Contre la radicalisation, le «vivre ensemble»

Le mot d’ordre commun aux cinq projets est la promotion du « vivre ensemble », une expression citée abondamment par le maire de Montréal, Denis Coderre.
Photo: iStock Le mot d’ordre commun aux cinq projets est la promotion du « vivre ensemble », une expression citée abondamment par le maire de Montréal, Denis Coderre.

Pour lutter contre la radicalisation menant à la violence, le gouvernement Couillard vient de donner le feu vert à cinq projets qui cherchent à développer l’esprit critique des étudiants du secondaire et du collégial.

Ces projets visent à canaliser les idées radicales des jeunes avant leur éventuelle conversion à la violence, a expliqué la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, lundi à Montréal. Ces initiatives se veulent complémentaires au resserrement de la surveillance policière et à d’autres mesures mises de l’avant depuis qu’une douzaine de jeunes Québécois ont fui ou tenté de fuir en Syrie pour combattre les « ennemis d’Allah », au cours des derniers mois.

« Ces mesures visent à bâtir une société inclusive, à développer l’esprit critique des jeunes. On n’est pas en train de vous dire que les jeunes qui vont participer à ces projets de dialogue sont à risque de se radicaliser », a expliqué le ministre Weil.

Le mot d’ordre commun aux cinq projets est la promotion du « vivre ensemble », une expression citée abondamment par le maire de Montréal, Denis Coderre. Ils visent aussi à développer l’estime de soi et l’appartenance au Québec des étudiants.

Le théâtre Parminou montera une pièce faite par et pour des élèves de troisième, quatrième et cinquième secondaire. Ces jeunes pourront exprimer dans leurs mots leurs aspirations et leurs craintes. Une quinzaine de représentations sont prévues sur une période de deux ans.

L’Institut du Nouveau Monde organisera des ateliers et des tables rondes sur la participation citoyenne dans les cégeps de 15 régions du Québec.

L’Institut Pacifique organisera des ateliers et un forum dans trois écoles secondaires des arrondissements de Montréal-Nord et de Villeray–Saint-Michel–Parc Extension, qui sont parmi les plus multiethniques de Montréal.

L’organisme Ensemble pour le respect de la diversité aidera des jeunes du secondaire à s’engager dans des projets mobilisateurs qui auront un effet d’entraînement pour les autres élèves.

Équitas organisera des activités pour les jeunes de Saint-Laurent et d’Ahuntsic-Cartierville, avec l’aide de mentors issus des communautés culturelles.

Éducation à la démocratie

Ces projets sont pertinents dans le contexte de l’offensive plus vaste que mène le gouvernement contre la radicalisation, estime Frédéric Dejean, chercheur à l’Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des immigrants, affilié au Collège de Maisonneuve. Il a dirigé un rapport sur la radicalisation d’une dizaine d’étudiants du Collège, rendu public le mois dernier. Le chercheur a justement recommandé une forme d’éducation à la vie civique pour les étudiants.

« Le problème, ce n’est pas d’avoir des idées radicales. On est toujours le radical de quelqu’un d’autre. Mais à cet âge, entre 14 et 19 ans, il faut aider les jeunes à construire leur propre pensée. Ce n’est pas inné d’apprendre à écouter les autres, apprendre à exprimer et changer son opinion, apprendre à accepter le désaccord », dit-il en entrevue.

5 commentaires
  • Jean-Marc Cormier - Abonné 28 juin 2016 07 h 56

    Qui croit à ça?

    Mais qu'est-ce que c'est que ces miettes? On en fera de la bouillie pour les chats. On coupe dans l'éducation pour jeter ensuite des déchets de table dans les cours d'école?

    Parlez-nous d'éducation civique et politique, d'enseignement de la philosophie, de l'histoire, d'initiation à la démocratie participative pour tous, de priorité à la francisation des immigrants et d'application réelle de la loi exigeant que les jeunes reçoivent un enseignement correspondant aux normes du ministère de l'Éducation.

    Le coeur me lève quand je lis que "le problème, ce n’est pas d’avoir des idées radicales". Quand ces idées sont semées par des intégristes qui s'acharnent à développer une culture de la mort si puissante qu'elle conduit des centaines de personnes à un fanatisme tel qu'elles vont gaiement vers leur propre mort pourvu qu'elle leur permette de détruire du même coup des êtres humains qui ne partagent pas leur foi ou qui la vivent avec des nuances.

    Les prétendus intellectuels qui cultivent l'aveuglement volontaire en lieu et place d'un humanisme concret et bien plus difficile à faire germer me font gerber parce qu'en nous encourageant à prendre les vessies pour des lanternes ils participent à la confusion des idées.

  • Jean-Marie Comeau - Abonné 28 juin 2016 09 h 41

    On fait quoi de nos spécialistes?

    Ces projets ne peuvent être intéressants que s'ils s'inscrivent dans une démarche beaucoup plus longue. Les AVSEC, insuffisamment présents dans nos milieux scolaires travaillent fort à la création d'une société plus inclusive et au développement de l'esprit critique des élèves. Mais devant une commission scolaire qui coupe de plus en plus ce service et un gouvernement qui coupe dans les services professionnels de nos écoles, les AVSEC ne sont plus assé nombreux pour accompagner convenablement les élèves. Au lieu de saupoudrer des projets qui ne pourront pas avoir d'assises solides dans le développement des jeunes, les décideurs devraient investir dans ce service professionnel qui offre de bien meilleures perspectives de développement des capacités de nos élèves.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 juin 2016 09 h 45

    L’angélisme à défaut d’une véritable politique de prévention du terrorisme

    Est-ce que l’angélisme, basé sur le dialogue et l’ouverture à l’autre, aurait prévenu les attentats du 11 septembre si les États-Unis s’étaient engagés dans une telle politique ?

    Je ne le crois pas.

    Le terrorisme est une business. Il constitue une menace _sérieuse_ pour les sociétés occidentales parce qu’il est généreusement financé par des pétromonarchies, notamment la dictature saoudienne.

    La Canadian Constitution a été adoptée il y a trois décennies. À l’époque le fanatisme religieux existait déjà mais n’était pas devenu la menace qu’il représente aujourd’hui, grâce à son financement.

    Si bien qu’il est impossible de lutter contre lui sans recourir à la clause dérogatoire. Ce à quoi se refuse le gouvernement Couillard pour des raisons idéologiques.

    D'une part, le projet de loi 59, décrié comme liberticide, était une passoire du strict point de vue antiterroriste.

    D'autre part, le Centre de déradicalisation a pour but de s’attaquer à des cas où un processus de radicalisation est déjà entamé mais ne vise pas à _prévenir_ la radicalisation islamiste.

    Bref, le gouvernement Couillard n’a rien fait du tout afin de _prévenir_ la radicalisation.

    En étirant le temps avec des mesures rose bonbon, le gouvernement Couillard portera la lourde responsabilité de tout incident déplorable qu’il aurait pu éviter s’il avait davantage pris au sérieux les avertissements de l’actualité depuis deux ans, plus précisément le départ de plusieurs étudiants du Cégep Maisonneuve pour aller combattre en Syrie.

  • Jacques Deschesnes - Inscrit 28 juin 2016 10 h 37

    Prêcheurs intégristes

    Quand les prêcheurs radicaux prônent l'idée d'une solution unique comme seule solution à tous les problèmes sociaux le loup est dans la bergerie. Ces mêmes prêcheurs sont souvent des importations de pays étrangers qui n'ont aucun intérêt à l'amélioration du vivre ensemble; bien au contraire ils ne visent qu'à vendre une idéologie politique.

    Tant et aussi longtemps que l'on permettra les discours qui disent que telle religion est incompatible avec la démocratie, des problèmes surviendront. Il n'y rien de plus dangereux qu'une idée surtout si on en a juste une.

    Je suis bien conscient que rien n'est parfait en Occident et qu'il y a bien des choses à améliorer mais est-ce une raison pour se braquer derrière une religion et d'y voir une solution unique. J'aurais le goût de dire à tous : Formons équipe et combattons les inégalités ( comme le capitalisme sauvage ) mais n'allez pas croire que toutes les solutions se retrouvent sous une même bannière religieuse

    Autre point à considérer c'est celui où il faut préparer des organismes ou des groupes de support pour aider les gens qui se trouvent dans des philosophies communautaristes. J'ai vu beaucoup de témoignages où des personnes dans ce contexte reçoivent des menaces des gens de leur communauté leur disant qu'il était mauvais ou de mauvais pratiquants......Ils ont besoin de support

    • Jean-Marc Cormier - Abonné 29 juin 2016 10 h 25

      "Il n'y rien de plus dangereux qu'une idée surtout si on en a juste une."

      Très drôle et très juste.