La campagne du gouvernement sous attaque

La ministre de l'Immigration, Kathleen Weil
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La ministre de l'Immigration, Kathleen Weil

Le ras-le-bol de membres de la communauté musulmane gagne de l’ampleur. En une seule journée, des centaines de voix — et de signatures — se sont ajoutées à une déclaration publique circulant sur Internet, qui dénonce vertement la campagne sur la diversité du gouvernement Couillard jugée « pleine de clichés ». Ses détracteurs réclament aussi que d’ici avril 2017, Québec mette en place une commission publique sur le racisme systémique.

Intitulée « Le gouvernement doit cesser de se moquer de la diversité », la déclaration, soutenue par des représentants des communautés culturelles, des professeurs et des citoyens, démolit point par point la première phase de cette campagne de sensibilisation au vivre-ensemble, qui consiste en des capsules vidéo. « Moins d’une semaine après le fiasco de la vidéo du 375e de Montréal, [la] campagne “ Ensemble, nous sommes le Québec  […] montre que certains enseignements essentiels n’ont pas été tirés », peut-on lire. On y déplore aussi « l’absence et l’invisibilisation des musulmans » et souligne que, hormis le réalisateur des vidéos Ricardo Trogi, « la diversité de l’équipe des sous-traitants [des capsules vidéo] n’a apparemment pas été un critère de sélection. »

Jeudi, Le Devoir révélait que des capsules vidéo de cette campagne lancée lundi dernier par le ministère de l’Immigration (MIDI) avaient profondément choqué les membres d’un comité consultatif sur la prévention de la radicalisation, l’un d’eux ayant même claqué la porte de l’instance. Le président de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité (AMAL-Québec), Haroun Bouazzi, a en effet quitté le comité, qualifiant d’« assimilationniste » et de « négativiste » la campagne, dont la première phase comprend notamment deux vidéos mettant en vedette une animatrice vedette d’origine chilienne et un joueur de soccer de l’Impact d’origine haïtienne qui témoignent de leur intégration réussie. Sur un ton consensuel, ils évoquent au passage des symboles bien québécois comme RBO, la tarte au sucre et le hockey. « Continuer à parler de diversité en évoquant le folklore et la gastronomie est un signe d’inconscience politique », lit-on dans la déclaration lancée par M. Bouazzi.

Plusieurs musulmans siégeant à cette Table d’échanges et de travail intersectorielle sur la détection et la prévention de la radicalisation de la violence ont aussi déploré avoir été mis devant le fait accompli alors qu’on avait promis de les consulter.

Racisme systémique

Au cabinet de la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, on assure que l’objectif n’était pas d’exclure qui que ce soit. Mais cette première phase est davantage consacrée au « vivre-ensemble » et à l’importance de s’enrichir de la diversité. « Quand on va traiter d’enjeux plus proches d’eux, ils seront consultés également », a indiqué Gabrielle Tellier, l’attachée de presse de Mme Weil. « Ce sont des gens que la ministre aime consulter. Ce n’était pas son but qu’ils soient mis à l’écart. »

Qui a alors été consulté pour cette campagne de pub ? « On s’est basés sur ce qui était dans la Politique [québécoise en matière d’immigration, de participation et d’inclusion], et de ce qui s’est dit dans le cadre des consultations parlementaires, a expliqué Mme Tellier. [L’idée] part du ministère, qui a quand même une expertise là-dedans. On s’est basés là-dessus. »

La ministre Weil est consciente que cette campagne ne réglera pas tout, et les résultats d’une consultation sur la discrimination et le racisme systémique, qui se prépare actuellement, viendront l’influencer et l’enrichir, ajoute-t-on.

2 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 3 décembre 2016 14 h 14

    Du contrat social et du bien commun

    Au-delà des bévues libérales d'un gouvernement, qui, soit dit en passant en commet d'autres, tout autant ségrégationnistes, à l'encontre des gens vulnérables, jeunes des écoles, prestataires du bien-être, personnes âgées, sans distinction de race,
    il va falloir quand même,

    dans ces prétentions laïques d'inclusion,

    un ralliement autour de celles des valeurs prioritaires communes qui sont de la sphère publique et qui vont reléguer à la sphère privée toutes les manifestations culturelles qui contredisent ou amoindrissent les valeurs laïques prioritaires communes.

    C'est là qu'il y a achoppement,

    parce qu'au nom de la liberté individuelle et de sa pleine expression,

    d'aucuns sont prêts à brader les balises essentielles de la liberté sociale, laquelle inclut l'aliénation au bien commun et confine les prétentions de libertés individuelles supérieures.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 4 décembre 2016 15 h 05

      Non, ces gens ne veulent pas se rallier à des valeurs communes. Et s'ils n'acceptent pas ce que leur offre les Libéraux......

      Mais j'aimerais que Lisa-Marie Gervais précise de QUELLE communauté musulmane il s'agit, parce qu'il est complètement faut de prétendre qu'il y a UNE communauté musulmane. Il y a surtout un groupe (peut-être 10% des musulmanEs au QUébec), ceux dont il est question ici et qui parle plus fort que les autres. Nuance!

      Une précision journalistique très importante.