L’Académie française met les points sur les î

Alors que les contrevérités concernant la prétendue « réforme de l’orthographe » n’en finissent plus, l’Académie française a tenu à apporter quelques éclaircissements.

Montrée du doigt depuis quelques jours par des Français mécontents de la graphie « ognon » et autre « nénufar » (qui ne sont en rien obligatoires, rappelons-le), l’institution a précisé dans un communiqué qu’« elle n’est pas à l’origine » de ces changements. C’est le Conseil supérieur de la langue française qui l’est, dont le texte a été publié dans le Journal officiel du 6 décembre 1990. L’Académie française avait eu connaissance des « idées directrices du projet » en amont et en avait « approuvé l’inspiration et le principe ».

Après moult débats, elle avait, en 1991, « assorti son approbation d’une invitation à la mesure et à la prudence dans la mise en oeuvre des mesures préconisées, mettant en garde contre toute imposition impérative des recommandations ». Nulle question, donc, de forcer qui que ce soit à écrire quoi que ce soit. Au contraire, l’Académie se dit « hostile à toute réforme visant à modifier autoritairement l’usage » et préfère « des ajustements appelés par les évolutions de la langue ».

Et l’Académie de dénoncer l’emploi du terme « réforme » quand il ne s’agit que de « rectifications » orthographiques, qui « ne consistent en aucune manière à simplifier des graphies résultant d’une évolution étymologique ou phonétique, mais visent à mettre fin à une anomalie, à une incohérence, ou, simplement, à une hésitation ».

Dans son Dictionnaire, dont la neuvième édition est « en cours de publication », l’Académie utilise comme entrée principale la graphie actuelle des mots. Puis précise, quand c’est le cas, qu’une graphie rectifiée, celle proposée par le Conseil supérieur de la langue française, existe également. Seul le temps permet ensuite de dire si la nouvelle graphie est réellement usitée, et donc si elle mérite de rester dans le Dictionnaire. L’usage étant le « législateur suprême ».

5 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 février 2016 07 h 17

    Le cas du nénufar

    Nénuphar est né d'une erreur.

    Au moyen-âge, on l'écrivait surtout avec un 'ph' parce qu'on croyait ce mot originaire du grec. Or les mots grecs qu'on prononce 'f' s'écrivent 'ph'. De plus, à l'écrit, le 'f' minuscule ressemblait autrefois au 's', étiré comme un 'f' et ce, jusqu'à la fin du XVIIIe. Bref, le 'ph' favorisait la compréhension du mot.

    Le mot nénuphar est d'origine arabe. Or la coutume en français est d'écrire le son 'f' des mots arabes avec la lettre 'f'. L'Académie a toujours permis les deux épellations, tout en favorisant le 'f' (sauf son erreur de 1935, corrigé en 1990).

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 février 2016 07 h 28

    Jeûne

    J'ai lu ça sur le Web
    «Je sais bien que je vais aller me faire un petit jeûne» Enlevez l'accent maintenant... Jute pour voir.

    PL

    • Jacques Patenaude - Abonné 9 février 2016 08 h 36

      Vous illustrez bien le charriage entourant ces questions. Avec la rectification il n'est pas question de retirer l'accent circonflexe si cet accent est requis pour comprendre le sens du mot.
      Tout cela me semble une bien grosse temp^ete dans un bien petit verre d'eau.

    • Jean Richard - Abonné 9 février 2016 09 h 48

      Il y a quelques années, on pouvait lire ceci à l'entrée d'un restaurant de Sainte-Julienne : « Venez essayer nos combines ». Nos combines ? Manœuvres douteuses ou emploi régional pour désigner ces sous-vêtements d'hiver d'une seule pièce que portaient les hommes en hiver ?

      Mais qu'on se rassure : les rectifications orthographiques du début des années 90 n'ont pas éliminé les accents graphiques là où ils avaient encore une raison d'être (prononciation ou sémantique – ou les deux à la fois).

      Chose regrettable pourtant, il ne semble pas qu'on ait tenté d'éliminer ce qui cause le plus de difficultés à l'orthographe, les consonnes doubles sans besoin phonétique ou sémantique. Sauf exceptions, les bb, dd, ff, ll, mm, nn, pp, rr et tt n'ont plus leur raison d'être et ce sont des pièges inutiles. Même les gens ayant fréquenté l'école de jadis, là où on se vantait de faire trois dictées par jour, associant les 100 % dans ces dictées au summum du savoir ou du génie, même ces gens butent souvent devant ces consonnes doublées. Dieu merci, on a maintenant des correcteurs orthographiques (qui étrangement sont désactivés dans l'éditeur de commentaires du Devoir).

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 février 2016 13 h 30

      En effet, le trois quarts ce qu'on lit sur le web à ce sujet sont des faussetés. Hollande n'a pas allégé le chômage, mot qui garde son accent. Sûr et sur restent différents.

      Il est vrai que cette réforme est lion d'être suffisante. Mais si on la refuse, c'est qu'on sacralise l'orthographe, et toute réforme devienda impossible.