Les femmes, ces machines à fabriquer des djihadistes

Les femmes enrôlées par le groupe EI servent principalement à faire des enfants et à recruter d’autres femmes sur les réseaux sociaux. Ci-dessus, une Espagnole de 18 ans est arrêtée, en septembre 2015, pour avoir fait du recrutement sur Internet.
Photo: Jose Jordan Agence France-Presse Les femmes enrôlées par le groupe EI servent principalement à faire des enfants et à recruter d’autres femmes sur les réseaux sociaux. Ci-dessus, une Espagnole de 18 ans est arrêtée, en septembre 2015, pour avoir fait du recrutement sur Internet.

Sans faire de bruit, la machine de guerre du groupe armé État islamique (EI) a mis en place une stratégie redoutable pour recruter des femmes en Occident, y compris au Québec. Ces combattantes servent principalement à faire des enfants, appelés à devenir à leur tour des soldats. Elles travaillent aussi au recrutement de nouvelles adeptes du djihad.

Les femmes représentent 18 % des djihadistes recrutés en Occident au cours des dernières années. Elles sont souvent décrites comme de pauvres victimes, mais en réalité, la plupart assument leurs gestes et s’engagent activement dans cette organisation qui commet des atrocités contre des civils, rappellent des chercheurs de l’Université Concordia.

« On paraît toujours surpris que des femmes se joignent à des groupes comme l’État islamique, mais ça ne devrait pas nous surprendre. Ça fait longtemps que des femmes commettent des actes pour des groupes extrémistes, au Pakistan, en Indonésie et dans le conflit israélo-palestinien notamment », dit Kyle Matthews, directeur adjoint de l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne (MIGS).

La machine de propagande du groupe EI cible les femmes, qui jouent un rôle central dans la guerre visant à fonder un califat sur la frontière entre la Syrie et l’Irak, précise Marie Lamensch, chercheuse au MIGS. L’experte doit livrer ce jeudi une présentation sur la place des femmes dans le djihad, lors d’une conférence sur la radicalisation à l’Université Concordia.

Bien qu’elles soient à peu près absentes des combats — les extrémistes de l’EI préfèrent les femmes dans leur cuisine — les militantes qui joignent le djihad jouent un rôle actif dans la machine de guerre contre les « infidèles ». Elles acceptent volontiers leur première mission — celle de faire des enfants voués à devenir des soldats pour le califat, explique Marie Lamensch. Le rôle de mère est central dans l’organisation du califat.

Des femmes servent aussi dans la « police de la moralité » chargée de surveiller le code vestimentaire et le comportement des femmes, comme en Iran et en Arabie saoudite, souligne la chercheuse.

Ces jeunes femmes djihadistes venues d’Europe ou d’Amérique du Nord, qui sortent à peine de l’adolescence, cherchent à donner un sens à leur vie, explique Marie Lamensch. Comme les hommes, qui croient se lancer dans un combat de libération nationale à la manière de Che Guevara, les femmes sont sensibles aux arguments du groupe EI, qui propose l’appartenance à une communauté.

Piégées

De façon générale, les femmes du groupe EI se mettent au service des hommes, y compris sur le plan sexuel. Elles excellent aussi dans le recrutement de femmes : des vidéos de propagande montrent des femmes (portant le voile intégral) qui vantent la « qualité de vie » dans les régions contrôlées par le groupe EI.

De façon paradoxale, le groupe EI cherche à fonder une société pure, loin des excès de l’Occident, mais ses vidéos de propagande montrent des gens qui mangent des hamburgers, des frites et du chocolat, et se déplacent dans de grosses voitures hors de prix, souligne la chercheuse.

La propagande dépeint aussi les soldats du djihad comme des « princes charmants » qui se battent pour la patrie et protègent femmes et enfants. Curieusement, des vidéos montrent même des soldats qui caressent un chaton. L’image du lion et de ses lionceaux — les enfants soldats — revient aussi dans la propagande islamiste.

« Une fois en Syrie, les femmes réalisent que la réalité est tout autre : elles se retrouvent dans un pays en guerre, où des bombes explosent tous les jours et où il n’y a ni électricité ni eau courante. Mais il est encore plus difficile pour une femme que pour un homme de sortir du groupe EI », explique Marie Lamensch.

En Afrique, le groupe Boko Haram, qui se réclame désormais de la nébuleuse EI, embrigaderait dans le djihad les jeunes femmes kidnappées par centaines. Les analystes croient que des femmes prises en otage par Boko Haram, possiblement droguées, servent à commettre des attentats-suicides. Des pays comme le Niger, le Tchad et le Cameroun ont banni la burqa dans les lieux publics pour empêcher que ce vêtement ample serve à cacher des armes ou des explosifs, souligne Kyle Matthews.

Les gouvernements fédéral et provincial sont en lien avec les chercheurs du MIGS de l’Université Concordia, qui servent de conseillers dans la lutte contre la radicalisation. Le conseil des chercheurs : mettre en place rapidement une unité chargée de contrer la propagande des groupes extrémistes dans les réseaux sociaux. Parce qu’à ce jeu des perceptions, les terroristes sont plus habiles que les États démocratiques.

Des exemples récents de femmes djihadistes

Hayat Boumeddiene était la compagne du terroriste Amedy Coulibaly, qui a tué une policière à Montrouge avant d’abattre quatre personnes dans l’épicerie Hyper Cacher, à Paris, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, en janvier 2015. Elle est allée en Syrie.

Tashfeen Malik et son mari Syed Farook sont les auteurs de la tuerie de San Bernardino, en Californie, survenue en décembre 2015. Elle a joué un rôle important dans la planification de la fusillade, selon la police.
12 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 avril 2016 04 h 04

    Bref !

    « Ça fait longtemps que des femmes commettent des actes pour des groupes extrémistes, au Pakistan, en Indonésie et dans le conflit israélo-palestinien notamment » (Kyle Matthews, directeur adjoint, MIGS)

    De cette citation, il est à espérer des autorités publiques, précisément celles du Québec, qu’elles soient en mesure, à des fins de lutte à la radicalisation, de se réveiller afin qu’il ne soit trop tard pour agir !

    Mais, depuis la fameuse motion unanime sur ou concernant l’islamophobie, le risque de l’inaction pourrait s’avérer être un obstacle « légal » majeur audit réveil appréhendé ou souhaité, surtout lorsqu’il s’agit du monde, honorable ou pas, des naissances présumées de type-nature « djihadiste » !

    Bref ! - 14 avril 2016 -

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 14 avril 2016 12 h 08

      Holà la panique!

      Les Anglos disaient la même chose dans le temps du FLQ, et on a vu où la frénésie sécuritaire a conduit...

  • David Létourneau - Inscrit 14 avril 2016 04 h 26

    Toto, on est toujours au Texas?...

    Titre racoleur, explications sans nuance. On nous macère tout ça avec le mot "propagande" à tout bout de champ, on présente les femmes à la fois comme victimes et prédatrices... On embrouille tout dans un semblant d'ambiance de découverte du chaînon manquant, d'invention de la roue ou du pain tranché... On nous la fait version "storytelling", en braves scribouilleux... Home-Brewed Propaganda. Eh bien, c'est donc le genre de "fine analyse" qui passe le filtre du rédac chef au Devoir? Mince...

    J'aimerais lire quelque chose de sérieux svp.

    • Jacques Patenaude - Abonné 14 avril 2016 08 h 45

      Si vous trouvez que cet article n'est pas sérieux, faites nous part de votre propre analyse qui à n'en pas douter sera plus sérieuse.

    • David Létourneau - Inscrit 14 avril 2016 11 h 36

      Eh bien non, mon cher M. Patenaude, je n'ai pas d'analyse sérieuse à proposer ici, ce n'est pas moi le journaliste. Si vous ne voyez pas le problème avec l'article, j'en suis désolé pour vous.

    • Jacques Patenaude - Abonné 14 avril 2016 20 h 36

      On aurait quand même apprécier avoir votre point de vue.

  • Jean-Louis Ostrowski - Inscrit 14 avril 2016 08 h 31

    "à la manière de Che Guevara, les femmes sont sensibles aux arguments du groupe EI"
    Comparaison pour le moins boiteuse.

  • Michel Pasquier - Abonné 14 avril 2016 09 h 48

    Les naïfs

    Les barbares sont parmi nous et comme souvent il se trouve des naïfs pour débiter des élucubrations oiseuses à propos d'une situation dont, de toute évidence, ils ne mesurent pas la gravité.
    Que ces illuminés aillent faire un ''sérieux'' tour de Djihad, ça leur remettra les yeux en face des trous.

  • Francine Ouellette - Abonnée 14 avril 2016 12 h 32

    «Fabriquer» comme dans re-produire

    Un aspect de la réalité des «femmes comme machines à fabriquer des djihadistes» est peu traité dans cet article. Avant d’être recrutées ou même sans être recrutées jamais, les femmes sont mises à contribution.
    De tout temps, les assoiffés de contrôle du monde ont commencé par le contrôle sur le ventre des femmes. Les fabriques de jihadistes ont comme pendant les positions férocement
    provie de la droite américaine. Dominer par le nombre commence là. Des questions sur la démocratie? l’égalité? Le droit de décider pour soi-même? Longues discussions à venir…
    «Ce jeu des perceptions…» pourrait-on traduire en soulignant la difficulté que représente le constat qu’avoir tort dans ses croyances ne se conjugue jamais au présent et à la première personne et que c’est toujours vrai pour tous. C’est ce qui rend la contre-propagande difficile.