutable. Il s'en trouve bien des groupes chrétiens par exemple qui sont ouverts aux homosexuels de même qu'on trouverait des militants du PQ qui ne sont pas xénophobes. C'est l'homme de paille : il ne faut pas simplifier ce qu'on attaque.
      La réponse est beaucoup moins importante que sa justification, laquelle, on l'espère, peut être rationnelle.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 4 décembre 2016 08 h 59

      Et voilà c'est reparti pour la culpabilisation des QuébécoisEs.

      On remarque ici l'empreinte des termes utilisés par Haroun Bouazzi le lendemain du visionnement de la vidéo: assimilationnisme, négationnisme. Il s'est donc empressé de faire signer les idolâtres de son club d'«inclusifs».

      Si ces gens mettaient autant d'énergie à intégrer professionnellement et socialement les immigrants, on ne parlerait même plus du «vivre-ensemble»: notion inventée pour... culpabiliser encore une fois. Comme si les QuébécoisEs nous n'avions jamais appris à vivre ensemble avec les différences de chacun, de tous les immigrants reçus au Québec depuis des décennies.

      D'autant plus que ce qui a choqué dans cette vidéo, c'est le fait que des immigrantEs ont le goût de vivre autrement que ce que M. Bouazzi et ses signataires veulent imposer. Et d'abord la très grande majorité des musulmanEs qui ont quitté des pays pour venir vivre autre chose ici.

      Mais cela ne satisfait pas nos signataires: ils ont leur vision de l'intégration, comme ils ont leur vision de la laïcité et à partir du moment où tu te comportes comme Boucar Diouf, tu es un traîte pour ces gens.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 4 décembre 2016 16 h 30

      Pourquoi se critiquer soi-même est signe de culpabilisation?
      C'est sans doute que notre égo, comme notre confiance est très très très fragile et est peut-être en fait, une confiance de facade, incapable de se regarder en face, de supporter la critique ou simplement le regard de l'autre, surtout quand on n'est pas d'accord avec lui. Comme Trump qui évitait le regard d'Obama.
      Faire taire cet homme, il me dérange ! Je préfère ma gang, qui pense comme moi, à tout ceux qui ont peut-être, paradoxalement quelque chose à m'apprendre. Il n'a pas de discussion quand tout le monde est d'accord.

  • Pierre Thibodeau - Inscrit 3 décembre 2016 13 h 55

    Reflet du Québec

    J'ai vu ces VIDÉOS, je crois quelles sont très bien. Le mot ASSIMILATION pour un émigrant ne devrait avoir aucun sens négatif. Si les immigrants qui viennent au Québec viennent pour créer chacun leur propre ghetto, importer avec eux leurs propres culture et tous leurs problèmes, avec, je leur proposerais de demeurer chez eux ou d'aller dans les 9 autres provinces. Au Québec nous n'avons pas besoin d'immigration, qui contribue à mettre les Québécois francophones en minorité chez eux. Si on regarde et écoute ce qui se passe dans certaines cours de récréation à Montréal, je crois que ce sont les Québécois francophones qui doivent avoir peur du mot ASSIMILATION.

    • Michèle Dorais - Abonnée 3 décembre 2016 15 h 50

      Je crains, M. Thibodeau, que votre raisonnement sonne faux. En fait, l'immigration est une richesse. Pour favoriser l'assimilsation, comme vous dites, il faudrait que chacun fasse sa part, autant les «de souche» que les nouveaux arrivants. Les échanges entre voisins, le mélange des familles, la curiosité réciproque pour la culture, la gastronomie des uns et des autres ne peut que renforcer l'intégration harmonieuse. Comment voulez-vous qu'un nouvel immigrant s'intègre si on ne lui fait pas de place au travail, lieu par excellence d'apprentissage du vivre-ensemble, si on ne l'invite pas à prendre un café ou à un repas un jour de fête ? Personne ne naît Québécois ; on le devient et ce n'est pas une dénomination exclusive à une catégorie ou une autre. Du reste, que veut dire Québécois de souche ? Nous sommes tous descendants d'immigrants de fraîche ou de longue date.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 4 décembre 2016 10 h 40

      « Comment voulez-vous qu'un nouvel immigrant s'intègre si ... »

      où avez-vous lu dans le commentaire de monsieur Thibodeau qu'il voulait qu'il s'intègre ?

    • Pierre Thibodeau - Inscrit 4 décembre 2016 16 h 50

      Je partage et pratique du mieux que je peux ce que Michèle Dorais décrit dans ses commentaires. Je désire que tous les émigrants s’intègre à notre communauté, et je fais du mieux que je peux pour qu’ils se sentent bienvenu et respecté chez nous. Je leur demande en retour un minimum de respect enver notre langue et notre culture.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 4 décembre 2016 23 h 41

      D'accord, monsieur. Votre propos suggérait plutôt que vous leur demandiez de s'assimiler. Tant mieux si je me trompe.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 décembre 2016 15 h 14

      @rmd franchement...on se croirait à la petite école ou à la maternelle.
      une étoile en or avec ça !

  • Patrick Daganaud - Abonné 3 décembre 2016 14 h 48

    RÉCIPROQUE ET RÉFLÉCHI

    La diversité doit cesser de se moquer de la communauté...

    La libre expression de l'interculturalisme n'a pas préséance sur la laïcité communautaire!

    La liberté de religion n'a pas préséance sur l'égalité des femmes et des hommes et il ne doit être admis ou toléré aucun amoindrissement, même symbolique, à ce principe fondamental!

    La liberté d'expression interculturelle n'a pas préséance sur le respect des valeurs communes et il ne doit être admis ou toléré aucun processus de conversion chrétienne ou djihadiste.

    La laïcité molle n'existe pas.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 4 décembre 2016 10 h 53

      Si vous interdisez l'expression « même symbolique » de conceptions de la vie bonne qui contredisent les prescriptions des chartes, vous contrevenez aux prescriptions concernant la liberté de conscience et la liberté d'expression, qui en font partie.

      Les chartes ne donnent préséance ni aux valeurs « communes » (majoritaires) ni à l'expression de la diversité. Elles sont fondées sur les principes de la dignité et de l'égalité des personnes. À ce titre, quelle que soit votre idée ou la mienne sur la question de l'égalité des sexes, ce qui fera loi ne se comptera plus au nombre d'appuis dont nous jouissons mais sur l'inaliénabilité des prescriptions de la charte canadienne, laquelle la soustrait même à l'usage de la clause dérogatoire. Même chose pour les autres règles obligatoires découlant de la croyance religieuse.

      Mais les partisans de la religion laïque pour tous ne l'entendent évidemment pas ainsi...

    • Jacinthe Ménard - Inscrite 4 décembre 2016 18 h 00

      @Richard Maltais Desjardins.
      Je trouve ça énervant au plus haut point quand j’entends ce genre de tournure de phrase "partisans de la religion laïque". C’est vraiment prendre les gens pour des imbéciles que de faire un parallèle entre le comportement des partisans de la laïcité et les fervents croyants d’une religion. Tout ce que les premiers demandent c’est une réserve d’apparence lorsqu’on œuvre pour un organisme de l’état. De l’autre côté, on se réclame d’un droit suprême d’afficher en toute circonstance son appartenance à une religion. Une petite gêne dans des circonstances bien précises versus un statut absolut et inaliénable.
      Les religions ne peuvent se comparer qu’entre elles. Elles ne peuvent être raisonnées; elles sont par définition déraisonnables.

      David Lévêsque,
      Sainte-Julie

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 4 décembre 2016 23 h 51

      Monsieur Lévesque, tant mieux si l'épithète ne s'applique pas à vous. Tous les athées ne sont pas ouvertement hostiles aux religions en général, à l'islam en particulier, en effet. Malheureusement, il en est qui sont aussi déraisonnables et intolérantes que les religions... du moins telles qu'ils les conçoivent en les mettant toutes dans le même sac.

      Vous comparez les demandes des uns et des autres, les premières étant raisonnables, les autres ne l'étant pas. En vertu de quoi? Votre bon plaisir? Celui de la majorité? Cela ne me suffit pas. J'ajoute : cela ne doit pas être le critère.

    • Patrick Daganaud - Abonné 5 décembre 2016 09 h 02

      Vous avez, Richard, une interprétation exacte des chartes, mais, précisément, le juste reproche qui leur est adressé est de n'avoir pas ordonnancé les « conceptions de la vie bonne » et d'avoir contredit le principe du Contrat social qui, comme vous le savez, implique une aliénation des droits individuels aux droits collectifs.

      Or cet ordonnancement est primordial au moment, par exemple - parmi d'autres, de savoir si l'égalité des femmes avec les hommes prévaut sur leur assujettissement rétrograde dans toutes les religions sans exception.

      Je voudrais bien, comme vous l'affirmez que « Les chartes (soient) fondées sur les principes de la dignité et de l'égalité des personnes.», mais la perversion religieuse ne soumet certes pas la femme à l'homme (quelles que soient les subtilités de ces soumissions) pour « préserver la dignité et l'égalité » ...des femmes!

      Je sais bien que vous comprenez cela, n'est-ce pas?
      C'est pourquoi je pratique la religion laïque : vous devriez en faire autant...

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 5 décembre 2016 13 h 11

      M. Daganaud,
      Si vous voulez qu'on règle objectivement et impartiellement ce que devrait signifier «l'égalité homme-femme» vous allez vous rendre compte que vous faites du double standard à tour de bras.
      Il serait pas possible pour vous qu'un homme ou une femme soit «assujetti» à une non-religion rétrograde ?
      La perversion ne pourrait pas être «non-religieuse» ?
      Pensez à un groupe fasciste ou mafieux qui interdirait toute religion ou manifestation de spiritualité à ses membres, même des trucs «banals» comme du yoga.
      Mon entourage ne peut me contraidre à faire ou ne pas faire du yoga, c'est les deux qui sont interdits, car personne ne peut brimer ma liberté de conscience, qui fonde que je suis une personne égale à tout autre.
      Ceux et celles qui pense être victime d'une manipulation peuvent utiliser les tribunaux et les organismes pour avoir de l'aide.
      Prenez un autre exemple : est-ce possible d'être pour l'égalité homme-femme et d'être femme/homme au foyer?
      Position A) : c'est possible
      Position B) : ce n'est pas possible, ce qui veut dire que l'égalité se transforme en obligation de travailler, contraire à la liberté.
      On revient à ce qui fonde la dignité et l'égalité, non pas cette vision «abstraite» de l'égalité comme «ce que je m'attend dans ma vision personnelle de l'égalité», mais l'égalité, telle qu'elle est définie par les tribunaux et les chartes.
      C'est bien que vous admettez que vous pratiquez une religion laïque, mais de grâce, suffit le prosélytisme non-rationnel.
      Sur ce, je vais faire du yoga.

    • Richard Maltais Desjardins - Inscrit 5 décembre 2016 14 h 29

      Trois brèves remarques au sujet desquelles j'aimerais vous entendre, Patrick.

      Sur les conceptions de la vie bonne, il me semble que le problème est justement qu'on ait donné au religieux une place spéciale, à la fois parce qu'il est expressément nommé à l'article de 2a et qu'il sert de ce fait de paradigme à l'égard de la détermination de celles de nos croyances qui sont « fondatrices ». Dans ce sens, notre droit n'est toujours pas laïque, comme si on n'avait pas réussi à trouver d'autres guides individuels pour la liberté de conscience.

      Sur l'incompatibilité des prescriptions religieuses avec le principe de l'égalité et de la dignité des personnes, notamment à l'égard des rapports hommes femmes, l'article 28 stipule que « Indépendamment des autres dispositions de la présente charte, les droits et libertés qui y sont mentionnés sont garantis également aux personnes des deux sexes. » Cet article n'est pas susceptible de dérogation, contrairement à l'article 2, dont il restreint toute interprétation qui aurait pour effet de porter préjudice à l'égalité, même pour motifs religieux.

      Sur les rapports entre droits individuels et droits collectifs, pour ce que j'en comprends, la tradition du common law fait de ces derniers la prérogative du peuple, donc du politique. Si le parlement de Québec avait décidé de restreindre la portée de l'article 2a avec la charte du PQ, il aurait invoqué l'article 33 et la Cour n'aurait pu que prendre acte, parce que cela fait partie de l'aire délimitée par la constitution de '82 où la souveraineté législative a préséance, à la seule réserve que l'exercice de cette souveraineté doit être réitéré périodiquement. Le défi, pour le PQ, c'était de constituer cette légitimité et non de montrer qu'elle était parfaitement compatible avec la lettre de la charte, à quoi les fondateurs du pays n'ont pas voulu donner priorité.

      Merci de vos éventuels commentaires.

    • Patrick Daganaud - Abonné 5 décembre 2016 15 h 10

      Ma foi (laïque), Richard, je suis d'accord avec beaucoup des éléments que vous mentionnez. Toutefois, si je vous suis sur leur décodage et sur leur interprétation juridiques, je n'en fais pas le filtre des mes interventions.

      Disons que le mien est de nature sociologique ou philosophique.

      Il n'est pas sage du tout que l'on ait donné au religieux une place spéciale quant au tracé paradigmatique de nos croyances « fondatrices » et il est vrai que cela démontre qu'au regsitre de l'action social, notre droit n'est toujours pas d'essence laïque.

      L'article 28 a beau stipulé que « Indépendamment des autres dispositions de la présente charte, les droits et libertés qui y sont mentionnés sont garantis également aux personnes des deux sexes. » , il n'empêche pas et n'empêchera pas les dérives - à ce stade contenues- de la nature de tribunaux d'arbitrage matrimonial fondés sur le religieux chrétien, juif ou musulman, statuant, dans ce dernier cas, sur la base de la charia...Le risque demeure en 2016 comme en 2004 en Ontario...

      Il est également vrai que, dans le ficelage juridique relatif aux drois individuels au regard des droits collectifs, nous sommes dans une oeuvre hélas inachevée. La tradition du common law commande une action législative dérogatoire. Le défi, pour tout gouvernement, demeure de constituer cette légitimité et c'est un défi essentiel pour assurer la cohésion sociale en situation de pressions de conversion dogmatiques.

  • Annie-Ève Collin - Abonnée 3 décembre 2016 15 h 30

    Ça suffit ce faux dilemme!

    "Est-il bien vrai qu’on est « habitués » à la diversité, à l’ère où l’on craint encore une enseignante portant le hidjab, car l’on présume de son influence négative sur nos enfants ?"
    Il y en a marre de ce faux dilemme : "Soit tu es à l'aise avec le hidjab, soit tu es contre la diversité." On peut tout à fait être contre le hidjab et considérer que ça n'a pas sa place - au même titre qu'un bunny de Playboy - sur une femme qui enseigne aux enfants dans une société qui doit promouvoir l'égalité des sexes, sans être contre la diversité.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 4 décembre 2016 09 h 52

      Comme de quoi une femme portant le voile et une prostituée, c'est la même chose : l'une est victime des hommes, l'autre aussi.
      Il est impossible qu'elle le veuille, que ce soit un choix consentant, réel et éclairé. C'est comme une femme violente, ça n'existe pas.
      Il faut que ce soit des victimes, voyons que nous devons courageusement (paternalistiquement) sauver.
      Égalité, tout ce qu'on peut dire en ton nom ...

  • René Bolduc - Abonné 3 décembre 2016 18 h 09

    Pub trop frileuse

    Les signataires de cette lettre ont raison ; il s'agit d'un interculturalisme de façade. Cette campagne publicitaire est demeurée trop frileuse avec ces "bonnes" personnes qu'on rencontre au quotidien. Avec un peu plus d'audace, on serait allé chercher des gens en marge, qui font face à des difficultés d'adaptation, des gens qui ne connaissent pas RBO et s'expriment plus ou moins bien en français. On reste ici dans sa zone de confort.