Le «troisième sexe» brille par son absence

Pour sa mesure de la population, en marche depuis lundi dernier, Statistique Canada n’a pas acquiescé à la demande d’une poignée de transsexuels, transgenres et intersexués qui, au début de l’année, ont invité l’organisme à ajouter une case à leur image.
Photo: iStock Pour sa mesure de la population, en marche depuis lundi dernier, Statistique Canada n’a pas acquiescé à la demande d’une poignée de transsexuels, transgenres et intersexués qui, au début de l’année, ont invité l’organisme à ajouter une case à leur image.

Cocher « homme » ou cocher « femme » ? L’association Aide aux trans — transgenre, transsexuel et intersexué — du Québec (ATQ) considère que Statistique Canada « fait un pas dans la bonne direction » en acceptant que les membres de cette communauté n’indiquent pas de « sexe » dans le formulaire de recensement, actuellement en cours au pays. Le geste pourrait permettre aux statisticiens fédéraux d’évaluer la demande éventuelle pour l’ajout d’une autre catégorie dans son recensement de 2021.

« Cette question de case n’est pas fondamentale pour les trans, a avoué jeudi au Devoir Danielle Chénier, représentante de l’ATQ. Administrativement, tout le monde ne veut pas s’afficher. Mais l’ouverture de Statistique Canada est notable, puisque leurs formulaires ne permettent pas, à ceux et celles qui le souhaitent, d’exister. »

Pour sa mesure de la population, en marche depuis lundi dernier, Statistique Canada n’a pas acquiescé à la demande d’une poignée de transsexuels, transgenres et intersexués qui, au début de l’année, ont invité l’organisme à ajouter une case à leur image, dans la section « sexe ». Le message était porté, entre autres, par Quinn Nelson, sociologue en formation à l’Université de Calgary qui se présente autant comme homme que femme. Ne voulant pas transgresser la loi en refusant de répondre à la question « sexe » du recensement, Quinn Nelson a écrit au nouveau ministre responsable du recensement, Navdeep Bains, pour réclamer une case plus au diapason de son identité sexuelle.

Possible d’expliquer son choix

En entrevue au Devoir, Annabelle El-Hage, porte-parole de l’organisme, a admis que la période de test tout comme les consultations en vue de l’écriture du formulaire de recensement n’ont pas mis en lumière, « ni soulevé un enjeu majeur sur la question relative au sexe ». Toutefois, « les répondants qui n’arrivent pas à sélectionner une catégorie à la question [sur le sexe] peuvent [la] laisser sans réponse et [en expliquer la raison] dans la section “ commentaires  », indique Statistique Canada sur son site Internet, tout en rappelant que les commentaires sont utilisés pour ajuster ses questionnaires d’un recensement à un autre.

En 2014, le réseau social Facebook a offert à ses abonnés de nouvelles façons d’afficher leur identité sexuelle par l’entremise de plusieurs dénominations que quelques « trans » aimeraient désormais voir apparaître dans d’autres sphères de la société. Actuellement, l’Allemagne, la Nouvelle-Zélande et l’Inde reconnaissent officiellement ce « troisième sexe » dans lequel une part difficile à quantifier de la population du Canada pourrait bien se reconnaître.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 6 mai 2016 03 h 24

    Les tiers ?

    OH! merci, je ne l'avais pas vu passée celle-la et pourtant ne dit on pas que ce sont les tiers qui ont raison,

  • Eric Lessard - Abonné 6 mai 2016 07 h 37

    Communauté LBGT

    Pour avoir rempli le questionnaire court du recensement, il est intéressant qu'on nous demande si l'on vit avec un conjoint de même sexe.

    Par ailleurs, aucune question sur la religion dans le questionnaire court. Par contre, il se pourrait que les célibataires gays ne soient pas quantifiés s'il n'y a pas de question sur l'orientation sexuelle dans le questionnaire long.

    C'est tout de même une évolution que je trouve intéressante qu'on considère de dénombrer les couples de même sexe comme une donnée importante, même si encore une fois on risque d'ignorer le nombre de gays célibataires.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 6 mai 2016 10 h 22

    Cela n'existe pas un ''troisième sexe''

    Toute personne naît avec un sexe, une tête, deux bras et deux jambes. Sauf problème de malformation tous ces membres et autres organes seront présents.

    Et le sexe sera féminin ou mâle, il n'y a pas une troisième possibilité. Les variations de personnalité que la personne développera ne peuvent pas être une identification physique réelle et stable.

    La véritable acceptation des personnes qui se reconnaissent du groupe LBGT en est une qui n'efface pas la réalité physique de ces personnes. Le déni de sa propre réalité physique n'est certainement pas un signe d'acceptation de la grande variété de profile de personnalité que l'on peut développé et faire vivre.

    • Michelle Monette - Inscrite 6 mai 2016 18 h 27

      Monsieur Arès,

      Je suis bien d'accord avec vous qu'il n'y a pas de «troisième sexe». D'ailleurs, le titre m'a fait sursautée. Justement, la revue Nature a publié, en février 2015, un texte fort intéressant qui nuance passablement l'idée qu'il n'y aurait que deux, ou même trois sexes: «Sex redefined. The idea of two sexes is simplistic. Biologists now think there is a wider spectrum than that». En passant, il faudrait demander aux personnes intersexuées de quel sexe elles sont. Idem pour les personnes nées avec un vagin et des testicules inversées (i.e. demeurées à l'intérieur de leur corps), mais sans appareil reproducteur (Eh oui, ça arrive!). En novembre 2014, le magazine Châtelaine présentait pour sa part huit des variations du développement sexuel les plus courantes. Il est fascinant de découvrir à quel point les êtres humains se répartissent sur un spectre beaucoup plus complexe que le modèle binaire pourtant perçu comme le seul modèle «normal». Au point où l'on confond sexe et genre.

      Mais bon, on aime tellement classer nos idées sur les sexes et les genres en deux certitudes...

      Dont acte, Monsieur Deglise?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 mai 2016 08 h 43

      Mme. Monette, la définiton qui veut qu'une personne normale soit de sexe féminin ou masculin n'est pas une vue simpliste, elle est simplement la définition de la mécanique de reproduction auquel a mené le développement et l'évolution de la vie sur terre. Et pas seulement chez les manifères que nous sommes.

      Qu'il y ai des anomalies de développement chez une certaine partie de la population est une chose commune a toute forme de vie. Ces anomalies sont marginales, très variables, et évidement ne concerne pas que le sexe. Pour qu'il y ai une autre option que cette dualité de deux sexes il faudrait que cette option soit reproductible autrement que par erreur de la reproduction bi-sexuée.

      Si Statistique Canada veux un invententaires des anomalies physiologiques de la population canadienne ils auraient certainement plus de chance d'avoir des informations pertinantes dans les régistres des hopitaux que dans un questionnaire grand-public d'auto-évaluation qui ne pourrait être que le reflet des angoisses existentionnelles de tous et chacun.

    • Michelle Monette - Inscrite 7 mai 2016 11 h 48

      Évidemment, «la définiton qui veut qu'une personne normale soit de sexe féminin ou masculin n'est pas une vue simpliste» et elle correspond à ce que la vaste majorité vit sans problème. Seulement, il y a des êtres humains qui ne se reconnaissent pas dans cette définition. Parler d'anomalies de développement vous réconforte, mais ne règle pas le problème que vivent ces personnes. Il se trouve, en plus, que les recherches tendent plutôt à nuancer nos connaissances.

      Je pense, au contraire de vous, que le recensement est un bon moyen d'avoir des statistiques probantes, soit pour des fins d'adaptation des programmes publics ou pour des fins de recherche. C'est à cela que sert le recensement, non? Du reste, ce ne serait pas la seule question qui ne concerne qu'une minorité. La poser n'enlève rien à la «vaste majorité».