Des transitions alourdies par les formalités

Réunies pour exiger une plus grande reconnaissance juridique et légale des personnes trans migrantes, quelques centaines de personnes ont pris part à la troisième édition de la Marche pour les droits des personnes trans dimanche à la Place de la Paix à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Réunies pour exiger une plus grande reconnaissance juridique et légale des personnes trans migrantes, quelques centaines de personnes ont pris part à la troisième édition de la Marche pour les droits des personnes trans dimanche à la Place de la Paix à Montréal.

Betty Iglesias vit à Montréal depuis sept ans. Arrivée comme réfugiée, cette Mexicaine trans vient tout juste d’obtenir des papiers officiels qui indiquent qu’elle est une femme. « Ça fait tellement longtemps que j’attends ça, laisse-t-elle tomber avec un léger soupir. L’avenir sera tellement plus simple. »

Ses premières années au Québec ont été particulièrement laborieuses, les contraintes de sa transition s’ajoutant aux obstacles déjà difficiles de l’immigration. « Les gens étaient très confus, se souvient-elle. J’étais dans une sorte d’entre deux physiques, mais mes papiers indiquaient toujours que j’étais un homme. Ça crée beaucoup d’incompréhension et une forme de rejet très difficile à porter. Il faut toujours s’expliquer, se justifier. J’avais l’impression que mon corps, mon identité, ne m’appartenait plus. »


Encore du travail

Au Québec, ils sont des centaines dans la même situation, selon le collectif Euphorie pour le genre, qui organise chaque année la Marche pour les droits des personnes trans. Et bien que, au cours des années précédentes, ces dernières aient gagné quelques batailles, notamment avec l’adoption de la loi 35 qui permet maintenant le changement de mention de sexe sans opération chirurgicale, et celle de la loi 103 qui a étendu ce droit aux mineurs, il reste encore beaucoup à faire pour que soit reconnu l’ensemble de la communauté transsexuelle.

« Il y a eu quelques avancées, c’est vrai, reconnaît Dalia Briki, porte-parole de la troisième édition de la marche qui se tenait dimanche à Montréal. Mais certaines luttes n’en sont encore qu’au début. On n’a qu’à penser à celles concernant les personnes trans issues de l’immigration. »

De fait, selon le libellé actuel de l’article 71 du Code civil qui permet le changement de mention de sexe, la citoyenneté canadienne est un critère d’admissibilité au changement de nom et de mention de sexe, tout comme il l’est pour tous changements apportés aux papiers d’identité d’un nouvel arrivant. « Quand on regarde la loi comme elle est formulée actuellement, on a vraiment l’impression que les personnes trans migrantes ont été complètement oubliées par le gouvernement, insiste Dalia Briki. Le gouvernement nous dit que ce sont des détails administratifs qui devraient être bientôt réglés, ajoute la porte-parole. Ça fait trois ans qu’on le demande, on attend toujours. »

Concrètement, ces « détails administratifs » font en sorte, par exemple, qu’une femme trans, malgré ses changements physiques, ne peut pas changer ses papiers avant d’avoir obtenu sa citoyenneté. Dans certains cas, même une personne qui serait allée jusqu’au bout de sa démarche par l’entremise de la chirurgie pourrait se voir refuser un changement à ses papiers tant et aussi longtemps qu’elle n’aurait pas obtenu sa citoyenneté.

Au quotidien, cela peut devenir un réel fardeau. « Ça peut sembler banal, mais l’absence de reconnaissance légale expose les personnes trans migrantes à de la violence et à des refus de services, explique Dalia Briki. Que ce soit dans le système de santé, sur le marché du travail ou juste au bureau de poste lorsqu’elles vont chercher un colis. »

« C’est un immense problème pour ces personnes parce qu’elles se retrouvent souvent à être doublement, voire triplement, ostracisées, renchérit la députée solidaire Manon Massé, rencontrée sur la place de la Paix avant le début de la marche. Elles sont marginalisées, d’abord parce qu’elles sont trans, mais également parce qu’elles sont immigrantes. » Plus encore, précise-t-elle, ce sont souvent des gens qui ont dû fuir leur pays d’origine parce qu’ils subissaient des pressions, ou même des violences, en raison de leur réalité de genre. « Ils immigrent au Québec pour trouver refuge et doivent encore lutter ici pour être reconnus comme des personnes à part entière. »

Le bureau de la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui est chargée de ce dossier, n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Devoir.