Échec des garçons à l’école: le comportement des profs a changé

« Les professeurs vont dire que les garçons et les filles ont des besoins différents, que l’école n’est pas faite pour les garçons, que l’école est trop féminisée et que tout ça concourrait à expliquer que les garçons ne se reconnaissent pas à l’école », explique la chercheuse du CSF Hélène Charron.
Photo: David Afriat Le Devoir « Les professeurs vont dire que les garçons et les filles ont des besoins différents, que l’école n’est pas faite pour les garçons, que l’école est trop féminisée et que tout ça concourrait à expliquer que les garçons ne se reconnaissent pas à l’école », explique la chercheuse du CSF Hélène Charron.

Les inquiétudes concernant l’échec des garçons à l’école ces dernières années ont amené beaucoup d’enseignants à présenter aux enfants une vision moins égalitaire des sexes, a constaté le Conseil du statut de la femme (CSF) dans une nouvelle recherche.

« Les professeurs vont dire que les garçons et les filles ont des besoins différents, que l’école n’est pas faite pour les garçons, que l’école est trop féminisée et que tout ça concourrait à expliquer que les garçons ne se reconnaissent pas à l’école », explique la chercheuse du CSF Hélène Charron. Cela a pour conséquence qu’on va davantage les encourager que les filles à pratiquer des sports. « Le problème, c’est que ce n’est pas appuyé sur les connaissances qui sont disponibles sur ces questions-là. »

L’équipe a fait ces découvertes dans le cadre d’une recherche sur la place donnée au thème de l’égalité dans l’enseignement. Les résultats complets doivent être dévoilés dans un avis au début de l’automne.

On a réalisé à quel point les modèles anciens sont encore très forts. Notamment le double standard, le fait qu’on n’accepte pas qu’une fille ait des partenaires multiples alors qu'on l'accepte chez les garçons.

 

Pour obtenir ces renseignements, les chercheurs ont soumis un questionnaire à un peu plus de 400 enseignants du primaire et du secondaire. « Ce n’était pas notre premier angle de recherche, mais ça ressort de façon transversale partout », poursuit Mme Charron.

Les différences de classe jouent un plus grand rôle que les différences de genre, souligne-t-elle. « Ce que les recherches nous disent, c’est que les meilleures approches pour lutter contre le décrochage de certains groupes de garçons, c’est de déconstruire les stéréotypes de sexe. Les garçons qui réussissent moins bien ont une conception de la masculinité très virile, en opposition avec ce que ça prend pour réussir à l’école, comme s’asseoir, écouter quelqu’un et essayer de se conformer aux règles. »

Elle ajoute que, « dans les milieux favorisés, il n’y a à peu près pas d’écarts entre les garçons et les filles » et « qu’il y a beaucoup plus d’écarts entre les milieux sociaux qu’entre les sexes en général ».

Les adolescentes craintives quant à la sexualité

Dans une autre étude, le CSF s’est penché, ces derniers mois, sur la vie amoureuse et sexuelle des adolescentes. Là aussi, on a trouvé les signes d’un retour aux valeurs traditionnelles. « On a réalisé à quel point les modèles anciens sont encore très forts. Notamment le double standard, le fait qu’on n’accepte pas qu’une fille ait des partenaires multiples alors qu’on l’accepte chez les garçons. »

L’enquête a été menée auprès de neuf groupes de jeunes filles de 12 à 17 ans de Québec, de Montréal et de la région de Saguenay. Autre constat, la peur : « Les filles appréhendent la vie sexuelle avec de la crainte. On ne les entend pas parler de plaisir, signale Mme Charron. Elles n’anticipent pas ça comme quelque chose de positif et considèrent qu’une des conditions fondamentales à l’activité sexuelle, c’est le fait d’être en couple avec “le bon”. »

Ces résultats surviennent alors que le gouvernement se prépare à rétablir les cours d’éducation à la sexualité à l’école. L’an dernier, le ministère de l’Éducation a lancé un projet-pilote de deux ans pour tester la formule.

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