Le PQ veut débattre des clients des fugueuses

L’opposition péquiste réclame un débat sur le sort à réserver aux clients des jeunes fugueuses des centres jeunesse forcées de se prostituer.

Les hommes qui abusent des adolescentes en fugue ont été jusqu’à maintenant totalement exclus des préoccupations du gouvernement, a déploré jeudi la députée péquiste Carole Poirier, à propos de la crise qui secoue les centres jeunesse depuis quelques semaines. Le centre jeunesse de Laval a dû composer avec cinq cas de fugues de jeunes filles dernièrement. Certaines, là ou ailleurs, s’enfuient de leur centre jeunesse à répétition, risquant de tomber aux mains de gangs de rue qui les attirent dans les réseaux de prostitution.

Selon Mme Poirier, le gouvernement promet un plan d’intervention pour mieux protéger les jeunes filles placées en centre jeunesse, mais omet de parler de la racine du problème : la hausse de la demande pour des prostituées d’âge mineur.

« Nous n’avons pas parlé de la source du problème, qui est la demande, a-t-elle commenté lors d’un point de presse. Il y a une demande pour des petites filles, toujours plus blondes, toujours plus minces, toujours plus jeunes. »

« Des “pimps” abusent de nos jeunes filles, font en sorte de les convaincre de se ramasser dans des hôtels miteux, pour qu’il y ait dix clients qui passent sur le corps de nos petites filles de 15 ans. Ça, c’est la réalité. Il serait temps qu’on en parle, qu’on parle de ces clients-là, qu’on parle de ces hommes qui abusent de nos enfants pour assouvir leurs besoins sexuels », a fait valoir la porte-parole en matière de condition féminine.

« Il faut faire quelque chose », « il faut qu’on en débatte », selon elle, car il s’agit d’un véritable « problème de société » depuis trop longtemps occulté.

Son collègue député de Rosemont, Jean-François Lisée, reproche au gouvernement son laxisme envers les proxénètes qui recrutent impunément les jeunes fugueuses et les mettent en contact avec des clients.

Il se demande ce que le gouvernement attend pour « faire fermer les sites Internet qui offrent en pâture des jeunes filles au vu et au su de tous ». Selon lui, la solution au problème ne réside pas nécessairement dans le verrouillage des portes des centres jeunesse, pour empêcher les jeunes filles d’en sortir.

On apprenait jeudi que la direction du Centre jeunesse de Laval avait décidé de verrouiller les portes de l’établissement, compte tenu de la hausse du nombre de fugues.

Or, en principe, la loi interdit aux centres jeunesse d’empêcher les jeunes d’aller et venir à leur guise.

Cependant, invitée à commenter ce fait nouveau, la ministre responsable de la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, n’en a pas pris ombrage, jugeant que la mesure ne contrevenait pas à la loi en vigueur depuis 2007.

La direction a verrouillé les portes pour « tenir les jeunes calmes », a-t-elle dit, lors d’une brève mêlée de presse jeudi, ajoutant que les adolescentes qui souhaitent sortir « peuvent le faire » comme avant.

5 commentaires
  • Lise Bélanger - Abonnée 12 février 2016 08 h 53

    En effet, le problème ne vient pas des jeunes filles mais bien de ceux qui les volent ou manipulent pour l'industrie du sexe.

    Bien sur, il faut protéger ces jeunes adolescentes, mais ce n'est pas ce qui va permettre de corriger la situation criminelle. Ce n'est pas aux victimes qu'il faut s'en prendre mais aux criminels, aux voleurs de jeunes filles, aux exploitants.

    Mais il semble qu'aucune société ne soit prête à endiguer ce genre de criminalité. Devinez pourquoi?

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 février 2016 10 h 04

    Traité

    Tout ça est traité bien étrangement. N'avons pas tous entendu parler de la prostitution touristique ? Dans certains pays, une fille de 12 ans est usagée et passe à l'étape suivante. Est-ce que la solution est de bloquer les avions dans les aéroports ? D'arrêter de délivrer des passeports ? Je ne perçois aucune tendance vers ces moyens.

    Attendez que j'y pense... Comment la police travaille-t-elle pour réduire la prolifération de la drogue ? Ah oui, ça me revient : elle arrête les dealers. Évidemment, ça non plus ça ne fonctionne pas à merveille, parce qu'un dealer, tu peux toujours en trouver un autre. C'est comme les pissenlits ça repousse tout le temps.

    On pourrait toujours enfermer nos filles; y a des endroits où c’est à peu près ça. Mais… aussitôt que les gars en voient une, ils deviennent fous. Et malgré qu’elles sont cachées, y a des lignes d’attente devant les bordels comme devant les cinémas ailleurs où les gars jasent entre eux en attendant leur tour (je n’invente rien).

    Y a des gens qui vont devoir se gratter la tête au sang pour trouver une solution. Et d’après ce que je vois, une fois qu’ils vont traverser la boite crânienne, ils vont frapper de la brume.

    Commençons par poser des pancartes «Défendu de flâner, pénalité sévère» devant les «centre d’intérêt» et mettre des brouilleurs d’onde en dedans. Tu veux téléphoner ma belle, y a un téléphone au mur. «Hein ??? Non, y a pas d’image, c’est pas une caméra, c’est un téléphone, c’est fait pour parler, pas téléfun – télé-phone.»
    -C’est pas le fun icitte !
    -Retourne à la maison. Si tu te cherchais une porte de sortie, c’est pas ici qu’elle est.
    Discuter ? La discussion est finie.

    Ces jeunes cherchent des limites, c'est dans leur nature; donnons-leur en au lieu de leur donner du mou. Le «mou» ça marche pas, c'est clair.
    (oui, j'ai de l'expérience, 4 fois)

    PL

  • Andrée Le Blanc - Abonnée 12 février 2016 10 h 14

    Enfin !

    Voilà bien la racine du problème: s'il y a tant d'argent à faire dans cette exploitation des mineures, par différentes organisations criminelles, c'est qu'il y a bien du monde, dans toutes les classes sociales, tous les métiers, qui sont prêts à payer le prix pour profiter de cette "chair fraîche"... Maria Mourani disait en entrevue cette semaine qu'elle n'a pu, en dix ans de présence à Ottawa, que proposer un seul projet de loi s'attaquant à cela et a eu surtout l'appui que d'une seule autre femme députée... conservatrice ! Elle ajoutait que cela prendrait du courage en quantité industrielle pour s'attaquer à la demande pour des prostituées mineures... Ayons ce courage, plutôt que nommer un "vérificateur" au centre jeunesse !

  • Sylvain Dionne - Inscrit 12 février 2016 10 h 21

    Cherchez où se trouve l'argent...

    Ceux qui ont les moyens d'abuser de ces jeunes filles ont les moyens d'imposer le silence ou de saboter les pistes... Et plus les moyens sont grands, plus le pouvoir est à proximité. Ce n'est pas un hasard si on ne parle pas des clients! La demande est évidemment le coeur du problème! Je suis convaincu que d'exposer les clients au grand jour causera un plus grand choc que tout ce qui a entouré la Commission Charbonneau. On n'avons pas fini de découvrir que nous sommes des carpettes....

  • Michèle Lévesque - Abonnée 12 février 2016 15 h 55

    Agir pour rien + ne pas agir pour vrai

    Les clients ; c'est bien là le coeur (noir) du problème... A lire en parallèle l'article de Lise Payette ("Le grand ménage du printemps") dans le Devoir d'aujourd'hui. La même question. La même résistance.

    Bizarre quand même que l'intervention du gouvernement se limite, pour l'instant (espérons que ça changera sous la pression de l'Opposition et du public), à fermer les portes de ce Centre, mais que cette mesure soit, dans les faits, totalement inutile pour protéger vraiment les filles du fait de la "loi de 2007", entre autres considérations.

    Donc : on agit pour rien sous prétexte de protéger les filles avec l'espoir pieux de "les calmer" et on ne parle pas d'agir pour vrai pour remonter à la source du mal (pour ne pas dire « du mâle") et éradiquer le poison. Sans doute que les poissons à attraper sont trop gros ?