Facebook manipule bel et bien l’information

Une équipe éditoriale travaille à sélectionner le contenu affiché dans le fil d'actualité des utilisateurs.
Photo: Jonathan Nackstrand Agence France-Presse Une équipe éditoriale travaille à sélectionner le contenu affiché dans le fil d'actualité des utilisateurs.

Facebook manipule bel et bien l’affichage des nouvelles qui apparaissent sur les pages de ses abonnés. La multinationale américaine dispose même, pour le faire, d’une équipe éditoriale composée de vrais humains chargés de mettre de l’avant artificiellement ou de soustraire certains sujets, révèle un document interne obtenu par le quotidien britannique The Guardian et dévoilé jeudi sur son site.

Le document, pour usage interne seulement, résume les lignes de conduite que doivent suivre et respecter les membres de l’équipe éditoriale des Trending Topics, ces sujets d’actualité de l’heure, carburant des nouvelles formes de socialisation en ligne. Il ne laisse aucune place au doute : tout en prétendant que la mathématique de ses algorithmes est seule à organiser et à hiérarchiser l’information qui apparaît sur les pages de ses abonnés, Facebook a finalement les « mêmes vieilles manières » qu’un diffuseur d’information traditionnel, écrit The Guardian, et décide ce que son milliard d’abonnés à travers le monde peuvent ou ne peuvent pas voir.

L’équipe éditoriale, qui travaille 24 heures sur 24 à organiser, valider, hiérarchiser, discriminer et amplifier les nouvelles du jour, trouve dans ce document la mécanique à suivre pour créer les tendances ou en atténuer d’autres. Les règles morales, les orientations politiques ou sociales pour le faire ne sont pas précisées dans le document. Cette fuite renforce toutefois les révélations faites la semaine dernière par un ex-employé de cette équipe qui prétendait que Facebook censurait les informations à saveur conservatrice, amplifiait les perspectives plus progressistes et libérales, tout comme certains événements à caractère social. Le but est d’influencer la construction de l’opinion publique.

Ces lignes de conduite éditoriales touchent également le Canada, à en croire ce document, dont l’apparition fait passablement mentir la multinationale américaine. Lundi, par la voix de son vice-président à la recherche, Tom Stocky, l’empire médiatico-commercial de Mark Zuckerberg assurait en effet ne pas influencer l’affichage des contenus informatifs et ne pas avoir les moyens techniques de le faire. « Nous n’ajoutons pas de contenus artificiellement dans les trending topics et ne demandons pas à nos réviseurs de le faire », écrivait-il.

Le document obtenu par The Guardian maintient l’inverse et établit même des taux de « nouvelles du jour » à maintenir dans l’affichage, afin de permettre au « produit de fonctionner de manière optimale », peut-on lire. La chose vise à stimuler le clic et la participation de l’abonné, geste qui génère des revenus pour la multinationale.

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