Un Forum social mondial avec peu de participants

Des artistes prenant part à la fête d’ouverture du Forum répétaient une performance dimanche.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des artistes prenant part à la fête d’ouverture du Forum répétaient une performance dimanche.

Le tout premier Forum social mondial (FSM) à se tenir dans un pays de l’hémisphère nord sera lancé mardi, à Montréal. À la lumière du nombre d’inscriptions effectuées en ligne, il semble que l’édition montréalaise de la rencontre internationale attirera significativement moins de participants que lors des éditions précédentes du Forum. En plus des groupes qui ont boudé la destination, trop chère, un nombre croissant d’inscrits se fait simplement refuser l’entrée au Canada, faute de visa.

Le Forum social mondial a comme tradition d’accueillir un grand nombre de participants citoyens, mettant parfois au défi la logistique des organisateurs. Dès le premier Forum à Porto Alegre, dans le sud du Brésil, en 2001, dix fois plus de participants que prévu s’étaient déplacés. Depuis, la plupart des éditions ont connu un succès populaire, attirant entre 45 000 et 150 000 citoyens et militants. Le Forum social mondial de Montréal risque toutefois de faire figure d’exception : seules 15 000 personnes ont procédé à l’inscription en ligne, qui s’est terminée vendredi.

Une ville mal choisie?

Environ la moitié des inscriptions enregistrées jusqu’à maintenant proviennent de l’étranger, soit moins que les attentes des organisateurs. « On aurait aimé avoir une participation semblable à celles des autres forums », admet Carminda Mac Laurin, coordinatrice générale du FSM. Même s’il est trop tard pour s’inscrire en ligne, il sera possible pour le public de s’inscrire en personne sur place à partir de mardi. Les organisateurs s’attendent à ce que de 10 000 à 15 000 participants supplémentaires prennent part aux rencontres, principalement du Québec ou des autres provinces canadiennes. « Ce qu’on a vu dans les autres Forums, c’est qu’il y a environ 80 % des participants qui viennent du pays hôte », explique l’organisatrice.

Cette baisse de participation attendue au Forum s’explique en partie par le rejet du choix de Montréal par certains groupes militants du monde. « Dès le départ, la candidature de Montréal a suscité beaucoup de critiques, surtout de la part de groupes africains », raconte Safa Chebbi, chargée des services aux participants au FSM. En plus de l’inaccessibilité du visa canadien, des considérations financières ont obligé certains militants à rester chez eux. « L’hébergement coûte cher, surtout en août pendant la haute saison. La nourriture, le billet d’avion, le visa… tout ça coûte très cher », énumère Safa Chebbi.

Même pour les participants ayant les fonds nécessaires pour effectuer un tel voyage, les complexes démarches administratives pour obtenir un visa canadien ont parfois raison de leur présence au FSM. Deux délégations africaines, l’une du Togo et l’autre du Sénégal, ont connu ce sort après avoir pourtant réussi à financer leur voyage au Canada grâce à la plateforme de sociofinancement française Ulule. Le succès de leur campagne en ligne n’a pas convaincu les fonctionnaires d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), qui ont refusé les demandes de visa de leurs membres.

Le Sénégalais Ababacar Mbaye Gaye, militant pour les droits des enfants en Afrique de l’Ouest, s’explique mal le rejet de son visa. En plus de la somme de 1450 $ récoltée sur le Web pour sa participation au FSM, l’homme dit avoir présenté dans sa demande des preuves de ses moyens financiers suffisants pour le voyage. Contacté chez lui par Le Devoir, Ababacar Mbaye Gaye juge que Montréal est un mauvais choix de destination pour le Forum social mondial 2016. « C’est mieux de le faire [le Forum] dans un pays où tout le monde peut accéder sans problème. Sans la participation des Africains, on ne peut pas prétendre que le Forum est mondial ! »

Carminda Mac Laurin croit que le refus massif de participants demandeurs de visa ne ternit pas l’image du FSM de Montréal, mais souligne plutôt le problème de mobilité internationale. « Notre gouvernement tente de projeter une image d’ouverture, mais on voit que nous ne sommes pas différents de l’Europe ou des États-Unis », déplore l’organisatrice.

Dimanche, 312 personnes avaient contacté les organisateurs du Forum social mondial pour témoigner du rejet de leur demande de visa. D’autres sont toujours dans l’attente d’une réponse des autorités, à moins de 36 heures du coup d’envoi de l’événement.


3 commentaires
  • Hélène Grandbois - Inscrit 8 août 2016 07 h 02

    Quelle bêtise.

    Refuser des visas à des personnes qui travaillent dans des ONG pour que l'on puisse repenser le monde est révoltant et que l'on nous parle pas de réaction sécuritaire...

  • Clermont Domingue - Abonné 8 août 2016 09 h 28

    Fête ou forum?

    Monsieur Proulx, vous auriez été bien avisé de rappeler à quoi sert le forum sicial mondial.
    Pour souligner les inégalités et l'injustice,je connais une organisation qui le fait avec plus de force...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 août 2016 06 h 51

    Bonne chance au Forum !

    « seules 15 000 personnes ont procédé à l’inscription en ligne, qui s’est terminée vendredi » (Boris Proulx, Le Devoir)

    Peu ou avec beaucoup de monde, l’important est de participer.

    Bonne chance au Forum ! - 9 août 1016 -