New York a pris les choses en main

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Des pluies diluviennes s’abattent de plus en plus souvent sur New York.
Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-Presse Des pluies diluviennes s’abattent de plus en plus souvent sur New York.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement - Infrastructures naturelles

New York éprouve comme Montréal un problème fréquent : gérer les torrents d’eau qui tombent lors d’averses qu’on dit « se produire seulement une fois par siècle » ! Or, Derick Tonning, directeur adjoint en ingénierie au Bureau des infrastructures vertes de la Ville de New York, confirme que ces pluies diluviennes surviennent de plus en plus souvent.

Le problème, à Montréal comme à New York, c’est que ces trombes d’eau surchargent les usines de filtration des eaux usées. En conséquence, elles sont souvent déversées directement dans le fleuve et les rivières sans aucun traitement. Et comme l’explique M. Tonning, le système d’égout de nos villes a le défaut de mélanger les eaux de pluie (propres) aux eaux usées de nos toilettes. Les averses torrentielles constituent donc une importante source de pollution.

Voilà qui est d’autant plus navrant qu’à New York comme à Montréal, des efforts considérables ont été investis ces dernières décennies pour assainir nos cours d’eau et nos berges. « Les rives de New York n’ont jamais été aussi propres depuis des décennies », relate-t-il fièrement. Même chose à Montréal.

D’une pierre trois coups !

Pour remédier à ces afflux de pollution inopinée, la Ville de New York a mis en oeuvre une formidable série de mesures. D’abord, explique Derick Tonning, le Département de la protection environnementale — responsable de la gestion des eaux — a créé en 2010 un Bureau des infrastructures vertes. Celui-ci a pour mandat de déployer un train de mesures pour faire face aux torrents d’eau. Il s’agit en bonne partie d’installer partout en ville des zones tampons pour emmagasiner les eaux de pluie.

En pratique, il s’agit de bassins constitués d’une bonne couche de terre, dans laquelle on installe des arbres et des plantes et sous laquelle se trouve une bonne couche de pierre concassée qui absorbe le trop-plein.

Ainsi, sous tous les parcs, terrains et rues où c’est possible, on installe des bassins de tailles les plus diverses, selon l’espace disponible. Du coup, on procède au reverdissement de la ville. « Et même dans le cas des grandes surfaces bétonnées, comme les terrains de stationnement, on installe des bassins de rétention sous-terrains, indique M. Tonning. De plus, tout propriétaire qui a un bon projet à nous proposer, on peut l’aider financièrement. »

C’est ainsi qu’en plus de créer des zones pour absorber les surplus d’eau, on reverdit la ville tout en améliorant la qualité de l’air et de la vie en ville !

Il s’agit toutefois d’un programme extrêmement complexe, qui s’étendra jusqu’en 2030 (au moins) et qui coûtera des milliards de dollars. Et comme le relate le responsable, cela nécessite énormément de consultations et de coordination de la part d’une kyrielle de services et de département municipaux, ainsi que des consultations citoyennes et des instances réglementaires.

Derick Tonning, qui viendra présenter ce programme au Sommet sur les infrastructures naturelles du Grand Montréal, nous encourage à faire de même. Il prévient toutefois qu’il faut d’abord s’y préparer longuement. « Il ne faut pas non plus oublier qu’une fois installées, ces infrastructures vertes devront être régulièrement entretenues, et ce, durant des décennies… ce qui n’est pas à négliger non plus ! »