Uber: le front commun du taxi fait la grève

La manifestation s’est déroulée dans le calme à Montréal, mais les policiers ont quand même distribué 16 constats d’infraction au Code de la sécurité routière.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La manifestation s’est déroulée dans le calme à Montréal, mais les policiers ont quand même distribué 16 constats d’infraction au Code de la sécurité routière.

De nombreux chauffeurs de taxi ont fait la grève dans plusieurs villes du Québec, mercredi, et leurs représentants réclament une rencontre avec le premier ministre Philippe Couillard afin de lui proposer un plan de rachat de leurs permis.
 

« On se presse pour conclure une entente avec une multinationale [Uber] qui fait de l’évasion fiscale, mais de l’autre côté on n’est pas capable de s’asseoir avec l’industrie du taxi pour établir un plan de rachat », a lancé en point de presse le porte-parole du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM), Benoît Jugand, au moment de lancer une manifestation à Montréal.
 

L’industrie du taxi conteste la mise en oeuvre prochaine du projet-pilote du gouvernement du Québec encadrant les activités du service Uber, estimant que l’entente conclue avec cette entreprise n’a absolument rien à voir avec un projet-pilote.
 

« Un marché ouvert dans 85 % de la concentration des permis, ce n’est plus un projet-pilote: ils mettent carrément un marché ouvert dans un cadre qui est fermé de par la loi et par le règlement », a pour sa part déclaré le porte-parole du comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi (CPCDIT), Guy Chevrette.
 

Les chauffeurs de taxi dénoncent ainsi ce qu’ils qualifient de « régime à deux vitesses », puisque le projet-pilote se trouve à créer un marché ouvert avec des contraintes réglementaires beaucoup moins importantes pour Uber, parallèlement au marché réglementé qui maintient des contraintes très importantes pour les taxis traditionnels.

« C’est dégueulasse, c’est répugnant, c’est inacceptable dans une société où il y a une compétition normale », a renchéri M. Chevrette.

Mais surtout, les chauffeurs de taxi font valoir que l’ouverture du marché réduira à néant la valeur des permis qu’ils ont acquis à des prix pouvant atteindre les 200 000 $ dans certains cas. Le rachat des permis représenterait une facture salée de 1,4 milliard pour le gouvernement, mais Guy Chevrette précise qu’il n’est pas nécessaire de faire une telle ponction dans le budget provincial.

« Il y a moyen de ne pas toucher au cadre financier du gouvernement par une mécanique en se servant d’institutions du Québec et ça peut être graduel, sur 10 ans, sur cinq ans, a-t-il assuré. Il n’y a rien qui ne se règle pas quand tu y mets de la bonne volonté. »

Manifestation à Montréal

À Montréal, les chauffeurs se sont rassemblés dans le nord de la ville et à Laval pour ensuite converger vers le centre-ville, où ils ont paralysé un immense quadrilatère durant quelques heures avant de se réunir en plein coeur du quartier des affaires.
 

 

La manifestation s’est déroulée dans le calme et aucune arrestation n’a été effectuée, mais les policiers ont quand même distribué 16 constats d’infraction au Code de la sécurité routière, notamment pour s’être stationné illégalement ou pour avoir bloqué une intersection alors que le feu de circulation était à changer, soit autant de tactiques visant à ralentir le flot des véhicules.

Le projet-pilote d’une période d’un an, qui devrait entrer en vigueur le 14 octobre, prévoit qu’Uber se verra octroyer l’équivalent de 300 permis de taxis. La multinationale devra toutefois payer des taxes et impôts en plus de percevoir la TPS et la TVQ, notamment, et de verser des redevances.

Elle devra également contribuer à un fonds de modernisation de l’industrie du taxi et appliquer un tarif minimum de 3,45 $ par course comme c’est le cas pour les taxis traditionnels.

Lundi, le premier ministre Couillard a fermement répété que le projet-pilote aura lieu malgré l’opposition des chauffeurs de taxi.

Les représentants de l’industrie tiennent toutefois à le rencontrer; mardi, ils sont sortis bredouilles d’une rencontre avec le ministre des Transports, Laurent Lessard, affirmant que ce dernier n’avait pas de mandat pour négocier afin de faire progresser le dossier.

Le front commun du taxi a récemment tenté deux fois, en vain, de faire suspendre les activités d’Uber par la voie juridique.
3 commentaires
  • Stéphanie Deguise - Inscrite 5 octobre 2016 13 h 26

    Applaudissons-les


    Nos chauffeurs de taxi forment une tranche très discrète de notre population, et ne font jamais de vagues pour rien. Aujourd'hui (et depuis des mois), ils se tiennent debout face aux errances du présent gouvernement.
    Je me souviens très bien de la solidarité que de nombreux chauffeurs témoignaient explicitement aux manifestants de 2012.
    Je lance un appel à tous les ex-manifestants : svp, renvoyez-leur la balle.
    Ils s'apprêtent à se faire passer un sapin, et la population demeure silencieuse - ou pire, fricote avec cette multinationale illégale. Pourquoi donc?

  • Marc Tremblay - Abonné 5 octobre 2016 21 h 54

    Des permis à 200 000$

    C'est pas la faute du gouvernement si des exploiteurs ont vendu des permis à des prix pharaonesques. Le Gouvernement n'a pas à racheter ces permis.

  • Jean Lefebvre - Inscrit 5 octobre 2016 23 h 06

    Pourquoi?

    Parce qu'on attire pas des mouches avec du vinaigre.

    Ils ont eut le monopole pendant des décénies, et plusieurs ont abusé de cette avantage. Quelques uns d'entre eux étaient convenables, mais malheureusement plusieurs autres ne l'étaient pas. C'était un service dont la qualité variait tellement qu'on avait rarement du plaisir à "caller un taxi" car on ne savait pas sur qu'elle air bête ont pouvait tomber.

    Uber a levé la barre plus haute, et c'était le temps de s'adapter. Mais non. Alors moi aussi je dis non! C'est assez! On veut un moyen de transport de meilleure qualité et c'est aussi notre droit.

    S'ils se sont tous dirigé vers la faillite ils n'ont qu'eux seuls à blâmer...

    Cette manifestation agressive va vraiment creuser leur tombe envers l'opinion publique et ils vont se mettre les quelques partisants du taxi à dos également.

    Bon j'arrête ici car ils ne méritent plus que je perdre mon temps pour leur cause. Assez c'est assez. À la niche!