Les réticences d’Apple irritent le FBI

Le bras de fer entre Apple et le gouvernement fédéral s’est poursuivi vendredi alors que le département américain de la Justice a déposé une requête visant à forcer la collaboration du géant de l’informatique avec le FBI qui souhaite entrer dans l’iPhone crypté de Syed Rizwan Farook, un des auteurs de la tuerie de San Bernardino qui a fait 14 morts le 2 décembre dernier.

Mardi, un tribunal californien a contraint Apple à offrir les services techniques nécessaires pour passer outre son système de cryptage qui gère désormais les iPhone 5c et 6 roulant sous iOS 9, et ce, pour aller chercher des éléments de preuves et de conspiration à l’intérieur de l’appareil. Le grand patron d’Apple, Tim Cook, s’y est alors publiquement opposé estimant que la requête du FBI, en forçant Apple à ouvrir une porte dérobée sur un de ses appareils désormais cryptés, avait des implications techniques allant au-delà du cas criminel cité. En créant le logiciel dont le FBI a besoin, Apple se retrouverait à fragiliser la sécurité de tous les iPhone récents sur le marché, a dit M. Cook dans une lettre ouverte, refusant une telle perspective.

« Au lieu de collaborer pleinement à une enquête sur une attaque terroriste mortelle en obéissant à [un ordre de la cour], Apple a plutôt rejeté publiquement cet ordre », explique le département de la Justice dans une nouvelle requête déposée vendredi et dans laquelle il déplore une décision d’Apple fondée sur des « préoccupations pour son modèle d’affaires et sa stratégie de marque ».

Dans la foulée, il réitère l’obligation qu’a Apple de collaborer avec le FBI pour permettre au bureau fédéral d’accéder à des « preuves cruciales ». Les contacts de Syed Rizwan Farook dans la planification de l’attaque, ses relations, ses déplacements en font partie. Ces données cryptées ne sont accessibles qu’au propriétaire de l’appareil, qui a trouvé la mort dans la tuerie, Apple ne disposant pas de la clef pour passer la barrière du système de protection qu’elle a développé dans la foulée des révélations d’Edward Snowden, sur la surveillance passive des citoyens par l’État, et ce, pour rassurer et regagner la confiance de ses consommateurs.

Cette semaine, la Maison-Blanche a donné son appui au FBI dans cette affaire en soulignant que les enquêteurs fédéraux ne réclament pas une porte dérobée pour tous les iPhone, mais seulement pour celui du tueur, une chose que ne peut toutefois pas garantir Apple : une fois créée, cette porte va pouvoir être utilisée pour d’autres téléphones, par d’autres personnes, y compris des moins bien intentionnées, a dit M. Cook.

Apple a jusqu’au 26 février pour répondre à cette nouvelle requête. Selon le réseau ABC, qui a été le premier à révéler le dépôt de cette nouvelle requête, la cause, en cas de durcissement des positions, pourrait remonter jusqu’à la Cour suprême des États-Unis.