Appel à des sanctions plus sévères contre les coupables d’emportiérage

En 2014, 164 cas d’emportiérage ont été enregistrés par le Service de police de la Ville de Montréal, ce qui représente près de trois cas par semaine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En 2014, 164 cas d’emportiérage ont été enregistrés par le Service de police de la Ville de Montréal, ce qui représente près de trois cas par semaine.

Faire payer davantage pour sensibiliser plus. Le coroner Gilles Sainton estime que l’amende prévue par le Code de la sécurité routière au Québec en cas de collision d’une portière ouverte par un automobiliste à l’arrêt et d’un cycliste pourrait être « beaucoup plus élevée » pour conscientiser « les automobilistes à ce risque », qui parfois entraîne la mort.

Dans son rapport sur le décès du jeune cycliste de 27 ans Bernard Carignan dans ces circonstances, sur la rue Saint-Denis à Montréal en août dernier, le médecin ajoute que ces emportiérages accidentels pourraient être enrayés par une meilleure séparation des vélos et des voitures sur la voie publique, et ce, par la multiplication de pistes cyclables.

« Dans un monde idéal, les automobilistes et les cyclistes ne devraient pas circuler sur les mêmes voies », écrit M. Sainton au terme de son analyse du décès du jeune homme, heurté par une voiture en mouvement après avoir été éjecté de son vélo par l’ouverture de la portière d’une voiture stationnée à sa droite. Son rapport vient tout juste d’être déposé. « Davantage de pistes cyclables devraient être aménagées afin de ne pas exposer les cyclistes aux risques de la circulation automobile. Les municipalités ont fait de nombreux efforts à ce sujet, mais les infrastructures anciennes ne se prêtent pas nécessairement à ces aménagements. »

Le coroner préconise d’ailleurs une plus grande sensibilisation sur le partage de la route entre voiture, vélo et piéton, « la responsabilité de tous », écrit-il, et recommande au passage une augmentation de l’amende liée à un emportiérage pour aller dans ce sens. Actuellement, l’amende pour un tel incident, relevant de l’article 430 du Code de la sécurité routière, est de 30 $. « Compte tenu des conséquences d’un tel geste, poursuit-il dans son rapport, l’amende peut sembler ridicule, voire insultante pour les victimes et ne semble pas être un incitatif à la prudence. » À titre de comparaison, le même emportiérage s’accompagne d’une amende de 500 $ en Ontario.

Révision du Code

Plusieurs groupes de défense des cyclistes et de promotion du cyclisme réclament depuis plusieurs années une réforme du Code de la sécurité routière afin de sanctionner davantage les collisions entre vélos et voitures et renforcer, selon eux, la sécurité de ce mode de transport. Dans la foulée du groupe de discussion sur la sécurité des cyclistes tenu au printemps 2014 par le ministre des Transports de l’époque, Robert Poëti, Québec planche d’ailleurs sur une mise à jour de ce Code, sans avoir toutefois dévoilé cette nouvelle mouture en vue de son adoption, ce qui impatiente défenseurs et représentants des cyclistes.

En 2014, 164 cas d’emportiérage ont été enregistrés par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), ce qui représente près de trois cas par semaine. Ces données ne livrent toutefois qu’un portrait partiel, plusieurs victimes d’emportiérage ne prenant pas toujours le temps de déclarer ce genre de collisions, qui entraîne généralement des blessures dont la gravité est variable. Les cas de décès restent au surplus très rares, depuis 2010, selon le Bureau du coroner.

L’analyse du décès de Bernard Carignan par M. Sainton confirme que la mort du jeune homme a été accidentelle, induite par sa présence dans l’angle mort du rétroviseur de l’automobile à l’arrêt, qui l’a fait tomber de son vélo lors de l’ouverture de la portière. L’emportiérage fatal, dans ce cas, relève du hasard, écrit-il en substance, « le conducteur impliqué n’a peut-être reçu qu’une amande ridicule, mais il devra vivre avec les conséquences psychologiques de son geste », conclut-il.

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