Pour une reconnaissance du génocide des Roms de la part d’Ottawa

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lors de son passage au camp d’Auschwitz, en juillet.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lors de son passage au camp d’Auschwitz, en juillet.

Ils devaient épingler le triangle noir inversé sur leurs vêtements, ils étaient marqués avec des tatouages contenant la lettre Z, pour « Zigeuner », et pourtant : les Roms persécutés pendant la Deuxième Guerre mondiale appartiennent à un chapitre quasi oublié de l’Holocauste.

Parce qu’ils étaient des « gitans » — des Zigeuners en allemand — ou parce qu’on les disait « antisociaux », pas moins de 500 000 Roms sont morts pendant le Troisième Reich ; envoyés dans les camps de concentration, contraints aux travaux forcés, stérilisés, utilisés pour des expériences médicales.

Mais cette histoire, elle n’est « souvent pas incluse quand on parle de l’histoire générale de l’Holocauste », se désole Dafina Savic, dont l’organisme Romanipe s’attelle à combattre la violence et la discrimination dont sont victimes les populations roms.

À preuve, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, les a oubliés lors de son passage au camp d’Auschwitz, en juillet. « Lorsque M. Trudeau a signé le livre de l’humanité au musée d’Auschwitz, il a réitéré l’importance et le devoir de mémoire que nous avons, pour éviter que ce genre d’événement se répète. Et c’est justement ce que notre organisme vise : la reconnaissance du génocide des Roms, parce c’est une étape très importante dans le processus de guérison des victimes du génocide rom, mais aussi dans la lutte des droits pour les Roms aujourd’hui », souligne Mme Savic.

De cette visite et de cet « oubli » est née l’idée d’organiser un rassemblement, ce mardi au Centre commémoratif de l’Holocauste de Montréal (CCHM), afin de demander au gouvernement canadien de reconnaître officiellement le génocide des Roms pendant la Deuxième Guerre mondiale. L’initiative fait suite à l’envoi récent d’une lettre exigeant la même chose du premier ministre.

La date, celle du 2 août, n’a pas été choisie au hasard. « C’est une journée bien particulière », explique Audrey Licop, du CCHM. « Le 2 août 1944, les gardiens SS d’Auschwitz-Birkenau ont assassiné les derniers détenus roms en les envoyant dans les chambres à gaz. » Au total, 2897 Roms, surtout des femmes, des enfants et des vieillards, ont ainsi été massacrés. En avril 2015, le Parlement européen a proclamé le 2 août « Journée européenne de commémoration du génocide des Roms ». Romanipe et le CCHM demandent désormais au gouvernement canadien d’en faire autant.

Une histoire « oubliée »

« L’histoire du génocide rom a été jusqu’à récemment oubliée, même ignorée », remarque Mme Savic, qui estime que les résultats de cette ignorance sont catastrophiques et douloureux. Elle évoque notamment le dérapage de Gilles Bourdouleix, député-maire de Cholet, en France, qui a déclaré en 2013 qu’Hitler n’avait « peut-être pas tué assez » de Roms. Elle rappelle aussi le projet de loi C-31 du gouvernement Harper, qui établissait en 2012 une liste de pays « sûrs », aux demandeurs d’asile illégitimes, qui devait notamment cibler des pays européens où vivent des Roms souhaitant obtenir le statut de réfugiés.

Ainsi, Dafina Savic espère qu’une reconnaissance officielle du génocide des Roms sera accompagnée d’une prise de conscience collective. « La reconnaissance officielle ne s’arrête pas là : on demande au gouvernement d’agir et de dénoncer la promotion de la haine à l’égard des Roms, qui existe encore aujourd’hui », exige-t-elle.

La Montréalaise d’adoption attribue la faible diffusion des connaissances à propos du massacre des Roms à la tradition orale et au long passé de discrimination de ces populations, exploitées et discriminées bien avant la Deuxième Guerre mondiale. « Il y a une réticence à parler de cette histoire, de crainte que ce ne soit pas reconnu, parce que les Roms n’ont jamais vraiment eu de reconnaissance de leur histoire et de leur vécu de discrimination », observe-t-elle également. À preuve, l’histoire de Raymond Gurême, un survivant des camps français et allemands dont le témoignage sera lu ce mardi. « [Il] va avoir 91 ans, et il a seulement commencé à parler de son histoire en 2010 », note Mme Savic, en insistant sur l’importance de reconnaître le génocide au plus vite, avant que ne s’éteignent ses derniers survivants.