Féministes... et fières de s'afficher comme telles

«Il est évident que nous dérangeons», a lancé la chroniqueuse Lise Payette.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Il est évident que nous dérangeons», a lancé la chroniqueuse Lise Payette.

N’en déplaise aux ministres Lise Thériault et Stéphanie Vallée, il reste aux femmes encore beaucoup de batailles à mener avant que le mouvement féministe ne soit plus essentiel, ont souligné d’une même voix plusieurs personnalités en ouverture du Sommet des femmes, jeudi.

« On en a fait du chemin, c’est certain, a concédé Elsie Lefebvre, conseillère de ville pour Coalition Montréal dans le district municipal de Villeray. Mais est-ce qu’on en a fait assez pour cesser de s’associer au mouvement féministe ? Je ne pense pas ! » a-t-elle lancé sous les murmures approbateurs de la foule.

Secoué en début de semaine par la réticence des ministres libérales de la Condition féminine et de la Justice à se dire féministes, le mouvement ne paraissait nullement affecté ou démotivé jeudi. « Il est évident que nous dérangeons, mais nous n’allons pas faire comme si nous n’existions pas », a lancé l’ancienne ministre Lise Payette, l’une des nombreuses têtes derrière l’événement.

Elles étaient plus d’un millier à avoir répondu à l’appel du collectif apolitique mis sur pied l’automne dernier. Mille à s’être déplacées des quatre coins du Québec pour participer aux deux jours du sommet qui doit réunir des femmes et des hommes de tous les horizons, de tous les partis politiques. Ces féministes — elles tiennent au titre — seront invitées à se questionner sur la place des femmes en 2016. « Est-ce que nos luttes ont toujours valu la peine ? Est-ce qu’il faut défendre les positions de nos élus ? Des fois oui, des fois non », a renchéri l’ancienne présidente de l’organisme Femmes autochtones du Québec Michèle Audette, déclenchant de légers rires dans l’assistance.

En politique depuis une dizaine d’années, Elsie Lefebvre — qui demeure la plus jeune femme à avoir été élue à Québec — constate que les choses ont peu bougé depuis ses débuts. Dans certains cas, elles ont carrément régressé. « Quand j’ai commencé en politique, je me disais que les batailles des femmes étaient derrière nous, que celles qui m’avaient précédée avaient réussi. Pourtant, encore aujourd’hui, même si nous avons obtenu la parité au fédéral, ce sont à peine 26 % des députés qui sont des femmes… Force est de constater qu’on est loin d’avoir gagné ! »

Pour faire avancer la cause des femmes, les conférencières qui ont brisé la glace jeudi — Michèle Audette, Elsie Lefebvre, la fiscaliste Brigitte Alepin et la spécialiste en droit fiscal Allison Christians — ont toutes souligné que des changements majeurs, autant sur le plan politique qu’économique, devront être apportés.

Engagement politique

Le Sommet doit se poursuivre toute la journée vendredi, alors que les participants pourront assister à une dizaine d’ateliers. Parmi les sujets qui seront abordés, notons la représentation politique, la violence et les responsabilités familiales. Dans l’optique de « laisser les participantes s’exprimer librement », les médias ne seront toutefois pas autorisés à assister aux différents débats prévus.

Au terme du Sommet vendredi soir, les chefs des partis politiques seront appelés à se prononcer sur les moyens concrets qu’ils souhaitent mettre en place pour favoriser l’accession des femmes aux postes de pouvoir. Pierre Karl Péladeau, François Legault et Françoise David seront présents. Quant à Philippe Couillard — qui est à Vancouver avec ses homologues provinciaux et fédéral —, il n’a pas répondu à l’invitation, selon Lise Payette.