Pour un Internet plus ouvert, mais moins surveillé

Le fondateur de l’encyclopédie en ligne Wikipedia, Jimmy Wales, a prononcé une allocution dans le cadre d’un événement organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, lundi à Montréal.
Photo: Jemal Countess Getty Images AGence France-Presse Le fondateur de l’encyclopédie en ligne Wikipedia, Jimmy Wales, a prononcé une allocution dans le cadre d’un événement organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, lundi à Montréal.

Pour un Internet libre et ouvert, mais où la vie privée doit être protégée sans compromis. De passage à Montréal lundi soir, le fondateur de Wikipedia, Jimmy Wales, a rappelé l’importance de maintenir un réseau Internet sans barrières ni contraintes « avec le plus haut degré d’ouverture » et un niveau élevé de concurrence entre les fournisseurs de services et de contenus afin d’enrayer l’assujettissement des internautes à une poignée d’entreprises seulement.

L’homme a également appelé à un débat public sur la protection de la vie privée à l’ère du numérique, pour empêcher l’érosion des libertés civiles par de nouvelles pratiques policières non juridiquement encadrées.

« Vous ne seriez pas heureux si le serrurier chez qui vous avez acheté la serrure de votre maison donnait la clé de cette serrure à d’autres personnes, mais également à la police pour lui permettre de venir fouiller chez vous quand elle le désire », a dit M. Wales lors d’un point de presse organisé en marge d’une conférence publique qu’il a livrée en soirée à l’invitation de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. « Vous trouveriez ça inacceptable. » Et c’est pourtant ce que le FBI a exigé, a-t-il ajouté, en réclamant à Apple il y a quelques semaines la clé d’encodage pour accéder au contenu crypté d’un iPhone ayant appartenu à un des tueurs du massacre de San Bernardino, en décembre dernier. Apple s’est publiquement opposée à cette demande. Le FBI a finalement retiré sa requête devant les tribunaux en prétextant avoir trouvé une autre solution pour « entrer » dans ce téléphone.

Cette résistance, Jimmy Wales la voit d’ailleurs d’un très bon oeil, puisqu’elle a eu le mérite de forcer le débat sur la protection de la vie privée à l’ère du numérique, débat nécessaire selon lui alors que les pratiques sociales induites par le numérique « ouvrent désormais des nouvelles possibilités d’intrusion dans la vie privée », pour les services de renseignement tout comme pour des personnes commercialement intéressées par l’intimité désormais affichée par les citoyens numériques. Une logique à laquelle Wikipedia refuse d’adhérer.

« Wikipedia est maintenant totalement cryptée, a-t-il indiqué lors de la conférence, du coup, personne ne peut savoir ce que vous faites dans cette encyclopédie [autant les contenus que vous consultez que ceux que vous créez]. Edward Snowden a démontré que la National Security Agency [les services de renseignement américains] surveillait aussi Wikipedia et je n’ai pas aimé ça. » Les systèmes de profilage des internautes, à des fins publicitaires, suivaient également leurs déplacements dans cette encyclopédie.

Chantre d’un Internet ouvert à tous, où le savoir se partage de manière collaborative et commercialement désintéressée, Jimmy Wales a déploré que le marché des applications, qui selon lui, demeurent des outils-clés pour relier les humains entre eux par l’entremise de téléphones dits intelligents, se retrouve aujourd’hui dans des environnements trop captifs et limités. « Les applications sont condamnées à être dans un marché contrôlé par Apple ou par Google, a-t-il indiqué. La façon dont elles fonctionnent, ou ne fonctionnent pas, les relations qu’elles peuvent avoir entre elles dépendent de ces deux compagnies seulement, et c’est très préoccupant ». Et les usagers devraient, selon lui, s’en préoccuper.

« Les services, les produits qui fonctionnent en ce moment sur le Web et sur le mobile sont ceux qui n’ont pas de concurrence, a dit M. Wales. Or, quand tout va dans la même direction, il faut commencer à s’inquiéter des avantages » qu’une petite poignée d’individus va chercher à en tirer, a-t-il conclu.


Philanthropie renouvelée

Participatif et collaboratif, y compris dans l’entraide. Après avoir tracé les nouveaux contours de l’encyclopédie avec Wikipedia, Jimmy Wales cherche aujourd’hui à redéfinir le cadre de la philanthropie avec The People’s Operator (traduction libre : l’opérateur du peuple), un service de téléphonie sans fil qui permet d’aider tout en communiquant. Le service est offert en Grande-Bretagne et aux États-Unis seulement. « 25 % des profits de cette compagnie sont versés à une fondation pour des projets caritatifs », a dit le fondateur de Wikipedia lors de sa conférence publique. Les clients eux, « ont la possibilité de verser 10 % du montant de leur facture à cette même fondation », sur le modèle de l’utilisateur payeur, oui, mais « épauleur » également.