Nouveau sursis pour les Lakatos, toujours dans l’inconnu

Katalin Lakatos (à gauche) et sa fille Gilda ont échappé de justesse à un renvoi en Hongrie en mai dernier.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Katalin Lakatos (à gauche) et sa fille Gilda ont échappé de justesse à un renvoi en Hongrie en mai dernier.

Du rire aux larmes, puis encore du sourire aux pleurs. Les émotions se sont vite succédé lorsque Katalin Lakatos a annoncé à Mary Foster qu’elle et sa fille ne seraient pas déportées. C’était la troisième fois.

Les deux femmes roms viennent en effet d’obtenir un nouveau sursis. La famille ignore cependant jusqu’à quand l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) leur permettra de rester. « La situation devient très compliquée », expose Mme Foster, militante de Solidarité sans frontières, organisme qui les soutient.

Katalin et Gilda Lakatos ont déjà craint trois fois de devoir partir, alors que leur demande de résidence permanente pour des motifs humanitaires est présentement « en traitement » par Immigration Canada. « C’est tout ce qu’on peut savoir sur le site Web, c’est impossible de planifier », déplore celle qui s’est fait leur voix publique dans les dernières semaines.

Impossible de planifier

Le père et le frère Lakatos ont été déportés le 11 mars dernier. Ils sont arrivés tous ensemble en 2011. Après avoir vécu du harcèlement policier et de la discrimination, on leur a refusé le statut de réfugiés.

Les deux femmes ont échappé de justesse à un renvoi en Hongrie en mai dernier. Le ministre fédéral de l’Immigration, John McCallum, leur avait alors accordé un permis de séjour temporaire de deux mois en reconnaissance de « circonstances exceptionnelles ». Elles espéraient obtenir un renouvellement de ce permis, au moins jusqu’à l’obtention d’une réponse à leur demande de résidence permanente. La semaine dernière, un nouvel avis d’expulsion fixait au 11 août la date butoir.

Devant la double attente, l’ASFC a accepté jeudi de repousser l’avis, au moins pour connaître l’issue de la démarche de renouvellement du permis temporaire. « Mais c’est impossible de planifier, on ne sait rien. C’est tellement arbitraire », dénonce Mary Foster. Passées au « statut implicite » leur permettant de rester ici, elles ne peuvent cependant ni travailler ni étudier. « Il est donc très difficile de demeurer dans la précarité et l’incertitude presque totale » malgré le soulagement de ce nouveau sursis, indique Mme Foster, en décrivant une discrimination systémique envers les réfugiés roms.

Une étude de chercheurs de l’Université York de Toronto a démontré qu’à peine 8,6 % des 11 000 demandes d’asile de Roms ont été acceptées entre 2008 et 2012.

La loi C-31 avait mis la Hongrie sur la liste des « pays sûrs » en 2012 et l’ex-ministre de l’Immigration, Jason Kenney, avait déclaré que les demandes des Roms étaient « bidons » (« bogus »).