La francophonie, facteur clé de la radicalisation djihadiste, selon des chercheurs

Les récents attentats de Bruxelles, précédés de ceux de Paris en janvier et novembre 2015, «illustrent une vérité troublante: le danger que posent les djihadistes est plus grand en France et en Belgique que dans le reste de l’Europe».
Photo: Virginia Mayo Associated Press Les récents attentats de Bruxelles, précédés de ceux de Paris en janvier et novembre 2015, «illustrent une vérité troublante: le danger que posent les djihadistes est plus grand en France et en Belgique que dans le reste de l’Europe».

Les valeurs politiques et culturelles françaises jouent paradoxalement un rôle clé dans la radicalisation islamiste, affirment deux chercheurs aux États-Unis qui ont étudié la mouvance extrémiste sunnite autour du monde.

Les récents attentats de Bruxelles, précédés de ceux de Paris en janvier et novembre 2015, « illustrent une vérité troublante : le danger que posent les djihadistes est plus grand en France et en Belgique que dans le reste de l’Europe », écrivent William McCants et Christopher Meserole, de la Brookings Institution, un prestigieux centre d’études américain.

De fait, « aussi bizarre que cela puisse paraître, quatre des cinq pays enregistrant les plus forts taux de radicalisation dans le monde sont francophones, dont les deux premiers en Europe », relèvent ces deux chercheurs dans un article intitulé « The French Connection », publié jeudi dans la revue Foreign Affairs.

Les deux auteurs ont étudié le contexte d’origine des étrangers ayant basculé dans le djihadisme, pour aboutir à cette conclusion « surprenante » : le premier facteur n’est pas qu’ils viennent d’un pays riche ou non ou d’un pays éduqué ou non ; le premier facteur n’est pas non plus qu’ils soient eux-mêmes riches ou non, qu’ils aient un bon accès à Internet ou pas. Le premier facteur est selon eux qu’ils proviennent d’un pays francophone ou qui a eu le français comme langue nationale.

L’explication qu’ils avancent se résume en trois mots : la « culture politique française ».

Laïcité, urbanisation et chômage

« L’approche française de la laïcité est plus incisive que, disons, l’approche britannique. La France et la Belgique, par exemple, sont les deux seuls pays européens à bannir le voile intégral dans les écoles publiques », notent MM. McCants et Meserole.

Les deux chercheurs affirment se fonder sur les nombres de djihadistes rapportés à la population musulmane des pays observés. Ainsi, disent-ils, « par habitant musulman, la Belgique produit nettement plus de combattants étrangers que le Royaume-Uni ou l’Arabie saoudite ».

Auteur de l’ouvrage The ISIS Apocalypse sur le groupe État islamique, William McCants est un spécialiste reconnu du monde islamique au sein du Center for Middle East Policy, spécialisé dans l’implication des États-Unis dans cette région. Il conseille d’autre part le département d’État américain sur les questions d’extrémisme religieux.

Lui et M. Meserole insistent également sur un important sous-facteur : l’interaction entre les taux d’urbanisation et de chômage chez les jeunes. Quand le taux d’urbanisation est de 60 à 80 %, avec une proportion de jeunes désoeuvrés de 10 à 30 %, alors apparaît une poussée de l’extrémisme sunnite. Or ces cas de figure s’observent surtout dans des pays francophones, assurent-ils.

Résultat, certaines banlieues de Paris, Molenbeek (Belgique) ou Ben Guerdane (Tunisie) génèrent proportionnellement un nombre « extrêmement important » de candidats au djihad, constatent-ils.

Face à ce cocktail mêlant culture politique française, urbanisation et chômage des jeunes, William McCants et Christopher Meserole concèdent en être réduits à une « conjecture » qu'ils développent ainsi: «Nous supposons que lorsqu’il existe de fortes proportions de jeunes sans emploi, certains d’entre eux sont voués à la délinquance. S’ils vivent dans de grandes villes, ils ont davantage d’occasions de rencontrer des gens ayant embrassé une doctrine radicale. Et quand ces villes sont dans des pays francophones ayant une conception virulente de la laïcité, alors l’extrémisme sunnite apparaît plus séduisant. »

8 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 26 mars 2016 08 h 42

    Et quoi encore ?

    Laïcité, désoeuvrement, délinquance, banissement du voile intégral, et quoi encore ? Évidemment c'est de la faute des Occidentaux si ces djihadistes se font exploser...Et quoi encore ? C'est de la faute des sociétés occidentale qui ont accueillis et accueillent encore des migrants musulmans...Et quoi encore ? Maintenant c'est de la faute de la Francophonie et de son intransigeance...Et quoi encore ?

    Pourtant les musulmans ne sont pas les seuls à migrer en terre de liberté...Beaucoup d'autres viennent des pays non musulmans ou d'ailleurs, des pays asiatiques, des pays africains, ou de pays sud-américains...Est-ce qu'ils se font exploser ? Sont-ils en guerre contre leur pays d'accueil ? Aucunement... Parmi eux il y a des Chrétiens, des Boudhistes, des Hindouistes, et de nombreuses autres confessions religieuses ...Se font-ils
    exploser pour autant ? Non...Sont-ils en guerre contre leur patrie d'accueil ? Non...Alors comment se fait-il que seuls des musulmans se transforment en djihadistes ? N'y aurait-il pas un relant de leur propre culture religieuse
    là-dedans ?
    On ne résoudra pas le problème islamiste en éliminant les vraies causes qui poussent ces gens au fondamentalisme religieux et à refuser toutes mesures intégratives aux sociétés d'accueil, lesquelles relèvent davantage des fausses vérités qui couvent à l'intérieur de cette culture religieuse particulière...Orientez donc vos études vers la vraie problématique, plutôt que de chercher à culpabiliser les cultures occidentales et ainsi forcer leur adhésion à la culture islamiste...

  • Robert Beauchamp - Abonné 26 mars 2016 09 h 49

    La faute aux autres

    Et que dire de la violence intérieure en sol américain? Et c'est quoi la cause de toutes ces attaques dans les écoles? Est-ce parce que l'on y enseignerait le français?

    • Alain Massicotte - Inscrit 27 mars 2016 21 h 15

      Monsieur , avec respect je pense que vous n,avez pas compris ; Je vous invite à penser à la différence qu'il y à entre inrégré des migrants et les assimilés comme là fait la france et certains pays Européen .Alain Massicotte.

  • Bernard Terreault - Abonné 26 mars 2016 09 h 58

    Autre explication

    Est-ce que ça ne serait tout simplement pas parce qu'il se trouve que c'est la France qui a colonisé le Maghreb, qui y a répandu le français comme langue de communication, et que, par conséquent, c'est dans les pays francophones qu'on trouve le plus d'immigrants maghrébins? Et, il me semble, ces penseurs américains semblent oublier que le World Trade Center, c'était à New-York, pas à Paris ni Bruxelles.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 26 mars 2016 10 h 35

    Crédible?

    Cette étude est-elle crédible? A-t-elle tenu compte de l'importance des flux migratoires des ressortissants de culture "disons sunnite" vers les pays francophones versus les pays anglophones de l'Europe ou simplement en Europe ou en Amérique?

    «Nous supposons que lorsqu’il existe de fortes proportions de jeunes sans emploi, certains d’entre eux sont voués à la délinquance. S’ils vivent dans de grandes villes, ils ont davantage d’occasions de rencontrer des gens ayant embrassé une doctrine radicale. Et quand ces villes sont dans des pays francophones ayant une conception virulente de la laïcité, alors l’extrémisme sunnite apparaît plus séduisant. »

    Les deux premières parties de cette conclusion sont si communes qu'elles peuvent être acceptées sans leur étude. La troisième est très loin d'être démontrée par ce qu'en révèle cet article.

  • Nathan Ménard - Abonné 26 mars 2016 14 h 53

    mensonge statistique

    Exemple parfait d'une étude faussement scientifique et du mensonge statistique. Les auteurs ne peuvent que spéculer sur la taille et les caractéristiques de la « population totale de djihadistes »; alors ils les définissent à leur manière, d'après les arrestations ou les attentats dans tel ou tel pays en écartant les autres. Échantillon biaisé en fonction de leur thèse ou de leur dogme, car on ne peut parler d'hypothèse ici. Il suffit de penser à ce qui ne pèse pas lourd dans leurs calculs, par ex. aux individus et pays liés aux attentats du 11 septembre, au % de  francophones  parmi les prisonniers de Bush à Guantanamo, ou à la taille présumée même minimalement de Boko Haram au Nigeria. Alors on se rend compte que les auteurs de cette étude sont « dans les patates » et ne respectent pas les exigences des preuves statistiques.
    C'est le genre de « savants » qui peuvent prouver que "ce sont les bikinis qui créent les maringouins" : corrélation facile à établir si on supprime tous les autres facteurs.
    Nathan Ménard
    Abonné