Les syndicats mobilisés pour une hausse

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Le projet de hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure provoque une réaction négative de la part des associations patronales et de beaucoup d’employeurs.
Photo: Vincent Larin Le Devoir Le projet de hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure provoque une réaction négative de la part des associations patronales et de beaucoup d’employeurs.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les trois principales centrales syndicales québécoises, soit la CSN, la FTQ et la CSQ, se joignent à la mouvance nord-américaine et appuient une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure. Il s’agit d’un pas de plus pour une vieille revendication syndicale. « Depuis des années, nous critiquons le faible taux du salaire minimum au Québec, souligne Jacques Létourneau, président de la CSN. Si les syndicats soutiennent cette mesure, c’est pour aider à donner une voix aux bas salariés non syndiqués. » Pour Louise Chabot, présidente de la CSQ, cette revendication remonte même à deux décennies. « C’est lors de la Marche des femmes en 1995 que nous avons commencé à appuyer cette revendication, car de nombreuses femmes — et c’est vrai encore aujourd’hui — travaillent au salaire minimum. »

Mais la cible de 15 $ l’heure n’était pas encore dans la mire des syndicats. « L’an dernier, nous avons signifié au premier ministre la nécessité d’augmenter de façon importante le salaire minimum, raconte Daniel Boyer, président de la FTQ, mais nous n’avions pas de cible en tête. Ce sont nos membres, en particulier notre comité des jeunes, qui nous ont bousculés et fait comprendre la pertinence d’une hausse à 15 $ l’heure. Nous avons donc choisi de joindre nos voix syndicales à ce mouvement du 15 $ l’heure. »

Déjà, le projet de hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure provoque une réaction négative de la part des associations patronales et de beaucoup d’employeurs. « Il faut d’abord déconstruire les épouvantails érigés par les associations patronales qui cherchent à nous convaincre qu’une hausse à 15 $ serait une catastrophe économique », souligne Jacques Létourneau. De son côté, Daniel Boyer croit qu’une implantation progressive de la hausse permettrait aux employeurs de s’ajuster. « Nous proposons d’étaler cette hausse sur six ans. » À la CSQ, aucun échéancier n’a été arrêté. « Le plus vite est le mieux pour les travailleurs, avance Louise Chabot. Je crois aussi que cette revendication pour une hausse du salaire minimum doit s’accompagner d’une bonification des normes du travail, qui ne correspondent plus à la réalité d’aujourd’hui. »

La décision de hausser ou non le salaire minimum et d’en fixer la hauteur appartient entièrement au gouvernement. Récemment, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a laissé entendre que le salaire actuel à 10,75 $ l’heure lui apparaissait convenable. « M. Couillard a par la suite semblé démontrer un peu plus d’ouverture,avance Jacques Létourneau, mais, pour la suite, nous ne savons rien pour le moment. » D’où l’obligation de se mobiliser davantage. « Nous travaillons avec nos membres ainsi qu’avec les associations de travailleurs non syndiqués afin de mettre en place une campagne de mobilisation à ce sujet,explique Louise Chabot. Cette dernière devrait voir le jour autour du 7 octobre, journée internationale pour le travail décent. » Les deux autres centrales seront évidemment de la partie. « C’est un débat dont le présent gouvernement ne pourra pas faire l’économie », avance Jacques Létourneau. Et Daniel Boyer de conclure : « Si ce gouvernement fait la sourde oreille, nous ferons de cette hausse du salaire minimum un enjeu de la prochaine campagne électorale. »