Une gouvernance repensée

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Le Fonds de solidarité s’est tout récemment associé au projet d’agrandissement des serres de Productions Horticoles Demers, à Drummondville. Ces installations, qui entreront en activité en octobre 2017, seront chauffées à partir de la récupération de la chaleur des moteurs de la centrale au biogaz voisine de Waste Management. Un projet de 25 millions de dollars qui allie des objectifs de développement agroalimentaire et durable.
Photo: Daniel Jalbert photographe Le Fonds de solidarité s’est tout récemment associé au projet d’agrandissement des serres de Productions Horticoles Demers, à Drummondville. Ces installations, qui entreront en activité en octobre 2017, seront chauffées à partir de la récupération de la chaleur des moteurs de la centrale au biogaz voisine de Waste Management. Un projet de 25 millions de dollars qui allie des objectifs de développement agroalimentaire et durable.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La nouvelle structure de gouvernance du Fonds de solidarité de la FTQ est maintenant entièrement en place. Plusieurs changements ont été apportés à la fois dans la composition et le mandat du conseil d’administration et des divers comités décisionnels.

« Cette nouvelle gouvernance s’inspire des meilleures pratiques de gouvernance que l’on trouve dans les compagnies publiques cotées en Bourse et, dans certaines circonstances, va même plus loin que ces dernières », avance Robert Parizeau, qui, en tant qu’actuel président du conseil d’administration du Fonds de solidarité, a piloté cette réforme. Il avoue toutefois ne pas en être l’instigateur. « Ce sont Daniel Boyer, président de la FTQ, et Serge Cadieux, le secrétaire général, de concert avec quatre membres indépendants du conseil d’administration, qui ont eu l’idée de cette réforme, et ce, avant même mon arrivée au conseil d’administration. »

L’un des changements importants apportés à la structure de gouvernance est la composition du conseil d’administration. Auparavant, le conseil d’administration comprenait 17 membres, dont 10 étaient désignés d’office par la FTQ et 2 élus par les actionnaires. Ce groupe de 12 membres désignait ensuite 4 autres administrateurs qui devaient obligatoirement être indépendants de la FTQ ou du Fonds.

Depuis le mois de septembre 2015, la composition du conseil d’administration est maintenant la suivante : seulement 7 des membres sont nommés d’office par la FTQ, 7 autres membres sont indépendants de la FTQ et du Fonds et sont nommés par les actionnaires à la suite d’une recommandation du Comité de gouvernance et d’éthique, et 4 autres sont élus par les actionnaires, à la suite d’un appel de candidatures. « L’élection de ces quatre derniers administrateurs par les actionnaires, à la suite d’une véritable mise en candidature, où toute personne peut se présenter, va plus loin de ce qu’on voit dans les compagnies publiques. Nous accordons ainsi davantage de pouvoir décisionnel à nos actionnaires. »

Mise à jour des comités

Les divers comités d’investissement, chacun d’eux se spécialisant dans un secteur économique particulier, ont aussi subi pareille cure. Dorénavant, le président de ces comités doit être un administrateur indépendant, la vice-présidence échouant à un représentant de la FTQ. Y siègent aussi un autre représentant de la FTQ, certains membres indépendants du conseil d’administration, ainsi que des membres indépendants externes. « Le but de cette restructuration, en particulier grâce à l’apport des membres indépendants externes, est de renforcer l’expertise au sein des comités d’investissement. » Cette expertise renforcée a permis de modifier le mandat des comités d’investissement et de donner à ceux-ci une certaine autonomie.

« Autrefois, les comités d’investissement sélectionnaient les projets d’investissement et les recommandaient ensuite au conseil d’administration, qui donnait, ou non, son aval. Maintenant, pour des projets d’investissement inférieurs à 15 millions de dollars, les comités d’investissement peuvent aller de l’avant et décider par eux-mêmes. » De plus, les comités d’investissement ont le mandat de faire le suivi de ces investissements et, de ce fait, doivent établir un lien avec les cadres et gestionnaires du Fonds.

Ce brassage des structures de gouvernance a aussi permis de renforcer et de mettre en place des comités spécialisés, comme le Comité de gestion des risques, le Comité de gouvernance et d’éthique, celui des ressources humaines ainsi que celui de la gestion des actifs. Cela a permis aussi de donner davantage de hauteur au conseil d’administration. « En dégageant le conseil d’administration de certaines décisions concernant l’investissement, cela donne davantage de temps au conseil d’administration pour se pencher sur d’autres questions d’ordre plus stratégique, par exemple, notre politique-cadre sur le développement durable. Le conseil d’administration amorce aussi une réflexion sur la planification stratégique du Fonds de solidarité. Que voulons-nous que le Fonds de solidarité soit dans 10 ans ? »

La FTQ, l’âme du Fonds de solidarité

Peu importe où cette planification stratégique mènera le Fonds de solidarité dans l’avenir, une chose est certaine, aujourd’hui comme demain, l’âme du Fonds de solidarité est et demeurera la FTQ. « Le conseil d’administration du Fonds de solidarité, dans toutes ses décisions de gouvernance, se doit de tenir compte du fait que notre actionnaire de référence est la FTQ. Près de 40 % des actionnaires du Fonds sont des membres de la FTQ, et nos 2000 représentants locaux, tous membres de la FTQ, sont présents dans les milieux de travail et ont le mandat de former et d’inciter les travailleurs à l’épargne. Bon an mal an, c’est entre 300 et 400 millions de dollars qui entrent au Fonds par cette voie. Le conseil d’administration du Fonds de solidarité ne peut pas dans sa gouvernance aller à l’encontre des valeurs de la FTQ. »

Issu du milieu des affaires, Robert Parizeau n’a rien d’un syndicaliste. « Avant de siéger au conseil d’administration du Fonds et avant d’en assumer la présidence, je dois avouer que je connaissais mal le mouvement syndical. J’étais, comme beaucoup d’autres dans ma situation, conscient de l’aspect revendicateur du syndicalisme, mais je ne connaissais rien à son aspect mobilisateur, comme en témoigne le travail de nos représentants locaux. Cela m’a surpris, mais surtout enthousiasmé. Il y a, dans cet aspect mobilisateur du syndicalisme, des idéaux et des valeurs auxquelles j’adhère maintenant entièrement. J’admets que c’est une conversion tardive, certes, mais elle est sincère. La FTQ doit demeurer le gardien des valeurs du Fonds de solidarité. Oui, le Fonds de solidarité est un fonds d’investissement, mais il n’est pas que cela, c’est aussi un fonds de travailleurs, et ça, il ne faut jamais le perdre de vue. »

«Il y a, dans cet aspect mobilisateur du syndicalisme, des idéaux et des valeurs auxquelles j’adhère maintenant entièrement» Robert Parizeau, président du conseil d’administration du Fonds de solidarité de la FTQ