L’Alberta déclare l’état d’urgence sur tout son territoire

Le gouvernement albertain a décrété l’état d’urgence sur l’ensemble de son territoire, mercredi, en raison de l’immense incendie de forêt qui a déjà ravagé 1600 bâtiments à Fort McMurray, dans le nord de l’Alberta.

La ministre des Affaires municipales, Danielle Larivee, a expliqué que cette mesure permettrait à l’Alberta de réclamer des ressources additionnelles provenant de l’extérieur de la province, de même que d’enrôler des gens et de détruire des structures si nécessaire.

Le brasier brûle actuellement dans des secteurs résidentiels et les équipes d’incendie ont du mal à combattre les flammes dans ces conditions précaires, selon la ministre.

Scott Long, de l’Agence de gestion des urgences de l’Alberta, a indiqué que l’incendie était maintenu hors du centre-ville grâce aux efforts « herculéens » des pompiers, a-t-il dit.

L'aviation militaire appelée en urgence
L’aviation militaire canadienne se prépare à aller aider l’Alberta dont le nord est ravagé par des incendies de forêt. Le premier ministre Justin Trudeau, après avoir offert, mercredi matin, toute l’aide nécessaire aux Albertains, a été avare de détails quant aux gestes concrets qu’Ottawa pose. Il a parlé d’une situation « active et en évolution » pour expliquer sa retenue.

« Nous avons alerté les Forces armées canadiennes qui sont en train de regarder la mobilisation de différents effectifs aériens pour pouvoir être là si le besoin se concrétise en Alberta », a dit M. Trudeau lors d’une conférence de presse, en début d’après-midi, mercredi.

Il a réitéré sa promesse aux habitants de Fort McMurray : Ottawa sera là, a-t-il dit, « maintenant et lorsque viendra le temps de reconstruire ».
  Plus tard, aux Communes, il a précisé que « les Forces armées canadiennes déploient des hélicoptères de recherche et sauvetage. Un avion de transport militaire Hercules est prêt à Cold Lake tandis que d’autres avions sont en attente à Edmonton et Trenton. »

Les militaires ont ajouté quelques détails. Quatre hélicoptères Griffon étaient en route, mercredi, vers la ville albertaine menacée par l’incendie. Ils doivent servir à évacuer les communautés près de Fort McMurray, la ville qui s’est vidée de ses 80 000 habitants.

Le C-130J Hercules est prêt à décoller de l’aéroport militaire Cold Lake, en Alberta, dès que ce sera nécessaire. Et un avion de transport C-17 est mis à la disposition des pompiers.

Le brigadier-général Wayne Eyre s’attend à ce que les appareils canadiens servent également à transporter des équipes de pompiers provenant des États-Unis ou d’autres provinces canadiennes.

Pour l’instant, il n’est pas question d’une contribution de soldats sur le terrain.

« Les circonstances auxquelles nous ferons face dans six heures pourraient être bien différentes de celles où nous nous retrouvions il y a deux heures. Nous devons donc être souples », a fait remarquer le ministre fédéral de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, à son entrée aux Communes, mercredi après-midi.

Changements climatiques 
Pendant ce temps, la leader du Parti vert, Elizabeth May, lie les feux de forêt en Alberta aux changements climatiques. « C’est une terrible tragédie en ce moment. Et je pense que notre focus est toujours sur le moment présent, qui consiste à penser aux pompiers, aux premiers répondants, à ceux qui perdent leur maison. C’est un désastre. Mais c’est un désastre qui est très lié à la crise mondiale du climat », a soumis Mme May au cours d’une conférence de presse, mercredi matin.

Le premier ministre Trudeau a refusé de suivre Mme May dans ce raisonnement.
« Avec les changements climatiques, il va y avoir des événements extrêmes. […] Mais tirer un lien direct entre n’importe quel feu ou inondation et les changements climatiques est un pas plus loin que ce qui est utile, qui ne sert pas nécessairement les conversations que nous devons avoir », a déclaré M. Trudeau.

Le chef néodémocrate Thomas Mulcair n’a pas, non plus, repris l’hypothèse de Mme May. « Aujourd’hui, la seule chose dont il faut parler c’est sauver les vies des personnes qui habitent à Fort McMurray. Ce n’est certainement pas le moment de commencer à attribuer un blâme », a-t-il lâché à sa sortie de la réunion de caucus hebdomadaire.

Québec propose son aide
Le Québec prêtera main-forte à l’Alberta en envoyant quatre avions-citernes pour combattre l’immense incendie qui ravage la région de Fort McMurray.

Puisque la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) ne combat présentement aucun incendie sur le territoire québécois, elle s’est dite mercredi en mesure de répondre à la demande de l’Alberta.

Les quatre appareils se rendront à Lac-Labiche.

Cette annonce survient quelques heures après que le premier ministre Philippe Couillard eut affirmé vouloir faire « tout ce qu’il est possible de faire » pour aider les citoyens touchés par ce désastre qu’il a qualifié d’« apocalyptique ».

M. Couillard a indiqué qu’il espérait pouvoir parler avec son homologue de l’Alberta, Rachel Notley, dans les prochaines heures, afin de déterminer de quelle façon le Québec pourra l’aider.


Le premier ministre québécois a précisé qu’il ne parlait pas pour l’instant d’une aide financière, mais bien de ressources comme du personnel ou des avions, qui seront envoyées en Alberta.

 

« Nos pensées sont avec les familles, les citoyens de l’Alberta qui sont durement touchés. Imaginez 80 000 personnes évacuées, un désastre apocalyptique, je pense que le mot est juste. Il est clair que notre gouvernement, mon bureau, est en lien avec le bureau de Mme Notley. Tout ce qui est possible de faire, on va le faire », a déclaré Philippe Couillard.

 

« Il est clair que, comme on l’a fait en passant pour la Saskatchewan l’an dernier, on va offrir toutes les ressources disponibles du Québec et l’expertise disponible et notre amitié également, parce que c’est une situation qui est dramatique », a-t-il ajouté.


Immense incendie

Un immense incendie de forêt qui brûle près de Fort McMurray, dans le nord de l’Alberta, a détruit 80 % des maisons dans un quartier et causé de lourds dégâts dans plusieurs autres. La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a affirmé que l’incendie a détruit environ 1600 structures dans la ville. On ne signale aucun blessé.

Rachel Notley a affirmé en matinée qu’elle avait déjà amorcé des discussions avec le gouvernement fédéral en vue de la reconstruction de la ville. « Il y a une possibilité de perdre une bonne partie de la ville », a soutenu M. Long.

La seule autoroute en direction sud en partance de la ville était jonchée de voitures immobilisées sur l’accotement et dans les fossés. Des policiers y transportaient des bidons d’essence pour aider les automobilistes en panne et les quelques communautés le long de l’autoroute étaient aux prises avec des problèmes de congestion routière.

« Il y a beaucoup de véhicules sur le bord de la route », a déclaré le sergent de la GRC John Spaans, posté à Boyle, une petite ville située aux deux tiers du chemin séparant la ville en flammes d’Edmonton.

« Il est difficile de dire si ces gens ont eu un bris mécanique, manqué d’essence ou se sont simplement stationnés pour camper dans leur voiture, mais il y a beaucoup de véhicules dans les fossés, sur le terre-plein et sur l’accotement. L’autoroute 63 en est remplie. »

La municipalité régionale de Wood Buffalo a annoncé au cours des dernières heures que le quartier de Beacon Hill, dans le sud de la ville, avait été le plus fortement endommagé par les flammes qui ont envahi Fort McMurray mardi après-midi, forçant l’évacuation de la totalité des 80 000 habitants.

Une dizaine de maisons mobiles ont été détruites dans le quartier de Timberlea, et on fait état de dégâts importants dans les banlieues d’Abasand et de Waterways.
Des maisons ont aussi été rasées au sol dans quatre autres quartiers, mais on ne rapporte pour le moment aucune victime.
 


La Croix-Rouge appelle à l'aide

La Croix-Rouge canadienne sollicite la générosité des Canadiens afin d’aider leurs compatriotes du nord-est de l’Alberta qui sont aux prises avec des feux de forêt catastrophiques. 

L'organisme a mis sur pied le fonds Feux de forêt en Alberta qui s’adresse tant aux entreprises qu’aux individus. Des explications sont offertes sur le site Web de l’organisme.

Dans un communiqué diffusé mercredi, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, affirme que le gouvernement fédéral était prêt à venir en aide à la province. « Je surveille le feu de friches qui fait rage à Fort McMurray avec une grande inquiétude et mes pensées accompagnent tous les résidents évacués de leurs domiciles », dit-il.

Par ailleurs, le gouvernement albertain a aussi annoncé dans un communiqué qu’il égalerait les dons versés à la Croix-Rouge pour aider les citoyens de Fort McMurray. Il a déjà offert deux millions de dollars à l’organisme pour « lancer les opérations ».

« La chose la plus efficace à faire pour les gens est de faire des dons à la Croix-Rouge, sachant que notre gouvernement égalera ces fonds », a déclaré la première ministre Notley dans le communiqué.
        
Le pire est à venir

Bernie Schmitte, un représentant de la gestion des incendies, a expliqué tard mardi lors d’une conférence téléphonique avec les journalistes que le pire de l’incendie n’était pas encore passé, puisque du temps chaud, une humidité faible et des vents puissants sont prévus pour mercredi.

Le chef des pompiers de Fort McMurray, Darby Allen, a indiqué qu’aucun bâtiment n’était en flammes mercredi matin, mais que la situation pourrait changer. Les pompiers tentent de protéger les principales infrastructures de la ville, y compris l’autoroute 63 et le seul pont qui enjambe la rivière Athabasca. Le chef Allen a demandé l’aide de l’armée et des renforts militaires sont attendus d’ici quelques jours.

D’importants embouteillages se sont formés près des communautés de Wandering River et Grasslands, deux des premières villes le long de l’autoroute au sud de Fort McMurray. La municipalité conseille aux automobilistes en panne d’essence de rester sur place. « La police patrouillera l’[autoroute] avec des bidons d’essence », a indiqué la municipalité sur Twitter.

Le ministère albertain des Transports s’est aussi tourné vers les réseaux sociaux pour annoncer qu’il escortait un camion-citerne rempli d’essence sur l’autoroute 63 pour aider les automobilistes en panne.

Les pompiers à l'oeuvre

L’incendie n’était toujours pas contrôlé, mercredi, alors qu’il encerclait la ville, qui est située à 435 kilomètres au nord-ouest d’Edmonton.

À la mi-journée, mercredi, les autorités ont dû abandonner leur centre de commande, qui était établi près de l’aéroport, parce que les flammes menaçaient l’endroit.

Mardi après-midi, l’incendie s’est propagé dans le sud-ouest de la ville, détruisant sur son passage des résidences, des véhicules, des stations d’essence, ainsi qu’un motel. Les quartiers de Beacon Hill et de Waterways ont été lourdement endommagés.

Selon Mme Notley, environ 10 000 résidants de Fort McMurray se sont dirigés vers les campements pétroliers du nord; Robin Smith, de la MRC, parle plutôt de 20 000. Plusieurs dizaines de milliers ont plutôt opté pour la route du sud, vers Anzac, Lac La Biche et Edmonton — voire la lointaine Calgary.

Quelque 100 pompiers, 10 hélicoptères et 17 avions-citernes étaient à pied d’oeuvre pour combattre les flammes. L’armée a pour sa part fourni des hélicoptères de secours.

La météo n’est pas du côté des pompiers cette semaine: le temps chaud et sec persistera dans la région mercredi, avec des vents changeants. Un front froid devrait suivre plus tard cette semaine mais il amènera un autre grand ennemi des pompiers: la foudre.

Le temps chaud et sec a transformé la forêt boréale en véritable poudrière. Le degré de danger des incendies de forêt pour les zones boisées de l’Alberta et de la Saskatchewan voisine va de « élevé » à « extrême ».

Le gouvernement albertain a interdit tous les feux en plein air — sauf dans les zones réservées des campings — en raison de la menace. Environ 30 incendies brûlaient dans la province. Fort McMurray est la capitale des sables bitumineux de l’Alberta. Elle compte une population de 61 000 habitants, selon le recensement de 2011.

Les autorités surveillaient attentivement la situation en Saskatchewan, où une douzaine d’incendies étaient actifs dans des régions éloignées. L’année dernière, les incendies de forêt en Saskatchewan avaient forcé l’évacuation de 13 000 résidants et ravagé 17 000 kilomètres carrés de forêt.

Le drame de Fort McMurray a fait les manchettes de plusieurs médias étrangers, qui ont présenté les images spectaculaires de l’incendie.

Du Royaume-Uni, la reine Elizabeth II a déclaré par voie de communiqué qu’elle et son époux, le prince Philip, étaient «sous le choc et attristés» par la nouvelle.
8 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 4 mai 2016 08 h 23

    Tiens, tiens

    C'est sûr que l'eau est aujourd'hui plus utile que le pétrôle à Fort MacMoney

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 4 mai 2016 08 h 39

    Privatiser les profits et se déresponsabiliser des risques reliés.

    Les personnes les plus affectées par un tel incendie ne seront ni les compagnies pétrolières elles-mêmes et ni leurs actionnaires, gros et petits résidant à Montréal, Toronto ou ailleurs, mais les résidents de cette municipalité. Les individus et organisations venant à leur secours seront des parents, amis, quidams, les gouvernements fédéral et provincial, des organismes sans but lucratif comme la Croix Rouge canadienne et les compagnies d'assurance habitation concernées, autrement dit nous tous...

    • Sylvain Rivest - Inscrit 4 mai 2016 12 h 01

      effectivement c'est pas suncor qui va payer pour nettoyer ...

  • - Inscrit 4 mai 2016 11 h 31

    Deux situations...

    Quand l'armée entre en Alberta, c'est pour éteindre les feux, quand elle entre au Québec, c'est pour en allumer !

    • Loraine King - Abonnée 4 mai 2016 12 h 24

      Que ce soit au Québec ou en Alberta, l'armée intervient seulement quand les autorités locales en font la demande.

    • - Inscrit 4 mai 2016 15 h 39

      Vous avez raison ... ici c'était Bourassa et Drapeau. On s'en souvient.

    • André Poirier - Abonné 4 mai 2016 16 h 32

      Vous avez raison, le fédéral n'a rien fait pour nous qu Québec lors de la crise du verglas. J'ai souvent entendu dire « freeze in the dark you frogs »

  • Laurent Girouard - Abonné 4 mai 2016 23 h 26

    Une lecture intéressante

    https://www.rncan.gc.ca/forets/feux-insectes-perturbations/feux/13156