Flirt orthodoxe à la manière libanaise

D’origine libanaise, Nayla est maronite tandis que que Jean est chrétien orthodoxe.
Photo: Paul Doumit D’origine libanaise, Nayla est maronite tandis que que Jean est chrétien orthodoxe.

En quête d’histoires d’amour réelles, Le Devoir s’est invité dans des mariages de diverses communautés culturelles, aux rites et traditions pluriels. Notre série Quatre mariages et un enterrement vous promène de voeux en voeux dans des rituels qui soulignent l’amour… Et la mort. Troisième de cinq textes.

Knock, knock, knock (toc, toc, toc) ! Jean Dallal est entré dans la vie de Nayla Karam en frappant littéralement à sa porte. Enfin, virtuellement plutôt, puisque c’était le titre du courriel qu’il lui avait envoyé. Il l’avait aperçue tout en beauté près de son travail et s’était informé du meilleur moyen pour joindre cette jeune femme qu’il avait observée à la dérobée. Incognito pour garder le mystère, il s’est mis à lui écrire. La suite est une histoire d’amour.

« Quand j’ai vu son premier message, ça m’a intriguée. Je lui ai écrit : what’s next ? », raconte la vibrante Nayla, qui aime rire et n’a pas la langue dans sa poche.

C’était il y a quatre ans. Jean, qui travaillait dans le domaine de la construction à Ottawa, s’est mis à faire des allers-retours la fin de semaine pour rejoindre sa belle à Montréal, avant de s’installer définitivement dans la métropole. Nayla est quant à elle retournée plus de six mois au Liban pour être au chevet de sa mère malade. C’est pendant cette séparation qu’elle a compris l’importance de son amour pour Jean. « Je ne sais pas vraiment comment le traduire, mais il y a un proverbe en arabe qui dit que la bonne personne, ce n’est pas celle avec qui tu peux vivre, c’est celle sans laquelle tu ne peux pas vivre. »

Respect de la culture oblige, le couple libanais a vécu chacun chez soi durant le temps de leur fréquentation, comme le veulent les égards à la religion, chrétienne orthodoxe pour lui et maronite (catholique) pour elle. « Ce n’est pas que la religion l’interdit, mais ce n’est pas souhaitable qu’un homme et une femme vivent ensemble avant de se marier. En tout cas, au Liban, ça ne se fait pas vraiment, explique Nayla. Ici, il y a des Libanais qui vivent ensemble avant de se marier. Mais nous, on a voulu respecter nos parents, la façon dont ils nous ont élevés et habitués à notre culture. »

Au Liban, un peu moins de la moitié des habitants se disent chrétiens. Les maronites sont les plus nombreux, suivis des orthodoxes d’Antioche (Grecs orthodoxes).

Un déjeuner de fiançailles

Cela n’a pas empêché les deux amoureux d’apprendre à se connaître au fil des rencontres, notamment à un restaurant de petit déjeuner à Laval, lieu de leur premier rendez-vous. C’est aussi là que, trois ans plus tard, à une date qui ne coïncidait pas avec l’anniversaire de leur première rencontre, Jean a demandé la main de sa douce. « On est allés déjeuner comme on le fait souvent. Mais cette fois, il avait une bague de fiançailles », dit Nayla en souriant.

Elle explique qu’au Liban, les fiançailles se font généralement au cours d’une rencontre entre celui qui veut se fiancer et la famille de l’élue de son coeur. Mais les parents de Nayla sont au Liban — la jeune femme ayant immigré toute seule pour venir entamer des études universitaires à Montréal. La famille de Jean, elle, vit aujourd’hui au Québec après un séjour au Qatar. Jean a grandi ici à partir de l’âge de 8 ans. « On est allés plus vite », dit Jean. Distance oblige, les parents de Jean ont rencontré les parents de sa belle par Skype. « Mais j’avais déjà dit oui. C’est moi qui décide », précise Nayla. Mes parents m’ont fait confiance. Ils savent que je suis mature et que je sais ce que je veux. Ils étaient contents pour moi. »

Nayla a sa petite idée bien ancrée sur ce qui fait le succès d’une vie de couple heureuse : ne pas avoir peur de la chicane. Une philosophie qui a aidé le couple dans leur début de relation houleux. « On se chicanait beaucoup au début. Mais il y a des choses comme ça dans la vie. Tu dois réaliser que cette personne-là, avec qui tu veux vivre, a des côtés négatifs. L’important, c’est de savoir vivre avec, parce que tu ne peux pas les changer. »

Dimanche, jour de mariage

Précédé d’une pluie de pétales de roses lancée par les bouquetières, le petit page intimidé s’est risqué sur le tapis rouge de l’allée portant le coussin de velours avec les alliances. Dans le jubé de l’église d’Antioche de la Vierge Marie résonnent avec puissance les premières notes de la Marche nuptiale à l’orgue. Tout de blanc vêtue, Nayla fait son entrée au bras de son père dans ce lieu de culte d’Ahuntsic. À l’avant, sous le majestueux lustre éclairant les icônes peintes sur la nef, une caractéristique propre aux églises chrétiennes orthodoxes, attend le fiancé, fébrile, une fleur blanche à la boutonnière.

On est dimanche 16 h. Chez les chrétiens orthodoxes et maronites, ce jour saint est aussi le jour préféré pour le mariage. Mais la religion voyage et le culte s’adapte. « Ici, beaucoup de gens se marient le samedi parce qu’ils ne travaillent pas le lendemain », reconnaît Jean Dallal. « Nous, on tenait à se marier le dimanche, alors on a cherché une longue fin de semaine, mais tout était occupé. »

Le couple tenait néanmoins à se marier dans cette église, sous la bénédiction du père Michel Fawaz, très apprécié dans la communauté. Nayla est maronite, mais rien ne l’empêche d’assister à la messe et de se marier où elle le souhaite. « Dans la tradition, c’est la femme qui suit la religion de l’homme. Mais moi, j’aime cette église et j’aime aller là-bas. C’est sûr que je suis attachée aux traditions dans lesquelles j’ai grandi, mais même quand j’étais au Liban, je pouvais aller dans une autre église que la mienne. »

Des rites et des rires

Dans la tradition orthodoxe, les mariés sont couronnés et doivent faire trois fois le tour de l’autel avec des bougies, mains jointes, en compagnie de leurs témoins et du prêtre. Nayla a ri quand le Père Michel a tenté de mettre la couronne sur sa tête, sa coiffure l’empêchant de bien tenir. « Je n’arrêtais pas de rire », raconte en riant la jeune femme au sens de l’humour aiguisé. Elle a aussi beaucoup ri à la salle de réception qui a accueilli les nouveaux mariés et plus d’une centaine d’invités, lorsque fut le temps d’ouvrir le bal. « Je marchais sur ma robe. J’avais le fou rire », ajoute-t-elle.

La cérémonie, entièrement en arabe, s’est terminée par la traditionnelle photo des mariés avec famille et invités sur le parvis de l’église. Au père Michel qui passait par là, on demande pourquoi il n’y a pas eu de consentement, le fameux « oui, je le veux », de la part des mariés. La réponse, bien au contraire de ce qui entoure Dieu, ne recelait pas de mystère : « Mais est-ce bien nécessaire ? Que pensez-vous qu’ils sont venus faire ? » a-t-il répondu, faisant un clin d’oeil.

2 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 22 août 2016 08 h 00

    Belle cérémonie

    Quel bonheur de vivre des moments aussi précieux pour un couple. Dommage pour les couples qui vivent en union de fait et qui ne connaissent pas les joies de cette cérémonie. Ces couples en union de fait n'ont pas de contrats de vie commune.
    L'Etat reconnaît le mariage religieux et surtout civil bien que le mariage religieux est aussi civil car le prêtre a une autorisation pour célébrer le mariage civil. C'est bien débuté la vie a deux que cette belle cérémonie entourée d'invités qui apportent de l'amour au couple.

  • Sylvain Auclair - Abonné 22 août 2016 13 h 50

    Anglais

    Pourquoi commencer l'article par une onomatopée anglaise?