Une trentaine d’hommes pour parler des femmes

Will Prosper, qui a participé à plusieurs assemblées de cuisine avec le mouvement Faut qu’on se parle, se réjouit de voir que la nouvelle génération d’hommes semble particulièrement sensibilisée à la cause.
Photo: Archives Le Devoir Will Prosper, qui a participé à plusieurs assemblées de cuisine avec le mouvement Faut qu’on se parle, se réjouit de voir que la nouvelle génération d’hommes semble particulièrement sensibilisée à la cause.

« Les problèmes des hommes sont des problèmes de société mais les problèmes de femmes sont… des problèmes de femmes. » Will Prosper, ex-policier de la GRC et cofondateur de Montréal-Nord-Républick, résume ainsi les raisons de son implication comme animateur de l’événement Le Déjeuner des hommes, qui a réuni mardi matin une trentaine d’hommes de divers milieux pour parler de leur rôle dans la lutte contre la violence faite aux femmes. « Je participe à certains événements organisés par les femmes, mais pas assez à mon goût. C’est le défaut de beaucoup d’hommes et j’ose espérer que ça va changer », a déclaré M. Prosper.

L’artiste Dan Bigras, l’homme d’affaires et philanthrope Brian Bronfman, l’ex-politicien Martin Cauchon ainsi que bon nombre de professeurs, de travailleurs communautaires et des milieux autochtones, d’athlètes et d’étudiants ont répondu présent à cette deuxième édition du Déjeuner des hommes, organisé par la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF). Loin d’être un dîner de cons, l’initiative a été calquée sur le « Breakfast with the guys » qui existe déjà aux États-Unis et au Canada anglais.

« Ici, on entend parfois des hommes d’influence parler contre la violence faite aux femmes, mais on n’entend pas beaucoup de voix collective des hommes. Je suis tannée que, chaque fois qu’il y a des homicides ou des situations graves touchant les femmes, c’est moi qu’on appelle pour parler de ça », a dit Manon Monastesse, directrice générale de la FMHF, laissant entendre qu’il faudrait que les hommes aussi décrient la situation.

D’ailleurs, c’est encore grâce à l’initiative des femmes qu’autant d’hommes se sont rassemblés. « C’est quand même incroyable. On est en 2016 et je n’ai pas eu vent d’autres événements où les hommes se sont réunis pour parler de ça », a fait remarquer Will Prosper. Mme Monastesse espère que, d’ici « trois ou quatre ans, ces hommes-là vont être capables de faire le travail eux-mêmes et que nous allons être les invitées ».

Des hommes féministes ?

Les hommes peuvent-ils être féministes ? Le professeur à l’École de service social de l’Université d’Ottawa Simon Lapierre croit que la gent masculine peut être « pro-féministe », mais qu’elle doit demeurer une « alliée » du mouvement. « On doit être en solidarité. Le mouvement féministe est fait par et pour les femmes et, pour moi, il y a quelque chose d’important dans le fait de laisser ce leadership aux femmes », note-t-il. Si se dire féministe, c’est combattre les inégalités entre les hommes et les femmes, n’importe qui peut affirmer l’être, dit pour sa part Will Prosper.

En attendant de consacrer plus qu’un déjeuner à la question, des pistes de solutions ont émergé. « La première chose à faire, c’est de se remettre en question, de se regarder soi-même », a dit M. Lapierre. Un professeur de l’Université Laval a dit avoir « genré » ses textes au féminin devant des classes à majorité de femmes. D’autres ont suggéré d’appuyer publiquement des organismes comme la Fédération des femmes du Québec, en mal de financement.

Will Prosper, qui a participé à plusieurs assemblées de cuisine avec le mouvement Faut qu’on se parle, se réjouit de voir que la nouvelle génération d’hommes semble particulièrement sensibilisée à la cause. « Les jeunes ont déjà des réflexes de l’alternance de parole homme-femme. Ça me rassure et c’est un progrès. Mais il y a encore beaucoup à faire. »

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