Le mont Royal menacé par un lâcher de lanternes?

Les organisateurs de l’événement montréalais s’inspirent des festivals de lanternes célestes traditionnels qui se déroulent en Asie, notamment en Indonésie.
Photo: Agence France-Presse Les organisateurs de l’événement montréalais s’inspirent des festivals de lanternes célestes traditionnels qui se déroulent en Asie, notamment en Indonésie.

La Ville de Montréal sera forcée de déployer ses forces policières lundi soir sur le mont Royal afin d’empêcher la tenue d’un lâcher de lanternes volantes, un événement planifié sans autorisation et à son insu sur les réseaux sociaux et qui connaît un engouement monstre.

Alors que plus de 40 000 personnes s’intéressent à l’événement « Montreal Wish Lantern Festival » lancé sur Facebook en février dernier, Montréal a préféré prendre ses précautions et se munir d’un plan d’action pour contenir l’événement non autorisé. Des policiers du poste de quartier 20 ainsi que des patrouilleurs des Amis de la montagne se rendront sur place afin de réagir rapidement si certains Montréalais décidaient de matérialiser l’événement. Le Service des incendies sera aussi prêt à intervenir en cas de nécessité.

Selon le responsable du développement durable à la Ville, Réal Ménard, l’événement contrevient à plusieurs règlements municipaux et n’a fait l’objet d’aucune demande de permis d’occupation du domaine public.

On est en milieu urbain, dans un parc public qui a un statut de site patrimonial au Québec. C'est un milieu fragile et c'est contre les règlements du parc de jouer avec le feu.
 

 

S’inspirant des festivals de lanternes célestes traditionnels en Asie, les organisateurs, dont l’identité reste inconnue, ont invité les Montréalais à se rejoindre « au coucher du soleil [lundi] au Belvédère du mont Royal ». « Ce sera le moment pour vous de vous débarrasser de vos soucis, de tout ce stress et de le laisser s’envoler dans le ciel au même moment que vous ferez un voeu », précise l’événement.

« Simples à faire et biodégradables, nous assurons que les lanternes ne seront pas nuisibles à l’environnement, ni à la ville », écrivent les organisateurs. La Ville de Montréal et les Amis de la montagne ne partagent pas cet avis. « On ne souhaite pas le déroulement de ce festival qui n’est pas compatible avec le site. Ça peut porter atteinte à l’écosystème qu’est le mont Royal », confie d’un ton grave Réal Ménard, en entrevue téléphonique avec le Devoir.

« On est en milieu urbain, dans un parc public avec un statut de site patrimonial au Québec. C’est un milieu fragile et c’est contre les règlements du parc de jouer avec le feu, renchérit la directrice des communications des Amis de la montagne, Hélène Panaïoti. Les conséquences d’un grand nombre de lanternes qui partent dans les airs et atterrissent on ne sait où sont très graves. Ça engendre de la pollution, il y a un danger de déclencher un incendie, et des conséquences tant pour la faune que pour la flore. »

Si le Québec ne possède aucune réglementation sur l’utilisation de lanternes volantes, 29 États américains ainsi que plusieurs villes et provinces du Canada ont déjà banni leur utilisation, rappelle Hélène Panaïoti. Leur fabrication et leur vente sont même illégales dans certains pays d’Europe et ailleurs dans le monde.

Silence radio

 

Devant la popularité grandissante de l’événement, le Bureau du mont Royal et les Amis de la montagne ont tour à tour tenté de contacter les organisateurs à travers leur page Facebook pour les prévenir des règles et des risques de l’organisation de ce lâcher de lanternes. Ils n’ont jamais reçu de réponse. « On n’a eu aucun contact direct avec eux. On ne sait donc pas si cela va avoir lieu mais ça nous prenait définitivement un plan d’action », précise Réal Ménard.

   

Les organisateurs du lâcher de lanternes n’ont pas donné suite aux demandes d’entrevue du Devoir, bien qu’ils en aient pris connaissance.

À l’approche du 20 juin, les Montréalais qui souhaitent participer multiplient les messages sur la page Facebook pour obtenir davantage d’informations, mais n’obtiennent pas plus de réponses.

La page restant active, le festival des lanternes pourrait donc bel et bien avoir lieu, croit Hélène Panaïoti. « 40 000 intéressés et plus de 11 000 personnes qui comptent venir, c’est inquiétant. Le belvédère ne peut pas accueillir physiquement ce nombre de personnes, et imaginez s’ils viennent tous avec une lanterne volante et des allumettes. Que fait-on ? » s’alarme-t-elle.

Nouvelle tendance ?

C’est la première année que la Ville et les Amis de la montagne aux prises avec l’émergence d’événements lancés « au monde entier » sur les médias sociaux et qui contournent les règles en vigueur.

Plus tôt en avril, l’événement Facebook « Let’s turn the mountain into a giant dancefloor ! » avait invité les Montréalais à « regagner [leur] montagne sacrée ». Il rassemblait trois événements en un, mêlant musique électronique, « Silent disco » et performance théâtrale.

« Ça a été difficile à contenir, ils n’avaient pas de permis et comptaient passer par des sentiers fragiles qu’on ne devrait pas emprunter », explique Hélène Panaïoti. Les policiers ont dû intervenir pour changer le lieu de l’événement pour finalement disperser les quelque 400 participants.

Bien que cela reste occasionnel, Hélène Panaïoti s’inquiète de voir cette tendance se répandre. « C’est difficile de les contrôler et de savoir comment ils vont se déployer. D’autant plus lorsqu’on ne connaît pas les organisateurs, précise-t-elle. On doit les attraper sur les réseaux sociaux un peu au hasard. Ce n’est pas notre mandat, mais on doit surveiller ça sur Internet. »

Montréal devrait davantage tenir compte de cette nouvelle réalité, selon elle. « C’est une tendance nouvelle, il va falloir que la Ville en tienne compte dans la révision du cadre réglementaire qui régit les activités dans le parc. »

Interrogé à ce sujet, Réal Ménard n’a pas voulu préciser si la Ville envisageait un tel changement et a lancé vaguement « on va regarder ça ».

Selon les Amis de la montagne, le problème c’est la volonté des Montréalais de s’approprier les lieux sans respecter les règles. « On ne veut pas que les activités des uns nuisent à l’expérience des autres, à ceux qui ont pris la peine de demander un permis. »

Or, la tâche serait ardue. « Ça n’a pas de bon sens, on ne peut pas profiter de nos parcs publics », déplore Cédric Bissonnette, qui a participé à l’organisation de l’événement dansant d’avril. Voyant le nombre grandissant de participants sur leur page Facebook, les organisateurs ont tenté d’obtenir un permis auprès de la Ville, un mois avant le grand jour. « Les procédures sont tellement compliquées, ça prend trois mois pour avoir un permis. Et il faut des assurances, donc des dépenses non prévues », souligne-t-il.

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