Éduc’alcool et Fierté Montréal présentent leurs excuses

L'organisme Éduc'alcool fait de la prévention au sujet de la consommation d'alcool.
Photo: Patrick Sansfaçon Archives Le Devoir L'organisme Éduc'alcool fait de la prévention au sujet de la consommation d'alcool.

Au mieux « maladroite », au pire « transphobe », une publicité d’Éduc’alcool présentée dans le programme officiel du festival Fierté Montréal qui a suscité la colère et l’étonnement dans la communauté trans a poussé les deux organismes à présenter leurs excuses, vendredi.

« Malgré les apparences, vous savez de quel sexe vous êtes », écrit dans sa publicité Éduc’alcool, en bas de deux pictogrammes, l’un représentant ce qui semble être un homme trans, et l’autre, une drag queen.

Le message que tente de convier la publicité imprimée à plusieurs milliers d’exemplaires est le même que dans la plupart des pubs de l’organisme : une femme devrait limiter sa consommation d’alcool à deux verres, et un homme, à trois. Mais cette équation devient plus complexe quand vient le temps de parler des trans. Encore plus lorsque la publicité semble laisser entendre qu’en dépit du genre auquel elles s’identifient, ces personnes demeurent, « malgré les apparences » associées à leur sexe de naissance.

«"Dans le fond, vous le savez que vous trompez le monde en vous costumant en homme ou en femme." C’est en gros ce que cette publicité est en train de nous dire », lâche Danielle Chénier, d’Aide aux trans Québec, dont l’objectif est de combattre les préjugés qui entourent cette communauté. « Cette publicité ridiculise les personnes trans. Il n’y a pas d’autres façons de le dire. »

Elle ajoute que même si la transsexualité est évoquée de plus en plus ouvertement, certaines questions continuent à être abordées maladroitement, bien souvent de façon involontaire. « Ce n’est pas parce qu’on parle de transsexualité qu’on la comprend, et on ne consulte pas toujours les personnes ou organismes concernés », qui auraient pu, dans ce cas-ci, suggérer une approche ayant… bien meilleur goût.

La publicité laisse aussi perplexe la porte-parole du Groupe d’action trans de l’Université de Montréal, Caroline Trottier-Gascon. « Je ne sais pas si ça alimente la transphobie, mais ça alimente nécessairement l’incompréhension. S’ils veulent faire des blagues qui parlent des enjeux trans, qu’ils le fassent avec nous. Qu’ils fassent des recherches sur l’alcool et les personnes trans, qu’ils nous impliquent. C’est une publicité très, très étrange. »

Un « clin d’oeil », dit Éduc’alcool

Fierté Montréal, qui en est cette année à sa dixième édition, a reconnu vendredi que le processus d’approbation des publicités aurait pu être « plus rigoureux ». « Cette publicité démontre qu’il y a beaucoup d’éducation à faire pour la compréhension de […] la communauté trans. On aurait probablement dû être plus vigilant, on reçoit souvent les pubs à la dernière minute avant l’impression », a indiqué Jean-Sébastien Boudreault, vice-président de Fierté Montréal.

« Peut-être qu’il faut mieux éduquer les organismes comme Éduc’alcool », a-t-il ajouté.

Éduc’alcool a également fait son mea culpa. Son directeur général Hubert Sacy s’est dit consterné que la publicité ait pu troubler la communauté LGBT, alors que Fierté Montréal bat son plein jusqu’à dimanche.

« Il ne faut pas lire cette publicité au premier degré. Ce qu’on essaie de dire, c’est que si vous êtes né homme, c’est trois verres. Si vous êtes né femme, même si vous êtes un homme maintenant, c’est deux verres, comme pour une femme. »

L’objectif de l’organisme d’éducation et d’information par rapport à la consommation d’alcool n’était certainement pas d’alimenter des controverses, ni de blesser quiconque, a-t-il assuré. « On veut informer adéquatement sans être des ‘casseux de party’. On essaie de s’inscrire dans l’esprit de la fête où on affiche nos annonces. Ça a été fait avec la meilleure volonté du monde, c’était un clin d’oeil complice. Si ce clin d’oeil a mal été fait, on va le retirer, c’est sûr. »

La publicité avait déjà été publiée l’an dernier, sans qu’aucun problème n’ait été soulevé, a-t-il ajouté.



 

Logique imparfaite

Expert de la santé des personnes LGBT, le Dr Réjean Thomas note pour sa part que la formule d’Éduc’alcool — selon laquelle les femmes devraient limiter leurs consommations à deux verres et les hommes, à trois —, est imparfaite. Et que son application se complexifie quand on parle des personnes suivant des traitements hormonaux pour changer de sexe.

« La tolérance à l’alcool c’est beaucoup relié au poids, dit-il. Les hommes plus petits vont moins bien tolérer l’alcool que des plus costauds. Si une femme devient un homme, ça peut changer (la tolérance à l’alcool). Il y a différents stades (de traitements hormonaux) et plus ça avance au niveau des hormones, plus ça peut changer. »

Cette pub confirme que l’année 2016 est « l’année des trans », ajoute-t-il, évoquant la transition médiatisée de Caitlyn Jenner, la sortie du placard de Coeur de pirate et le fait qu’elle s’affiche avec sa copine trans. « Je trouve ça bien. Les trans ont été ignorés depuis toujours, aujourd’hui on découvre une réalité bien peu connue, ce qui ne peut qu’aider à démystifier et diminuer les préjugés. »

 

6 commentaires
  • Lucien Cimon - Abonné 12 août 2016 15 h 04

    Avant de crier à l'insulte, il serait bien de voir si c'est scientifiquement vrai.
    Moi, c'est la rectitude excessive qui me blesse: bientôt, elle castrera toute forme de pensée originale.

  • Marc Gagnon - Abonné 12 août 2016 15 h 39

    C'est 2 ou 3

    Si je comprends bien: un homme reste toujours un homme et une femme reste toujours une femme même après des transformations.

    Donc, une femme qui se transforme en homme, reste toujours une femme et ne peut consommer 3 verres d'alcool par jour?

    Et un homme qui vit en femme, peut continuer à consommer 3 verres?

    Mais pourquoi Educ'alcool s'embarque dans ce guêpier?

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 12 août 2016 19 h 57

      D'après moi, Éduc'alcool se sent tout d'abord investi d'une mission très importante sur Terre, ce qui du coup lui donne de l'importance, on s'entend. Et sa mission consiste, on dirait bien, à surtout culpabiliser le monde. Eux, chez Éduc'alcool, ils savent quoi faire, ce qui est bien, ce qui est bon (Alléluia).

      Par contre, le monde, lui il ne sait rien de tout cela et ne semble même pas certain s'il est un monsieur ou une madame. Alors Éduc'alcool, dans sa mission de diffuser la vertu, tente de mettre les pendules à l'heure, vous comprenez? Toute cette histoire, tout ce prêchi-prêcha, tout ça, pour un (1) verre de vin.... Rendu là, c'est qu'on ne rit plus. Le un (1) verre de vin, c'est du très sérieux. Le monde est mieux de s'en rappeler peu importe comment il se définit!

    • Maxim Bernard - Abonné 12 août 2016 23 h 36

      @Sylvie Lapointe Ils ne font que leur travail ! Éduc'alcool a une mission d'éducation du grand public. Eh oui, le public est parfois bête, certains sont ignorants ou imprudents et exagèrent. C'est peut-être dommage, mais les gens ne se renseignent pas, ils ne savent pas combien ils devraient consommer, donc il faut leur donner l'information la plus simple et épurée possible. C'est malheureux mais c'est comme ça. Leur message est peut-être simpliste, mais culpabilisant ?

      Leur mission c'est justement de parler de consommation d'alcool aux gens. Il existe un paquet d'organismes de sensibilisation à tout un tas de trucs, ce n'en est qu'un parmi d'autres.

  • Marc Therrien - Abonné 12 août 2016 22 h 14

    Se définir en appartenant à un acronyme

    Tout ce que je peux souhaiter comme bonheur à toutes ces personnes dans leur démarche d'autodétermination en progression vers une identité et un sentiment d'exister sereins est de pouvoir un jour s'appartenir à elles-mêmes en s'identifiant et s'exprimant sans acronyme, par un simple et essentiel "Je" bien situé et déterminé parmi les "Autres". Il y a encore matière à méditer dans cette énigme du poète Rimbaud: "Je est un Autre".

    Marc Therrien

  • Maxim Bernard - Abonné 12 août 2016 23 h 42

    La rectitude politique

    Il faut en revenir. Il y a une différence entre discriminer/rabaisser un groupe et faire de l'humour léger. À part le «malgré les apparences» qui serait peut-être à reformuler, et qui n'est pas a priori choquant (on comprend ce qu'ils veulent dire), il n'y a rien de mal dans cette pub.